LE COIN POÉTIQUE DE FRIPOU



 
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 LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT

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André Laugier

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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Lun 20 Mar - 19:24


Raoul PONCHON

L'ILE AUX RICHES

Il est une île par le monde
Où tant de confortable abonde
Que c'en est vraiment dégoûtant.
Elle est, cette île chimérique,
Sise non loin de l'Amérique,
Ce pays des orangs-outangs.

Ses habitants sont des compères
Qui, toujours heureux et prospères,
Dans les pétroles et les lards
Ont fait, comme l'on dit, leur beurre
Et qui jouissent à cette heure
D'un nombre absurde de dollars.

C'est... Vanderbilt le magnifique...
Mackay, la caisse apoplectique...
Gould dont le nom signifie Or ;
C'est ce cher Rockfeller encore
Dit le Coffre-fort-qui-s'ignore...
C'est l'âpre Cushing... c'est Astor !...

Loin de ces richards que l'or crêve
Se chiffrant au delà du rêve
Si l'on n'en dit que la moitié,
Il parait que Rothschild lui-même
N'est qu'un détestable bohème
Dont la misère fait pitié.

Donc, en cette île fortunée,
Pendant quelque mois de l'année,
Tous ces nababs et ces Crésus
Se retirent loin de l'Affaire...
Je veux dire loin des affaires,
Des mines d'or, des omnibus.

Ils habitent des palais rares
Qui ne sont qu'onyx et carrares,
Et réunissent à ce point
Les derniers cris du confortable
Que tu leur foutrais pour étable...
Rambouillet, ils n'en voudraient point.

Et qu'y font-ils de leurs journées ?
Les distractions sont bornées,
Voire même en ce métier-là,
Et sur cette terre promise.
Que voulez-vous que je vous dise ?...
Ils mènent un grand tralala...

Ils y virent et tournevirent,
Pour avoir tout ce qu'ils désirent
Leur suffit d'un geste - dit-on :
Si même il leur prend fantaisie
De faire de la poésie,
Ils n'ont qu'à tourner un bouton.

Ils dorment, ils boivent, ils mangent...
Se grattent où ça leur démange,
Que diable vous faut-il de plus ?
Ils fument d'énormes cigares,
Probable, sans vous crier gare,
Et chantent en choeur lanturlu.

Et pour ce qui est de la chose ?...
Non. Point de femmes, et pour cause.
Ils n'y pensent pas seulement.
Car puisqu'ils viennent dans leur île
Justement pour être tranquilles
Ca ne serait pas le moment.

Leur exil point ne les empêche
De recevoir mainte dépêche
De temps en temps, qui parle d'or,
Qui leur apprend que leur fortune,
Pendant qu'ils bayaient à la lune
Vient de fructifier encor.

Certains d'entre eux se réunissent ;
Ca n'est pas qu'ils s'en réjouissent,
C'est pour jouer au pick-pocker ;
Et comme le seul but, je pense
De ces messieurs est la dépense,
Celui qui perd est le vainqueur.

Il en est d'autres plus moroses,
Inaccessibles à ces proses.
Assis à l'ombre d'un bouleau,
Ils plongent de leurs mains distraites
Dans un sac rempli de pépettes
Et font des ricochets sur l'eau...







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Flamme
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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Mer 22 Mar - 17:01

une belle vérité sur ces riches dans leur île !!!
Il est de quelle date ce poème de Ronchon ? On dirait qu'il vient de le créer !
bis

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André Laugier

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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Mer 22 Mar - 18:48

Flamme a écrit:
une belle vérité sur ces riches dans leur île !!!
Il est de quelle date ce poème de Ronchon ? On dirait qu'il vient de le créer !
bis


Bonsoir FLAMME,

Raoul PONCHON est né le 30 décembre 1848 et mort à Paris le 3 décembre 1937. De 1868 jusqu'à son décès, il n'a cessé d'écrire, et toujours dans le genre burlesque ou satirique. Il était devenu une personnalité au Théâtre du Chat Noir. Il a laissé des dizaines d'œuvres toutes plus truculentes les unes que les autres, portant un regard très pointu sur la société de son époque. Ses poèmes, pour la grande majorité d'entre eux, n'ont pas pris une seule ride, tant l'histoire se recommence. Que de vérités dans ses écrits ! Presque rien n'a changé, surtout pas les mentalités.

UN GRAND  merci2 pour tes fidèles lectures ainsi que tes commentaires bien gratifiants.

