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 La rime (Prosodie)

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André Laugier

André Laugier


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MessageSujet: La rime (Prosodie)   La rime  (Prosodie) EmptyJeu 19 Fév - 19:41



PETIT LEXIQUE POÉTIQUE

LA RIME

Son étymologie est encore incertaine de nos jours, et contestée. Traditionnellement, on rapprochait rime et rythme en raison d'une origine latine commune : le latin rhythmus et aussi rytmus ruthmus, emprunté au grec et désignant en latin "médiéval" un vers simplement accentué par opposition au "vers métrique". Cette hypothèse semble, aujourd'hui, abandonnée pour des raisons phoniques et sémantiques

Historiquement, il faut rappeler que la rime n'était pas en usage dans la poésie classique latine, sinon comme un effet stylistique occasionnel. Elle est apparue comme une marque de fin de vers dans la poésie chrétienne en particulier chez St Augustin (IVe siècle). L'explication la plus courante, de nos jours, est celle qui rapproche la rime chrétienne de textes sémitiques et de poèmes hébraïques rimés : c'est par ceux-ci que les chrétiens d'Afrique en auraient appris l'usage qu'ils auraient introduit en latin, où la tradition rhétorique lui ouvrirait un large champ de développement.

En fait, c'est à partir du XVIe siècle que l'on distingue nettement rime et rythme. En versification française, la rime est fondée sur l'identité entre deux ou plusieurs mots situés en principe en fin de vers, de leur voyelle finale "accentuée", ainsi que des phonèmes qui, éventuellement, la suivent. Les phonèmes en amont peuvent également entrer dans le phénomène de rime ; dans ces deux vers de Baudelaire :


Fruits purs de tout outrage et vierges de gerçures
Dont la chair lisse et ferme appelait les morsures !

Come on peut le constater, la stricte homophonie de rime porte sur (yr), mais aussi s'enrichit des deux phonèmes qui précèdent (rsl), la rime est donc en (rsyr).

En général, la rime se trouve en fin de vers, ou, plus occasionnellement, à la césure. La rime a une réelle fonction organisatrice dans l'ensemble d'un poème. Elle a un rôle également associatif car elle souligne la structure sémantique par des répétitions fondées sur les signifiants, qui permettent de rapprocher des signifiés autrement étrangers l'un à l'autre : il est fréquent que les mots-clés d'un poème se trouvent à la rime. L'effet de ces rapprochements est d'autant plus fort que les deux mots ainsi mis en présence sont différents : ni opposés, ni synonymes, ni associés dans des clichés, mais tels que leur contact soit une surprise.

Le système des rimes est la forme la plus régulière de récurrence phonique dans les vers français. Il y a plusieurs sortes de rimes :

- LA RIME LÉONINE : l'homophonie s'étend sur deux syllabes, ou plutôt englobe deux voyelles prononcées (volant/consolant). Elle est une référence en poésie classique :


Je pressai son exil, et mes cris éternels
L'arrachèrent du sein et des bras paternels.

- LA RIME ÉQUIVOQUÉE : elle peut se présenter de deux lanières, soit fondée sur l'homonymie entre deux vocables de sens différents (nuit, nom, et nuit, verbe), soit sous la forme d'un calembour lorsqu'elle englobe plusieurs mots :


Sur moi ne faut telle rigueur étendre,
Car de pécune un peu ma bourse est tendre.

- LA RIME DÉRIVATIVE : elle fait rimer des mots de même racine :


Et pourquoi non ? Ce serait grand diffame,
Si vous perdiez jeunesse, bruit et fame.

- LA RIME HOLORIME : le phénomène d'homophonie s'étend sur le vers entier, et donc, à l'oreille, on a l'impression de deux vers semblables :


Gal, amant de la reine, alla, tour magnanime,
Gallament de la reine à la tour Magne, à Nîmes.
.

- LA RIME COURONNÉE : la syllabe de rime est redoublée :


Ô Mort très rabice bice,
Tu n'es pas genice nice,
Mais de deuil nourrice rice

La poésie classique applique la règle de l'alternance de la rime féminine et de la rime masculine. Les rimes peuvent être croisée(ABAB) , embrassées (ABBA), ou suivies (AABB)


Une petite précision, pour terminer : en prosodie classique, pour bien comprendre la rime, il faut distinguer les sons longs ou brefs d'avec les sons ouverts ou fermés qui n'ont pas d'équivalence phonique et ne peuvent rimer ensemble.

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, la rime n'est pas visuelle, les rimes sont faites pour l'oreille et non pour l'orthographe.

