LE COIN POÉTIQUE DE FRIPOU



 
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 LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT

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Lucienne MARTEL

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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Sam 27 Jan - 6:51

Bonjour André : Monsieur Ponchon est excellent et j'adore en particulier ce quatrain, lequel je verrais bien, un peu transformé, dans un poème érotique !!!! "Tout aussitôt les lourds épis
Réveillés, sans plus de répits,
Gonflés de sèves,
Se tiendront droits comme des glaives..."
Merci de ce divin nectar pour les passionnés de Dyonisos. Belle journée et gros bisous
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André Laugier

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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Lun 29 Jan - 10:19

Lucienne MARTEL a écrit:
Bonjour André : Monsieur Ponchon est excellent et j'adore en particulier ce quatrain, lequel je verrais bien, un peu transformé, dans un poème érotique !!!! "Tout aussitôt les lourds épis
Réveillés, sans plus de répits,
Gonflés de sèves,
Se tiendront droits comme des glaives..."
Merci de ce divin nectar pour les passionnés de Dyonisos. Belle journée et gros bisous


Bonjour LUCIENNE,

Pourquoi ne pas faire un "pastiche" sur ce poème de PONCHON. Sa poésie se prête à ce genre d'exercice, et je suis certain que ton imagination ne serait pas en reste pour broder sur ses propres vers.

DE grosbiz ET UN GRAND MERCI pour tes appréciations.

CARPE DIEM

andre


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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Lun 29 Jan - 10:20

Raoul PONCHON

SONNET
DE L’AMOUR SANS PHRASES

Et puis l’Ennui nous vint qui fana sous ses doigts
Notre Amour, cette fleur absurde et printanière
Éclose souviens-toi, boulevard Poissonnière,
Quand les nids commençaient à chanter sous les toits.

On s’est bien aimé deux — à n’en plus finir — mois.
Moi d’après ma façon, toi selon ta manière.
Deux mois ! Ce n’est pas rien pour ma moelle épinière,
D’autant que l’on comptait trente et un jours, je crois.

L’amour a son mystère et le cœur ses abîmes.
Je ne me souviens plus sur quel mot nous rompîmes,
Mais je suis bien certain que ce fut galamment,

Sans phrases de dépit, sans nous faire de scènes :
Tandis que tu partais au bras d’un autre amant,
Pour Auteuil, je prenais l’omnibus de Vincennes.

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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Mar 30 Jan - 20:54


Raoul PONCHON

LE SENS DE L’HEURE

Le Voyageur. — Le train de 8 h. 47 ? s. v. p.
Le Chef de Gare. — Oh ! vous avez le temps. Il n’est que 9 h. 15.



Je le dis tout à trac, je considère comme
Une calamité
Que l’on soit à ce point rebelle à ce qu’on nomme
La ponctualité.

N’importe où vous allez — mettons dans une gare —
On vous dit : tel train part
À sept heures vingt-cinq, qui souvent ne démarre
Qu’à huit heures un quart.

Ou bien, vice versa : l’on en attend un autre,
Annoncé pour midi,
Qui n’arrive… jamais. Et telle est l’humeur nôtre,
Que l’on lui fait crédit.

Au théâtre… voyez… c’est la même romance :
Vous avez remarqué
Qu’il est rare de voir spectacle qui commence
Dans l’instant indiqué.

Qu’est-ce que c’est que ça que telle heure précise,
Chez nous ? Vous savez bien
Que cette heure précise est une heure indécise,
Et qui ne rime à rien.

Ils vous répondent tous, directeurs, chefs de gare…
Que si, par un hasard,
Ils étaient ponctuels, c’est le public ignare
Qui serait en retard !

Il en va tout ainsi quand vous allez en ville,
Dîner chez l’habitant.
C’est bien plus grave. Ici, la négligence est vile.
On voit, à chaque instant,

Un repas n’être prêt, convenu pour huit heures,
Qu’à neuf heures un quart,
On vous dira pour des raisons supérieures ?…
Peste de ces écarts !

Vous maugréez tout bas. Vous avez une envie
Folle de vous enfuir.
Quand on vient annoncer que Madame est servie,
Loin de vous réjouir,

Vous admirez bientôt que le potage est tiède.
Autre horrible détail :
Le gigot archicuit, qui plus tard lui succède,
N’est même pas à l’ail !

Mais laissons ces horreurs. Parmi vos connaissances,
Je serais étonné,
S’il en est bien beaucoup ayant la conscience
Du rendez-vous donné.