Douce soirée à vous deux. NOS PLUS AFFECTUEUX  bibi2  bibi2  bibi2

andre (Le coureur des mots)

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MOMO13

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MessageSujet: POURQUOI RONCHON ?, Flamme.(2 fois) ?   Jeu 23 Mar - 20:00

AVAIT IL MAUVAIS CARACTERE ? mdr.... amitie3


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ECRIRE, cest déja se confier, mais avec des amis, c'est PARTAGER l intime...MERCI.
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André Laugier

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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Jeu 23 Mar - 21:46

MOMO13 a écrit:

AVAIT IL MAUVAIS CARACTERE ? mdr.... amitie3



Je ne sais pas, MOMO, mais une chose est sûre c'est qu'il avait créé avec son Ami Jean RICHEPIN, le "Groupe des Vivants", qui s'opposait à celui des "Parnassiens". Il était connu pour son verbe haut, et aussi pour avoir le gosier en pente, témoignant d'une remarquable résistance aux ravages de l'absinthe. Sa verve populaire en a fait l'un des piliers du Cabaret "Le Chat Noir", à Paris. Une grande partie de ses poèmes sont consacrés à la cuisine, aux bistrots, aux boissons, au farfelu et à la politique de son époque dans des écrits à la fois humoristiques et grinçants. Il a eu une longue vie.

ahah  ahah

Bonne fin de soirée à toi Ami marseillais.

TOUTE MON AMITIÉ.

andre  




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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Ven 24 Mar - 12:02


François NANGAM

Un marin provençal, revenant d’Amérique,
Et tout heureux, le soir, de regagner son lit,
Fut soudain très marri d’y trouver une chique !
Aussitôt, bondissant vers sa femme, il lui fit
Ce bref raisonnement, demeuré sans réplique :
« Moi, ze ne sique pas ; toi, tu ne siques pas ;
Qui tron de sort ! a mis cette sique là-bas ? »
__________________

Antoine BERTIN

Nul ermite n'est préposé
A la garde du tabernacle ;
Le peuple, en tous lieux peuple, et toujours abusé,
N'y court point engraisser quelque fripon d'oracle ;
Mais le granit du seuil, par ses genoux usé,
Voit tous les ans se faire un assez grand miracle ;
Car la plus timide beauté
Qui, dans cette solennité,
De pourpre la joue un peu teinte,
Et le scapulaire au côté,
Trotte vers la demeure sainte,
En jupon de laine écourté,
Dans cet asile respecté
Entre avec sa virginité,
Et bientôt en revient enceinte.
__________________

Raoul PONCHON

TROP DE POLITIQUE

La France est un pays charmant,
- A l’instar de la Chine, -
Il n’est pas de ciel plus clément
Sur la ronde machine.
 
On dit, et je le crois aussi,
Qu’elle est la Benjamine
De Dieu, dont c’est le seul souci
De lui voir fraîche mine.
 
Tout étranger qui la connaît
Et la met en pratique,
Affirme volontiers qu’il n’est
Pays plus sympathique.
 
Elle épanouit sous les cieux
Ses collines riantes,
Ses bois, ses vallons spacieux,
Ses plaines verdoyantes.
 
Elle offre aux baisers du soleil
Ses guérets et ses vignes.
On y boit un air sans pareil,
Ses saisons sont bénignes.
 
d’aise et de liberté
A nulle autre seconde
Elle est comme un grain de beauté
Sur la face du monde.
 
Elle a le cœur franc comme l’or
Et l’âme harmonieuse
Comme la Lyre. Et, sans effort,
Elle est industrieuse.
 
Elle a, plus nombreux que fourmis,
Des savants, des artistes.
Pourquoi nous faut-il, mes amis,
Vivre des jours si tristes ?
 
Elle joint au bon sens romain
Une bravoure franque.
Je ne sais, après examen,
Vraiment ce qu’il lui manque.
 
Hélas ! C’est que la France aussi,
Aujourd’hui lunatique,
Sans repos comme sans merci,
Se rue en politique.
 
D’un bout de l’an à l’autre bout,
Voici qu’elle s’occupe
De ce sport à dormir debout
Et dont elle est la dupe.
 
Hier, c’étaient les élections,
Et ce sera la Chambre
Demain, quoi que nous y fassions.
De janvier à décembre,
 
Tout un peuple discutera
Les actes et les gestes
De ses élus, et mâchera
Leurs discours indigestes.
 
Les journaux en seront remplis.
Nous n’aurons, comme trêve
Consécutive à nos conflits,
Que la bombe ou la grève.
 