On ne pourra faire rimer des mots comme "GENTIL" avec "SUBTIL. Exactement comme le mot "BALLE" ne peut rimer avec "RÂLE", ou encore "COURONNE" ne peut rimer avec "TRÔNE", et "PROPHÈTE ne peut rimer avec "FÊTE". Pas plus que PALLAS ne s'accorde avec MATELAS, ou encore PALMARÈS avec SUCCÈS, etc, etc... Ce n'est admis, en poésie, uniquement que lorsque l'une de ces finales est un nom propre.





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Flamme
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Flamme


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MessageSujet: Re: La rime (Prosodie)   La rime  (Prosodie) EmptyJeu 19 Fév - 22:31

Merci André, on va pouvoir de temps en temps s'y référer quand on aura un doute.
bis

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pierrot-lunaire

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MessageSujet: Re: La rime (Prosodie)   La rime  (Prosodie) EmptyVen 20 Fév - 1:05

Au sujet d'une rime muette s'accordant avec une rime sonore uniquement dans les noms propres, j'ai trouvé ce poème de Baudelaire ou nus rime avec Vénus :

Je n'ai pas oublié, voisine de la ville,
Notre blanche maison, petite mais tranquille ;
Sa Pomone de plâtre et sa vieille Vénus
Dans un bosquet chétif cachant leurs membres nus,
Et le soleil, le soir, ruisselant et superbe,
Qui, derrière la vitre où se brisait sa gerbe,
Semblait, grand oeil ouvert dans le ciel curieux,
Contempler nos dîners longs et silencieux,
Répandant largement ses beaux reflets de cierge
Sur la nappe frugale et les rideaux de serge.
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André Laugier

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MessageSujet: Re: La rime (Prosodie)   La rime  (Prosodie) EmptyVen 20 Fév - 10:15

pierrot-lunaire a écrit:
Au sujet d'une rime muette s'accordant avec une rime sonore uniquement dans les noms propres, j'ai trouvé ce poème de Baudelaire ou nus rime avec Vénus :

Je n'ai pas oublié, voisine de la ville,
Notre blanche maison, petite mais tranquille ;
Sa Pomone de plâtre et sa vieille Vénus
Dans un bosquet chétif cachant leurs membres nus,
Et le soleil, le soir, ruisselant et superbe,
Qui, derrière la vitre où se brisait sa gerbe,
Semblait, grand oeil ouvert dans le ciel curieux,
Contempler nos dîners longs et silencieux,
Répandant largement ses beaux reflets de cierge
Sur la nappe frugale et les rideaux de serge.

Bonjour PIERROT LUNAIRE,

De tout temps, les poètes se sont accordés, en poésie traditionnelle, des "licences". Ce sont des "autorisations" qu'ils se donnent de ne pas respecter, dans certains cas, les règles habituelles de l'orthographe, de la rime ou de la grammaire. Les licences se sont d'abord justifiées beaucoup plus par un archaïsme qui continuait à utiliser des formes vieillies que par la fantaisie des poètes ou par les facilités de la versification.

Il ne faudrait surtout pas prendre pour exemple ces deux rimes de BAUDELAIRE dont, heureusement, les parangons sont rares et ne donnent pas un échantillon convenable des canons de la versification.

Mais n'oublions pas, non plus, que nombreux furent les poètes (et parmi les plus renommés) qui se jouèrent des règles traditionnelles pour les besoins de leurs vers, estropiant parfois l'orthographe ou la diction.

C'est ainsi qu'on peut trouver dans "SAÜL", de LAMARTINE, ce distique, où il utilisa la "licence" pour privilégier la diction :



Ma fille, réponds-moi, qu'ai-je fait si longtemps ?
Parle !... Mais tu le sais tu pleures ! Ah ! je comprends...



Tout comme cet autre distique,, du même auteur, où le "S" de "vois" a été volontairement enlevée :



Jeune étranger, dit-il,, approchez-vous de moi !
Depuis des jours bien longs, de bien loin je vous voi.



Les exemples seraient nombreux à citer. Mais il faut se garder de prendre référence sur ce qui demeure, en règle générale, une "faute", et qui est, la plupart du temps, corrigée dans les éditions modernes.

On peut trouver dans des poèmes anciens le mot "MER" rimant avec le verbe "AIMER". Mais à l'époque de la composition de ces poèmes, la prononciation était différente, et "AIMER" se disait avec un "r" accentué.

Très bonne journée, PIERROT-LUNAIRE, et toute l'assurance d'une CHALEUREUSE AMITIÉ.