Celui-ci vous dira : toi qui n’as rien à faire,
Tu peux m’attendre un peu.
Celui-là, qu’il demeure en un autre hémisphère,
Au tonnerre de Dieu…

Ou… votre montre avance… il faut y prendre garde.
Jamais il n’avouera
Que c’est peut-être bien la sienne qui retarde,
Le triple scélérat !

Je n’en retire rien… c’est la pire crapule.
Il peut épiloguer
Tant qu’il voudra, celui qui n’a du tout scrupule
De me faire droguer.

J’estime les instants, que le souverain Maître
M’accorde, tout aussi
Précieux que les siens. Il dira non, peut-être.
Et moi je dis que si.

Il n’est, à mon avis, qu’un seul être sur terre,
Un seul, de qui j’admets
L’inexactitude, et c’est mon propriétaire.
Mais il ne l’eut jamais.






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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Dim 4 Fév - 19:31

Raoul PONCHON

SUR MON PORTRAIT PAR CAPPIELLO

Cappiello, mon bon ami,
Ce portrait, dessiné trop vite,
Ne me ressemble qu’à demi,
Bien que le génie y palpite.

Vraiment, par le Dieu d’Isaac
Je ne croyais pas, je te jure,
Ressembler autant à Reinach,
Cela lui soit dit sans injure.

Je sais bien que tu me diras :
« On ne se connaît pas soi-même ».
Mais, franchement, suis-je aussi gras ?..
J’en aurais une peine extrême.

Sans être maigre comme un loup,
J’attends que la graisse me vienne ;
Je bedonne un peu, voilà tout,
C’est rapport à mon hygiène.

Je n’ai pas ce cou de taureau,
Dont se prévaudrait un hercule ;
Sur un corps de mon numéro
Ce serait plutôt ridicule.

Tu me fais des mains d’assassin,
Moi, de qui les doigts sont si vagues,
Qu’à peine, et malgré mon dessein,
Je les puis illustrer de bagues.

Mais, qui m’a le plus contristé,
Vois-tu, dans ta caricature,
C’est l’air dur que tu m’as prêté.
Il n’est du tout dans ma nature.

D’abord, je n’ai pas, tant s’en faut,
La moustache aussi provocante ;
Avec ces crocs à la prévôt,
J’ai l’air d’en défier cinquante.

C’est de moi beaucoup présumer,
Qu’un vol d’abeilles effarouche,
Et qu’une rose fait pâmer.
Je n’ai pas non plus cette bouche

Dédaigneuse, je te promets,
Surtout quand je regarde un verre…
De plus, pour personne, jamais
Je n’eus le droit d’être sévère.

Et je n’ai pas non plus cet œil
De magistrat dans son prétoire.
Il est de bien meilleur accueil.
Viens y voir, si tu n’y veux croire.

Tu ne m’as jamais abordé,
Sans quoi, tu saurais que ma haine
Tiendrait aisément dans un dé,
Sans que cette coupe soit pleine.

Le front… est par trop important,
Pour mes ordinaires pensées ;
Il n’en roule pas tant et tant,
Encor lui fous-je des fessées.

Le chapeau ?.. très bien, le chapeau.
Le voilà tel que je le porte.
Quant à l’absinthe, ô Cappiello !
Tu me l’as servie un peu forte.

Et puis, n, i, ni, c’est fini.
Et je te fais une risette,
Pour m’avoir, à propos, fourni
Le sujet de cette gazette.

 




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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Lun 5 Fév - 2:38

Bonjour André. J'ai adore ce portrait personnel à l'antithèse de celui caricatural s(il faut en croire Monsieur Ponchon. Il est malin : il a réussi à glissé son petit dé d'absinthe : très fort ! Merci et excellente journée. Bisous
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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Lun 5 Fév - 18:54

Lucienne MARTEL a écrit:
Bonjour André. J'ai adore ce portrait personnel à l'antithèse de celui caricatural s(il faut en croire Monsieur Ponchon. Il est malin : il a réussi à glissé son petit dé d'absinthe : très fort ! Merci et excellente journée. Bisous



Bonsoir LUCIENNE,

Du moindre sujet il le transforme en poème. Un poète étonnant ce Raoul PONCHON, mais en même temps il sait rester scrupuleux des règles canoniques de la prosodie. Au même titre qu'Alphonse ALLAIS, il est un de nos plus réputés versificateurs ayant mis la bonne humeur et le rire au service des mots.

merci2 pour tes bien fidèles lectures et commentaires que je lis toujours avec un réel intérêt et plaisir, LUCIENNE.