N’allons-nous donc sortir jamais
De cet affreux grabuge ?
Nous faudra-t-il, sur les sommets,
Enterrer un déluge ?…
 
Ah ! si cela devait durer,
O pays de Cocagne !
Que l’Art seul devrait illustrer,
Tu serais tôt un bagne.
 
Si tu ne veux pas voir un jour
Gâté ton beau physique,
O ma patrie ! ô mon amour !
Reste dans la… musique.
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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Mar 28 Mar - 16:08


Jean RICHEPIN

FLEURS DE BOISSON

Dédié à Raoul PONCHON


Ouf ! j’ai soif comme si je mâchais de la laine…
Allons ! donne l’avoine à mon gosier fourbu.
Du vin ! nous faut du vin ! Je veux que mon haleine
Suffise pour soûler ceux qui n’auront pas bu.


Je veux qu’en me voyant le Panthéon recule,
Craignant d’être écrasé par mon choc, et je veux
Faire ce soir le jour après le crépuscule,
Grâce au soleil dont les rayons sont mes cheveux.


Tiens ! prenons l’omnibus, tout couvert de gens ternes
Qui par mon flamboiement vont être illuminés.
Le vieux cocher, prenant mes yeux pour ses lanternes,
Allumera sa pipe aux braises de mon nez.


De l’Odéon pensif aux tristes Batignolles
Nous irons. Telle va la comète qui luit !
Chez le mastroquet gras qui vend des attignoles
Nous boirons du vin doux qui fait pisser la nuit.


Nous pisserons, très beaux, très heureux et très dignes,
Nous appuyant du front au mur éclaboussé,
Et les Batignollais verront un jour des vignes
Fleurir le long du mur où nous aurons pissé.




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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Mer 29 Mar - 11:43

Jean RICHEPIN

À Raoul PONCHON


Tu sens le vin, ô pâte exquise sans levain.
Salut Ponchon ! Salut, trogne, crinière, ventre !
Ta bouche, dans le foin de ta barbe, est un antre
Où gloussent les chansons de la bière et du vin.

Aux roses de ton nez jamais l'hiver ne vint.
Tu bouffes comme un ogre et pintes comme un chantre.
Tous les péchés gourmands ont ton nombril pour centre.
Dans Paris, ce grand bois, tu vis tel qu'un sylvain,

Sachant tous les sentiers, mais fuyant les fontaines,
Flairant les carrefours, les ruelles lointaines,
Où les bons mastroquets versent le bleu pivois.

Et j'aime ton plastron d'habit bardé de taches,
Ton pif rond, tes petits yeux ronds, ta chaude voix,
Et l'odeur de boisson qui fume à tes moustaches.




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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Jeu 30 Mar - 10:57

Une amitié gaillarde !!! Bien amusant ce poème ! sourir

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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Lun 10 Avr - 19:21

Flamme a écrit:
Une amitié gaillarde !!! Bien amusant ce poème ! sourir


RICHEPIN, ALLAIS et PONCHON ont été les" 3 mousquetaires de l'humour et de la dérision. Trois compères qui ont laissé un œuvre considérable, et qui a préfiguré l'ère des chansonniers.

Voici, ci-dessous, un autre poème de PONCHON qui s'intègre parfaitement dans la campagne préélectorale que nous subissons.

UN GRAND MERCI pour tes lectures et ta fidélité à mes posts, Chère FLAMME.

Un "tourbillon" de bibi2 bibi2 bibi2 À VOUS PARTAGER TOUTES LES DEUX, DE NOUS TROIS.

andre




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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Lun 10 Avr - 19:22


Raoul PONCHON

TROP DE POLITIQUE

La France est un pays charmant,
- A l’instar de la Chine, -
Il n’est pas de ciel plus clément
Sur la ronde machine.

On dit, et je le crois aussi,
Qu’elle est la Benjamine
De Dieu, dont c’est le seul souci
De lui voir fraîche mine.

Tout étranger qui la connaît
Et la met en pratique,
Affirme volontiers qu’il n’est
Pays plus sympathique.

Elle épanouit sous les cieux
Ses collines riantes,
Ses bois, ses vallons spacieux,
Ses plaines verdoyantes.

Elle offre aux baisers du soleil
Ses guérets et ses vignes.
On y boit un air sans pareil,
Ses saisons sont bénignes.

Terre d’aise et de liberté
A nulle autre seconde,
Elle est comme un grain de beauté
Sur la face du monde.