CARPE DIEM

andre

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MessageSujet: Re: La rime (Prosodie)   La rime  (Prosodie) EmptyVen 20 Fév - 10:52

Malherbe appelait les rimes aimer et amer, fille et tranquille des rimes normandes. Il est vrai que jusqu'à une époque encore récente tranquille se prononçait tranquiye en dialecte normano-picard.
Merci ami poète pour vos précieuses lumières.


oisami

pier
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André Laugier

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MessageSujet: Re: La rime (Prosodie)   La rime  (Prosodie) EmptyVen 20 Fév - 17:45

pierrot-lunaire a écrit:
Malherbe appelait les rimes aimer et amer, fille et tranquille des rimes normandes. Il est vrai que jusqu'à une époque encore récente tranquille se prononçait tranquiye en dialecte normano-picard.
Merci ami poète pour vos précieuses lumières.


oisami

pier

Le but d'un forum est non seulement de venir y déposer nos poèmes mais également de nous enrichir les uns aux autres par nos connaissances respectives. Ce qui est très agréable, ici, c'est que cela se fait en bonne intelligence et dans le respect de chacun. Nous ne pouvons qu'y puiser les ressources d'un avantage certain dans le cadre du partage et d'une considération commune.

Oui, la rime normande se retrouve surtout chez les auteurs du XVIIe siècle, comme MALHERBE, LA FONTAINE, RACINE, ou encore Clément MAROT et Rémy BELLEAU. Faut-il pour autant, comme le soulignent les traités de prosodie, penser que cette "rime" vient de Normandie. C'est peu probable, même si MALHERBE et CORNEILLE qui ont employé cette rime étaient d'origine normande.

En réalité, il s'agissait au XVIIe siècle d'une survivance dans la prononciation : dans le couple mer/aimer, le "r" final était prononcé dans les deux mots. Notre prononciation actuelle s'imposa, mais cette coutume perdura dans la diction des vers. Des spécialistes de la phonétique estiment qu'il peut s'agir d'une simple indication orthographique indiquant un "è" ouvert.

On trouve des exemples de cette rime qui nous choque aujourd'hui dans de nombreux poèmes du XVIe et XVIIe siècles.

...
Si je ne puis au printemps arriver,
Je suis taillé de mourir en hiver.
...

Clément MAROT

...
Il a séduit ses gardes les premiers
Et le seul nom de Rome étonne les plus fiers.

Jean RACINE

Ce "r" sonore semble dès le XVIIe siècle avoir été réservé à la poésie de style soutenu, voire noble. C'est aujourd'hui une fausse rime. Elle fut employée par les épigones des classiques jusque vers le milieu du XIXe siècle, sans autre justification que la coutume. Cette rime peut être considérée comme un cas particulier d'une "licence" plus générale, celle d'une consonne finale qu'on suppose pouvoir faire sonner, en survivance d'une ancienne prononciation.

Au XVIIe siècle, Mathurin RÉGNIER a fait rimer "volontiers" et "tiers". BOILEAU, de son côté, a fait rimer "guérets" et "Cérès", puis VOLTAIRE "sept avec "objet", etc.

Ces rimes sont les marques d'une prononciation qui n'est plus la nôtre, et n'était peut-être déjà plus la leur.

Le mot "fils" que nous prononçons aujourd'hui "fiss", se disait "fi jusqu'au XIXe siècle. Il est donc difficile de faire la part de prononciation réelle et de la "licence poétique"."

Sources : Dictionnaire de la Poésie Française, de Jacques Charpentreau. Ed. Fayard.  (pages 638 à 641)

Toute ma Chaleureuse Amitié et considération, PIERROT-LUNAIRE


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MessageSujet: Re: La rime (Prosodie)   La rime  (Prosodie) EmptyVen 20 Fév - 18:02

Flamme a écrit:
Merci André, on va pouvoir de temps en temps s'y référer quand on aura un doute.
bis  

Bonjour FLAMME,

Sans se référer en permanence à un dictionnaire de prosodie car en tant que poètes pratiquant l'écriture classique nous possédons déjà les bases et les connaissances essentielles des principales règles, je crois, en effet, comme tu le dis, qu'il est bon d'avoir à notre disposition des éléments assez pointus, en cas de doute, pour obtenir les renseignements adéquats.

C'est pourquoi je m'attarde, avec exemples à l'appui, à faire part de mes propres connaissances et n'hésitant pas à citer, lorsque cela me semble nécessaire, des extraits d'ouvrages éminents concernant des points bien précis des règles et procédés qui n'ont cessé de se modifier depuis que la poésie existe. Je le fais en toute humilité, bien entendu car je n'ai pas la prétention de l'omniscience.

J'apprends, moi aussi, tous les jours.

DE GROS bis2 de nous 3.

CARPE DIEM



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MessageSujet: Re: La rime (Prosodie)   La rime  (Prosodie) EmptyMar 3 Mar - 0:52


C'est très intéressant André et même passionnant, merci pour ce temps accordé et merci à Pierrot-lunaire pour ses belles remarques.
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MessageSujet: Re: La rime (Prosodie)   La rime  (Prosodie) Empty

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