Excellente soirée à toi et un NUAGE DE bis bis bis

andre

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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Lun 5 Fév - 18:58


Raoul PONCHON

UN APÔTRE

Un monsieur Grunn ayant appris
Que l’alcoolisme dans Paris,
Si ce n’est par toute la France,
Sévissait, un beau jour, se dit :
« Allons dans ce pays maudit,
Pour y prêcher la tempérance. »

Bientôt, un train le déposait
À Paris, soit — comme il disait
Cette Babylone moderne.
Là, sans qu’il perdît un instant,
Il se dirigea, haletant,
Vers la plus prochaine taverne,

Où tout de suite, il demanda
Je ne sais quel « brandy-soda »
Histoire de se mettre en verve :
« — Ladies et gentlemen — dit-il —
Qui buvez de cet alcool vil,
Quel sort l’avenir vous réserve !… »

Les clients, d’abord ahuris,
L’interrompirent par des cris :
« — Non… mon vieux… assez… qu’on le sorte
— Tu nous embêtes, mon garçon. »
Là-dessus, sans plus de façon,
Le patron le mit à la porte.

« Allons — pensa-t-il — j’ai gaffé.
Et puis, il changea de café.
Et certainement notre apôtre.
N’eut pas à le chercher bien loin,
La Providence ayant pris soin
De mettre un café près d’un autre.

Là, vidant « cocktail » sur cocktail.
Contre l’affreux poison mortel
Il reprit son réquisitoire.
Mais il fut derechef semé.
Et d’un pas déjà moins rythmé
Il dut autre part aller boire.

On le vit donc, de bar en bar,
Faire le tour des boulevards,
Sans pouvoir placer sa harangue ;
Cependant que des « gin » hideux,
Des whisky combien hasardeux
Empâtaient quelque peu sa langue.

Le soir, après un bon dîner,
Il résolut d’endoctriner
Divers cabarets de la Butte.
« J’espère — se dit-il — que là
Du moins, quelqu’un me comprendra.
À Montmartre on n’est pas des brutes.

Mais tôt il fut édifié.
Ces dames… sexe sans pitié !
Dès qu’il avait ouvert la bouche,
— Son verre une fois absorbé —
Lui criaient : « Ta bouche, bébé !
À quelle heure est-ce qu’on te couche ? »

Alors, il rentra dans Paris.
Et vous ne serez pas surpris,
Si nous le retrouvons aux Halles,
Toujours buvant, et pérorant,
Devant un peuple indifférent
À ses sottes mercuriales.

Tant que, ce Grunn, au petit jour,
Affalé dans un carrefour,
Disait — la gueule « en palissandre » :
« — S’il est de pires saligauds
Au monde que ces Parigots,
Je veux qu’on me réduise en cendre ! »





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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Jeu 8 Fév - 19:42


Raoul PONCHON

UN APPÉTIT ROYAL

La jeune reine de Hollande
Serait, à ce qu’on dit, gourmande,
Sans choir dans les pires excès
D’une voracité vulgaire.
Voilà qui ne m’étonne guère ;
Car, aussi bien, je me disais —

Sauf son respect — que si moi-même,
Moine quelque peu de Thélème,
Tant sobre jadis, qui depuis !…
Si, me disais-je, pauvre ivrogne,
Je n’ai pas obtenu ma trogne
En léchant des cordes à puits ;

De même, elle, si grassouillette,
Si bien en point, si vermeillette,
Je veux croire que ce n’est pas
D’un hareng-saur, d’une sardine,
Qu’elle déjeune et qu’elle dîne.
Elle fait donc ses six repas,

Par jour ! Et l’on la dit friande
De saine et de robuste viande,
— Sans croire pour cela déchoir —
En l’arrosant de vin de France,
Qu’elle absorbe, de préférence,
Pur, le matin, sans eau, le soir,

Ainsi que fait toute personne
Digne de ce nom, qui raisonne,
Aimant la table et son confort.
Et, qu’est-ce donc que l’on m’assure
C’est, qu’au dessert elle se cure
Les dents avec un pied de porc…

Mais sans doute l’on exagère.
Qui veut, parlant à la légère,
Trop prouver, il ne prouve rien.
Quoi qu’il en soit, ce fier régime
Me paraît excellentissime,
Car elle se porte fort bien.