Elle a le cœur franc comme l’or
Et l’âme harmonieuse
Comme la Lyre. Et, sans effort,
Elle est industrieuse.

Elle a, plus ombreux que fourmis,
Des savants, des artistes.
Pourquoi nous faut-il, mes amis,
Vivre des jours si tristes ?

Elle joint an bon sens romain
Une bravoure franque.
Je ne sais, après examen,
Vraiment ce qu’il lui manque.

Hélas ! C’est que la France aussi,
Aujourd’hui lunatique,
Sans repos comme sans merci,
Se rue en politique.

D’un bout de l’an à l’autre bout,
Voilà qu’elle s’occupe
De ce sport à dormir debout
Et dont elle n’est pas dupe.

Hier, c’étaient les élections,
Et ce sera la Chambre
Demain, quoi que nous y fassions.
De janvier en décembre,

Tout un peuple discutera
Les actes et les gestes
De ses élus, et mâchera
Leurs discours indigestes.

Les journaux en seront remplis.
Nous n’aurons, comme trêve
Consécutive à nos conflits,
Que la bombe ou la grève.

N’allons nous donc sortir jamais
De cet affreux grabuge ?
Nous faudra-t-il, sur les sommets,
Espérer un déluge ?

Ah ! si cela devait durer,
O pays de Cocagne !
Que l’Art seul devrait illustrer,
Tu serais tôt un bagne.

Si tu ne veux pas voir un jour
Gâté ton beau physique,
O ma patrie ! ô mon amour !
Reste dans la… musique.





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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Mar 11 Avr - 9:16

On ne changera pas !!! Il y a des poèmes qui ne vieillissent pas reflex
Je vote Ponchon sourir encore un nom en on clin2
Bises André bis2

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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Mar 11 Avr - 12:04

Flamme a écrit:
On ne changera pas !!! Il y a des poèmes qui ne vieillissent pas reflex
Je vote Ponchon sourir  encore un nom en on clin2
Bises André bis2


Qui pourrait penser, en lisant son œuvre, souvent au vitriol, que PONCHON fut, à ses débuts, un employé de banque, ou plutôt de banques et d’assurances. Jugeant qu’il n’était pas fait pour la finance, il s’établit dans la bohème, et comme peintre, dans un premier temps. C'était une bohème "organisée" et "régulière". Il fréquentait les ateliers et salons de peinture et les cénacles littéraires, et il passa de nombreuses vacances dans la maison de RICHEPIN, en Bretagne. Il considérait la famille des RICHEPIN comme sa seconde famille, et il repose à côté de son ami JEAN au cimetière de Pléneuf-Val-André, dans les Côtes d’Armor. Il a été, lui qui était insensible aux honneurs, membre de l’académie GONCOURT à partir de 1924.

Il a été fait chevalier de la Légion d’honneur le 4 janvier de la même année 1924, comme son père qui l’avait lui obtenue pour raisons militaires.

GROS bibi2 bibi2 bibi2 et une sereine journée, FLAMME.

andre



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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Mar 11 Avr - 12:09


Raoul PONCHON

L’ŒIL DE JULES

Un jour entre Tarbes et Chatou
Floquet selon son habitude,
Allait prendre l’air n’importe où
Loin de la ville multitude.
Et comme il ne pensait à rien,
Cela va sans dire, majuscule
Et reconnaissable combien
Parut devant lui l’œil de Jule.

Il en eut la foire - six mois
Tellement sa frousse fut grande.
Il allait par jour plusieurs fois
Sur ce pot qu’en chambre on demande
Et bien, voilà ce qui confond
Et semble tenir de la fable.
Toujours l’œil regardait au fond
Si la matière était louable.

Il guérit? On guérit de tout,
Si l’on est pas une mauviette.
Dès qu’il put se tenir debout,
On lui permit, rompant sa diète,
Un œuf dans un léger bouillon !
A peine, il goûtait ce potage
Qu’il y vit, jaune barbillon
Le même œil de Jule, à la nage.

Parbleu ! dit-il, c’est épatant.
Ça tient de la sorcellerie !
J’aime mieux rire, mais pas tant,
C’est assez de plaisanterie.
Pourquoi, cet œil me poursuit-il ?
- Mon ami, tu es ridicule,
Disait sa femme, et puéril.
Quel est cet œil ? - l’œil de Jule.

Là, tiens, avec des favoris
Regarde, - disait-il, - regarde
Je l’entends qui pousse des cris. -
Elle disait : le Ciel te garde !
Cela sera passé demain.
Ton pouls galope comme un lièvre.
Y-a pas plus d’œil que dans ma main.
Va, crois-moi, c’est un peu de fièvre.

- Non, cet œil ne me quitte pas,
Il me hante, il me persécute ;
Je veux fuir Paris de ce pas. -
Alors sans perdre une minute,
Il mit sa tête en son chapeau,
Sa femme dans une valise,
Demanda l’heure du bateau
Et prit le train, l’âme Menuise.

Il fut dans tout le département
Où le Général se présente
Presser électoralement,
Dans la Somme, dans la Charente.
Mais en dépouillant le scrutin,
Comme on fait en diligence,
Cet œil sur chaque bulletin
Lui rappelait sa conscience.

Quoi, toujours cet œil de requin !
Le diable attend il que je meure ?
Je vais partir pour le Tonkin,
Et pas plus tard que tout à l’heure.
A peine avait-il débarqué
Sur ce poétique rivage
Que l’œil de Jules sur le quai
Vint solliciter son bagage.

Alors, pâle comme un linceul,
De l’Odéon, il prit la route.
Au moins, dit-il, je serai seul
Dans ce théâtre sans nul doute.
Comme il venait de s’y caser,
Il vit, - l’on à peine à le croire,
Applaudissant à tout casser,
L’Œil assis dans une baignoire.

Enfin, n’y pouvant résister,
Il se fit sauter la cervelle.
Puis il se mit à regarder
Au fond de la nuit éternelle.
- Ah ! s’écria-t-il, c’est trop fort !
Pourtant, je vois cet œil encor,
Nom de Dieu ! l’âme est immortelle !





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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Ven 14 Avr - 19:54



Raoul PONCHON

LES POIRES PRECIEUSES

Ce serait une erreur de croire
Que dans notre belle cité
Tout joaillier est une poire
Arrivée à maturité.

Pourtant, en matière marchande,
Il s’en rencontre parmi eux
D’une ingénuité si grande
Que l’on ne saurait trouver mieux.

Si, plus qu’en tout autre commerce,
On les voit en proie aux voleurs,
Je dis sans que je tergiverse
Qu’ils y mettent un peu du leur.

Par exemple, une auto s’arrête
Devant un joaillier fameux.
Il en sort, portant haut la crête,
Une manière de gommeux.

A voir la façon dont il tranche,
Il a plutôt l’air d’un rasta,
Mais peut-être a-t-il « de la branche »
Et figure dans le Gotha…

Il voudrait pour sa fiancée,
Dit-il, quelque bijou de prix ;
Et rien qu’à sa seule pensée
Il roule des yeux attendris.

Le marchand, ravi de l’aubaine,
Ouvre ses écrins de velours,
Et c’est une flore soudaine
De perles et de joyaux lourds.

Et notre client perspicace
Les prend dans ses doigts familiers,
Mire les perles et tracasse
Les pendentifs et les colliers.

« Excusez ma longue visite,
Fait-il ; tant de chefs-d’œuvre aussi,
Vous comprenez, font qu’on hésite…
Dites-moi, combien celui-ci ? »
.
« Ah ! Celui-ci ! Je vous le laisse
A quatre-vingt-dix mille francs.
C’est un vrai collier de déesse. »
« Parfait ! Dit l’autre, je le prends.

« C’est bien mon affaire. Mais comme
Sur moi, vous le devez penser,
Je n’ai pas une telle somme
Je cours, de ce pas, la chercher,

« A bientôt. Il faut que je parte
Ce soir par l’Orient Express.
Tenez, voici toujours ma carte :
Je suis le baron Périclès. »

Et ce joaillier phénomène,
Hypnotisé par ce « bristol »,
Connaît au bout de la semaine
Qu’il fut victime d’un vol.

Il a mis en l’air la police,
Et par elle il apprend, hélas !
Que son baron en pain d ‘épice
N’est qu’un échappé de Mazas !

O cambrioleurs frénétiques,
Qui faites des trous dans les murs,
Il est des moyens plus pratiques,
Comme vous voyez, et plus sûrs

De vous procurer des richesses :
Habillez-vous en grands seigneurs
En barons, sinon en duchesses,
Arborez quelque croix d’honneur,

Au besoin sur votre poitrine ;
Et puis, le susdit joaillier
Vous laissera dans ses vitrines
Tout à l’aise farfouiller.