Et, qui l’en blâmerait, la chère
Enfant, d’aimer la bonne chère ?…
Ces conducteurs de nations,
Ces chefs d’État et ces dynastes,
Malgré leurs pompes et leurs fastes.
Ont-ils tant de distractions ?

En définitive, j’estime
Qu’un monarque est plus magnanime,
Qui jouit d’un bon appétit ;
Cependant que d’un autre prince,
N’ayant qu’un estomac fort mince,
Je me méfierais un petit !




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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Sam 10 Fév - 5:29

Bonjour André. J'aime beaucoup ce portrait gastronomique. Monsieur Ponchon avait un immense vocabulaire culinaire et en usait fort justement. A l'époque des Grands, les plaisirs étaient de bonne chère : ils n'avaient pas d'autre dilettante que de se mettre à table en orgie de victuailles pendant des heures Merci et bisous
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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Lun 12 Fév - 12:42

Lucienne MARTEL a écrit:
Bonjour André. J'aime beaucoup ce portrait gastronomique. Monsieur Ponchon avait un immense vocabulaire culinaire et en usait fort justement. A l'époque des Grands, les plaisirs étaient de bonne chère : ils n'avaient pas d'autre dilettante que de se mettre à table en orgie de victuailles pendant des heures Merci et bisous



Bonjour LUCIENNE,

Ci-dessous, encore un autre exemple du grand penchant de Raoul PONCHON pour les plaisirs de la table et des bons vins. Quel épicurien, ce poète ! On ne peut que se délecter de son humour contagieux et de son caractère positif !

Douce journée à toi.

DE grosbiz

CARPE DIEM

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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Lun 12 Fév - 12:43


Raoul PONCHON

UN GRAND D’ESPAGNE

Ô mon gosier, prépare-toi
À recevoir d’une galante
Façon le merveilleux convoi
D’une bouteille d’Alicante.

Voici venir, ô mon gosier,
Un vin d’or parfumé de roses,
Fils du Soleil, ce grand sorcier
Qui fait un tas de bonnes choses.

Ô mes lèvres, entr’ouvrez-vous.
Mes dents, alignez vos rangées ;
Je m’en vais le boire à genoux,
À toutes petites gorgées.

Ce prince, en habit de velours
Est un bougre de conséquence,
Tâchez de lui faire un discours,
Ô ma bouche, plein d’éloquence !

Je veux qu’il trouve en mon palais
Une réception royale.
Vous, ma langue, rubis balais —
Vous allez baiser sa sandale.

Dans mon magnifique estomac
Il aura la plus belle chambre ;
Je l’encenserai de tabac,
De tabac doré comme l’ambre.

Sa noblesse de bon aloi
S’est montrée en mainte campagne.
Il se couvre devant le roi,
C’est un des plus grands… crus d’Espagne.

En se voyant si bien logé,
Bu de façon si méritoire,
Comme il a beaucoup voyagé
Il nous contera quelque histoire.

Écoutez son parler charmant,
Déjà, mes oreilles, il jase ;
Mes yeux, voyez ce diamant
Qui luit à son flanc de topaze.

Est-il plus suave parfum,
Où trouver un regard plus tendre ?
Mais, cher prince, pardonnez, un
Peu plus je vous faisais attendre.




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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Mer 14 Fév - 21:02


Raoul PONCHON

UN MIRACLE

Sur une route interminable,
Et par un soleil qui chauffait
Dieu sait !… j’allais, flapi, minable,
Mourant de soif. Et j’avais fait

Déjà maint et maint kilomètre,
Sans rencontrer un cabaret.
Tu m’entends, Saint-Amant, mon maître !
Qu’en dis-tu, son ami, Faret ?

Et, devant mes yeux de presbyte,
Pas un toit, pas une maison !
C’est ici que le Diable habite —
Pensais-je, avec quelque raison.

Enfin, pour comble de disgrâce,
Je voyais au loin des rustauds
Grouillant, de terrasse en terrasse,
Qui vendangeaient sur les coteaux.

On m’eût pris avec une pelle,
Tant j’étais flasque et m’affaissant,
Quand j’aperçus une chapelle
Dédiée au grand Saint Vincent.

Devant son image rustique,
Courbant le plus chauve des fronts,
Je lui dis d’une voix mystique :
« Ô bon patron des vignerons !