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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Mer 26 Avr - 12:37


Raoul PONCHON

L’ŒUF AU RIZ

Ah ! Mes pauvres enfants ! Tout de suite, qu ‘apprends-je
Comme je sors d’ici ?
Une chose incroyable, absurde autant qu’étrange.
Ecoutez bien ceci :

Croulerions-nous sous les désastres
Peu nous chaut, et qui s’en soucie
Désormais, puisqu’un médicastre,
Tous, nous invite à l’euphorie…

Venez ça, petites chéries
De lys et de rose pétries
Laissez-vous déplacer mes mies
Voici le temps de l’euphorie

Las, pauvre poète burlesque
Tintamarro-funambulesque.
Qu’est-ce que je viens faire ici ?
Voici le temps de l’euphorie…

Qui de lui, de moi le plus saoul ?
Aussi vrai qu’on me dit Raoul
Ne voilà-t-il pas qu’un ivrogne
Ayant sans doute mal compris,
Au caboulot, le rire en trogne
Commande au patron l’œuf au riz ?

L’Œuf au riz, je vous le demande
Est-ce là plat que sur commande
A mitonné le Paul Bocuse
Maître queux à la science infuse ,

Ou bien, mais je n’en suis point sûr,
De cette Nouvelle cuisine
Sur laquelle, Mesdames, j’urine
Sauf votre respect bien sûr ?

.Muse, dis-moi donc, je te prie,
De quoi donc est fait l’œuf au riz
Ce régal qui n’a pas de prix
Et qui nous met en euphorie.

Et si c’est un plat rationnel
Pour l’enfançon qui sur la paille
Avec un âne et des volailles
Est né le beau jour de Noël.

Mais soudain un doute m’effleure
Moi qui, du vin, cherche la fleur.
L’oeuf, au dire des spécialistes,
Fait de tout nectar un vin triste,
Un pissat d’âne, un reginglard
Un tord-boyaux. Est-il si tard,
Sommelier, pour qu’on ne nous porte
Ce vin qui ouvre les portes
De cette euphorie, justement ?
Foi de Noë, de Saint Amand.

Foi de Ponchon, et que ce vin
Descendant au profond ravin
Qui est notre gosier grandiose
Le fasse de pure métal rose…

Ce bruit qui sent bon, que je meure
Si ce n’est celui des oignons
Qui se trémoussent dans le beurre.
Prélude à la cuisson du riz? Cré nom,
Par tous les gnons et les trognons,
Un riz sans oignons n’est pas bon !
Et que la savante industrie
Des Vatel de ma patrie
Y ajoute un œuf qui soit frit
A point, la voilà l’euphorie !

Mais si Bacchus trouvait en ses bouteilles
La meilleure à ce plat reconnue,
Je crierais « vive l’œuf au riz ! »
Et sortirais de cette vie
N’ayant que ma chemise au cul.
Tant d’autres, mal buvant d’ailleurs, n’en ont pas plus !




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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Mar 2 Mai - 12:17


Raoul PONCHON

LES CASSEUSES DE SUCRE

Je vous jette par la fenêtre
S'il vous arrive d'oublier,
Jean, encore une fois de mettre
Du sucre dans le sucrier ;

Hurlai-je à mon valet Baptiste
Que j'ai déjà vingt fois chassé.
A quoi cette fleur d'anarchiste
Répondit : " Y en a plus d'cassé. "

- S'il n'y en a plus, qu'on en casse...
Fais-en casser par l'épicier...
Je ne puis, dans ma demi tasse,
Fourrer un pain de sucre entier.

- Monsieur, ça n'est pas mon affaire ;
Quant à l'épicier, il m'a dit
Qu'il avait autre chose à faire.
Ainsi me parla ce bandit.

- Mais, espèce de grande flemme,
Qui me vaudras le Paradis,
Dois-je donc le casser moi-même ?
Lui dis-je, cochon, dis, dis, dis ?

Puis, me calmant un peu : Pécore,
Explique-moi pourquoi celui
Qui le cassait hier encore
Ne le casse plus aujourd'hui ?

- Parce que ce sont des bergères
Dont c'est proprement le métier
De casser le sucre ; naguères,
Elles le cassaient volontiers,

Or, en grève elles se sont mises
Sans grand résultat pour l'instant ;
Elles y perdront leur chemise...
Leur procès peut-être... et pourtant,

Ont-elles rêvé la fortune
En demandant à leurs patrons
Un peu moins de travail et une
Augmentation de deux ronds ?...