Du haut de la voûte éternelle,
De grâce, prends pitié de moi.
Tu sais que je suis ton fidèle,
Tu connais mon culte pour toi.

J’ai là, vois-tu, comme une racle
Dans le gosier — ça n’est pas gai.
Fais, en ma faveur, un miracle.
Et, quand ici je reviendrai,

Je te promets un fameux cierge :
Indique-moi de quel côté
Se trouve la plus proche auberge,
Où te porter une santé. »

Alors, voilà bien le prodige :
Le saint me tendit un flacon…
Je l’ai vu de mes yeux — vous dis-je
Un flacon de vin rubicond !

Ce vin me parut sans nuance,
Un peu dur… ce qui m’épata,
Étant donné sa provenance.
N’importe ! il me réconforta.

C’est donc avec plus de courage
Que je poursuivis mon chemin,
Jusqu’à l’auberge d’un village
Où je fus bientôt, verre en main.

Là, se trouvaient en train de boire,
Quelques vignerons du pays,
À qui je contai mon histoire.
Tout d’abord je les ébahis.

Puis l’un d’eux se mit à me rire
Au nez : « Eh bien, vrai ! mon ami —
Fit-il — permets-moi de te dire
Que tu n’es pas « jeune » à demi.

« Tu sauras que c’est la consigne,
Chez nous, je dis plus, le devoir,
D’offrir au patron de la Vigne
Le premier vin hors du pressoir.

« C’est ainsi que cette bouteille,
Que tu bus comme un innocent,
Aujourd’hui — c’est moi qui, — la veille,
L’avais offerte à Saint Vincent. »





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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Ven 16 Fév - 12:44


Raoul PONCHON

VA DONC, EH, LA PUDEUR

Était un’ fois quatr’ modèles,
Sarah, Suzanne, Manon,
Et la quatrième d’elles
C’était Yvonne son nom.

L’une châtain, la seconde
Rousse comme du pain cuit ;
Si la troisième était blonde,
La der on eût dit la nuit.

Et chacune était très belle,
L’une et l’autre étant bonne à
Tout faire en tant que modèle,
Chez Henner ou chez Bonnat.

Elles posaient la Madone
Ou la mère de l’Amour,
Ou bien ta « fin, Babylone »,
Sinon Ève au premier jour.

Un beau jour, on les invite
À ce bal dit « des Quat’-z-Arts » ;
Elles acceptent bien vite ;
S’amuser ! par quel hasard !…

— Puisque nous som' des modèles,
Que nous travaillons pour l’Art,
Il faut mettre, disent-elles,
Un costume un peu flambart.

La première s’était mise
Simplement, sans falbalas,
N’ayant rien qu’une chemise
Qu’elle portait sur son bras.

La deuxième était vêtue
D’une rose dans la main ;
On eût dit une statue
Qui doit s’habiller demain.

La troisième, ah ! la troisième !
Fallait la voir, voyez-vous ;
Elle avait — Dieu, que je l’aime ! —
Des anneaux d’or aux genoux.

La der avait un costume
Quelque peu… zizi panpan :
Dans les cheveux une plume
Que l’on veut croire de paon.

Au bal on leur fit des fêtes
À peine franchi le seuil ;
Elles étaient si bien faites
Qu’on se rinçait — combien ! — l’œil !

Tout à coup passe un vieil homme,
Un vieil homme pas très beau ;
Il ne tenait pas de pomme,
Mais à la main son chapeau…

Il accoste la première
Et lui demande pourquoi
Cette toilette légère ?
Elle répond : Quoi ! de quoi ?

Sache que je suis modèle,
Ce qui fait que mon métier
Est — d’autant que je suis belle —
De montrer mon corps entier.

Il demande à la seconde :
— Et toi ? — Moi, vilain magot,
C’est parce que je suis blonde
Et qu’il fait bigrement chaud.

Il demande à la troisième :
— Pourquoi si peu te vêtir ?
Elle dit : — C’est un problème
Que je ne puis définir.

Il interroge l’ultime
Qui dit : — Moi, c’est différent,
J’ai pas même le centime
Qui commencerait un franc.

Alors, lui, pris d’un beau zèle,
Prit aussitôt huit mouchoirs
Dont il cacha de nos belles
Les huit seins qu’il ne put voir.