- Vraiment, cela vaut qu'on en glose ;
Et ce métier m'étonne bien.
On apprend toujours quelque chose :
On croit savoir... on ne sait rien.

Ainsi, voilà des jeunes filles
Qui, sans doute, ont moins de vingt ans
Et que l'on veut croire gentilles,
Cassant du sucre tout le temps.

Petites casseuses de sucre,
Vous voilà sens dessus dessous ;
Le patron qu'agite un vain lucre
Fait des histoires pour deux sous !

Merde pour lui et pour son sucre !
Qu'il aille chier, le chameau :
Sachez bien que casser du sucre
Ca vaut vingt sous de l'heure, au bas mot.

Mais quittez ce métier morose ;
Si vous tenez absolument,
Chères, à casser quelque chose,
Prenez-moi d'abord un amant,

Jeunes casseuses que vous êtes,
Et parmi ses bras adorés,
Tâchez de casser des noisettes
Le plus longtemps que vous pourrez.







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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Jeu 4 Mai - 12:06


Raoul PONCHON

LES CIGARES DU ROI

Je lisais, l’autre jour, un journal visigoth
Dans une tabagie,
En tirant sans succès sur un affreux mégot
Issu de la régie ;

Quand mes yeux tout à coup tombèrent par hasard
Sur trois ou quatre lignes
Desquelles il ressort que fume seul Edouard
Des cigares insignes.

Ils lui coûtent cents sols - mettons quatre shillings
Pour la couleur locale -
Ils peuvent, à ce prix, n’être pas très vilains,
Non plus qu’un chrysocale.

Mon Dieu, mes chers amis, je sais bien que le prix
Ne fait rien à l’affaire ;
Pourtant, même à cent sous, on ignore à Paris
Le bon cigare à faire.

Or, tout en mâchonnant mon cigare odieux
Informe et réfractaire,
Je me représentais d’autant plus merveilleux
Ceux du roi d’Angleterre.

C’étaient des « partagas » inouïs, des « conchas »
Interdits aux profanes,
Et des « régalias » les plus « britannicas »,
Fine fleur des havanes.

Je les voyais assez gros et longs, boudinés
Comme des doigts de Carmes ;
Humides un petit, noirs, au moins basanés,
Et bagués à ses armes !

Ils ont en même temps de l’âme et du bouquet,
Sont roulés à miracle ;
La « tripe » en est choisie et savante à souhait,
Sans possible débâcle…

Que s’ils sont autrement, il les garde pour lui,
Je n’en ai nulle envie :
J’aimerais mieux fumer à partir d’ aujourd’hui
Du chou toute ma vie.

Et je voyais aussi les esclaves soumis
Des Cubas des Florides,
Dans les champs de tabac ainsi que des fourmis,
Sous les zones torrides,

S’agiter nuit et jour, et trier avec soin
Les feuilles capitales…
Et les mille travaux, et tout le tintouin,
Jusqu'aux bottes finales…

Ces boîtes débarquaient, sans passer à l’octroi,
Aux quais de la Tamise ;
Puis, elles s’entassaient peu après chez le roi,
Dans une ample remise.

Mais tout d’abord il en ouvrait une par hasard,
Et dans ses poches
Il allait entassant ces cigares flambards,
En donnait aux gens proches.

J’avais aussi ma part, me trouvant près de lui,
La vision fut brève.
Car je me retrouvais fumant, comme aujourd’hui,
Un bon cigare - en rêve.

Et je me dis : qui sait s’ils sont si bons que ça,
Les cigares qu’il fume ?
Après tout, là-dessus qui donc se prononça ?
Un simple gens de plume.

Un roi peut être un roi superbe de tout point,
Un César des plus rares,
Et faire le bonheur de son peuple, et ne point
S’y connaître en cigares.




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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Ven 5 Mai - 19:50


Jean-Luc MOREAU

LE TIGRE ET LE CURÉ

Dans la jungle, un jour, s'aventure
Un curé. Le tigre survient.
" Prions ", se dit l'abbé. " Seigneur, je t'en conjure,
Fais que ce tigre soit chrétien. "
Comment le Très-Haut se débrouille,
La chronique n'en parle pas.
Le fauve en tout cas s'agenouille :
" Seigneur, dit-il, bénissez ce repas. "





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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Mar 9 Mai - 19:24


Raoul PONCHON

QUESTION PERSONNELLE

Non, mon vieux Brisson, tu t’égares,
Quand tu dis que je condescends
A fumer de mauvais cigares
A défaut d’autres plus puissants.