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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Dim 18 Fév - 3:40

la chute est excellente. Nous avons à faire avec un vieux pudibond qui ne souffre la nudité de ces quatre demoiselles. Mais huit mouchoirs c'est peu pour se couvrir en entier. j'aime beaucoup. Bisous
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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Lun 19 Fév - 17:59


Raoul PONCHON

VERS DE NOËL

Au diable la poésie,
Mon ami Ponchon,
Mangeons avec frénésie
Du rose cochon.

Est-ce que Noël, poète,
Ô fleur des couyons,
N’est pas la plus belle fête,
Dis ? que nous ayons ?

En se montrant sur la paille
Tel un fin jambon,
Jésus dit : « Faites ripaille,
Le moment est bon.

Seigneurs ou pauvre canaille,
En ce jour divin
Mangez de la cochonnaille
Et buvez du vin :

Le vin réchauffe et l’eau mouille. »
Il dit, et soudain
Des kilomètres d’andouille
Et de noir boudin

— Ainsi fait la folle vigne —
Fleurissent partout.
Ô spectacle vraiment digne,
Consolant surtout !

Du salon jusqu’à l’office,
En chaque maison
Ce n’est que de la saucisse
Et du saucisson.

Des charcutiers admirables
Le galant métier !
En est-il de plus aimables
Dans le monde entier ?

Maîtres qu’un lard pur enflamme,
Ils font de leurs doigts
Tout ce qu’ils veulent, madame,
Tant ils sont adroits ;

J’en prends à témoin quiconque !
Ces braves gens-là
Prennent un cochon quelconque
Et disent : « Voilà.

Voilà mille bonnes choses,
Pâtés, jambonneaux,
Voici des lis et des roses,
Mes petits agneaux. »

Par la papale fressure !
Avec — (ça c’est beau !)
Du cochon, je vous assure,
Certains font du veau.

À cette époque de joie
Que nous célébrons,
On voit d’elle-même l’oie
Chier des marrons.

La dinde, sombre tartuffe
Ordinairement,
Court au-devant de la truffe
— Fer de cet aimant ! —

Les bouteilles toutes seules
Montent l’escalier,
Ivres de rincer nos gueules
Et notre gosier.

Les rouges rôtisseries
Flambent ; le mois d’août
N’a pas plus de pierreries.
C’est beau comme tout.

Les huîtres — moules du riche —
Jusqu’à cette nuit
Dans le sein de la bourriche
Ont bâillé d’ennui.

Huîtres, ne pleurez pas, folles
Que vous êtes, car
Vous ferez des cabrioles
Ce soir, sur le tard !

De la cave à la cuisine
Je vois tout en l’air,
Les jambes de ma cousine
Tout d’abord, c’est clair.

Ah ! s’il ne faut que bien boire
Et que bien manger
Pour complaire au dieu de gloire,
Je vais y songer.

Pour l’instant je n’ai pas — diable !
Le moindre appétit,
Mais l’appétit vient à table
Petit à petit.

Je veux que ce soir ma bouche
Fatigue ma main.
À Noël je ne me couche
Que le lendemain.




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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Mar 20 Fév - 19:36


Raoul PONCHON

LA VIERGE EN BOUTEILLE

À Édouard Conte.

Une vieille femme de Perpignan prétend que la Vierge lui apparaît dans une bouteille d’eau de Lourdes.


Tais-toi, vieille pucière,
Exécrable sorcière,
Ta raison fait dodo…
Voir la Vierge Marie
Dans ta saloperie
De bouteille d’eau ! d’eau !!…

Mais outre, pauvre gourde,
Que, fût-elle de Lourdes,
Une bouteille d’eau
Est encor plus stupide
Qu’une bouteille vide,
S’il se peut. — Secundo,

Sache qu’une bouteille
N’est, sans du jus de treille,
Qu’un récipient vain.
Pour qu’elle soit chrétienne,
Il faut qu’elle contienne
Superbement du Vin !

C’est là, tu peux m’en croire,
En ce séjour de gloire,
Que, trônant au milieu,
Tu vois, non la Madone,
— Qu’elle me le pardonne —
Mais bien le Seigneur Dieu !

Pour quant à ta bouteille,
En dépit, sotte vieille,
De tout l’Épiscopat,
Il n’y saurait paraître
Que le Diable, ton maître,
T’appelant au Sabbat.




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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Mar 20 Fév - 20:19

Il avait un peu trop bu du vin ce pauvre Ponchon !!! Un peu désagréable quand même !!!! reflex sourir
nuagebisous temps de pluie mais bisous pour vous 3

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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   

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