Non, non. Point de de mégots vulgaires
De notre régie - oh surtout !
Quand je n’ai pas de bons cigares
Je n’en fume pas, voilà tout.

Si tu avais lu mon volume
Où Fescelle mis tous ses soins,
Sur les cigares que je fume
Tu serais averti, du moins.

J’ai plus d’une fois sur ma lyre
Des havanes chanté le los ;
Quel crétin a bien pu te dire
Que j’admettais des crapulos ?

Moi qui prétends que le cigare
N’existe que s’il est parfait,
Qui me ferais plutôt Bulgare
Que d’en fumer un sans brevet.

Crois que j’ai souvent dans ma vie
Réduit les besoins de ma chair
Pour satisfaire mon envie
De quelque fin puros très cher.

Sache qu’il est en Amérique,
Entre la Havane et Cuba,
Un pays en or chimérique
Où fleurit le plus beau tabac ;

Qu’une multitude d’esclaves
Tournent des cigares avec,
Et que ces cigares suaves
Finalement sont pour mon bec ;

Sache qu’ils sont faits sur commande
Selon mon goût, my dear child,
Que je paye une forte amende
Pour les fumer, comme Rothschild.

Qu’ils sont, comme bien tu présumes,
Dignes de la gueule des dieux ;
Qu’auprès d’eux tout ce que tu fumes
Est conséquemment odieux,

Que malgré que je les approuve
Et les estime fort plaisants,
En vérité je ne les trouve
Pas encore assez renversants ;

Et tu prétends que je m’attarde
A des crapulons moi ; Raoul
Pochon ! ô Brisson, regarde-
Moi, voyons, suis-je donc saoul ?





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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Sam 20 Mai - 11:37



Raoul PONCHON

TRIOLET

Nom d'un chien ! Dix mille cigares !
c'est bien beaucoup, en vérité.
Ca doit remplir cinq ou six gares,
Nom d'un chien ! Dix mille cigares !
Les Ordres dont tu me bigarres
Sont moins nombreux, ô Majesté !
Nom d'un chien ! Dix mille cigares !
C'est bien beaucoup, en vérité.

Cà, que ta nourrice te donne
Le sein tour à tour et le fouet,
C'est bien. J'admets comme personne
Ca que ta nourrice te donne
Mais des mégots, elle est bien bonne !
Donne-les moi contre un jouet.
Cà, que ta nourrice te donne
Le sein tour à tour et le fouet.

A coup sûr, son zèle l'égare,
Cet industriel Havanais.
Tu te brûlerais comme Icare :
A coup sur son zèle l'égare.
Tandis que moi, mieux qu'un Bulgare
En cigares je m'y connais.
A coup sûr son zèle l'égare,
Cet industriel Havanais.

Sachez ceci, petit têtard,
J'aime les cigares humides.
Je les fumerai sans retard,
Sachez cela, petit têtard.
Ils seraient bien trop secs, plus tard,
- Tels des os d'anciens Numides.
Sachez ceci, petit têtard,
J'aime les cigares humides.



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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Mer 24 Mai - 18:50


Raoul PONCHON

EXCELSIOR !

Les montagnes de la Suisse
Sont trop hautes pour ma cuisse,
Jungfrau, Mont-Rose ou Mont-Blanc...
Trop hautes ou font semblant.

D'autre part, aller en Suisse,
Se peut-il que je le puisse
Sans escalader un pic ?...
Mais lequel ? voilà le hic.

Ces diablesses de montagnes
Furonclent sur les campagnes
Au point qu'on ne trouve pas
De plaine pour faire un pas.

Telle la sottise humaine
Ne vous laisse aucune plaine :
Comme on ne peut la tuer,
Il faut s'y habituer.

Je résolus donc, en somme,
De promener mon bonhomme
Sur un de ces monts altiers.
Or, pendant huit jours entiers,

A l'instar de Bonaparte,
Je rêvai sur une carte
Où l'on voyait en relief
Jusqu'au mont le plus brief.

J'admirai, j'admire encore,
Qu'afin que nul n'en ignore,
Son ingénieux auteur
Avait fixé leur hauteur.

Il était de ces montagnes
Plus en l'air que des tours magnes
Ou que des tours de Babel,
Même que des tours Eiffel.

Il en était de plus basses
Que des airs de contrebasses
Gravissables à loisir ;
L'embarras est de choisir.

Une me plut davantage
A cause de son étage,
Et dont le nom sans façon
Était Dent de Merdasson.

Elle s'élevait à peine
- Tel un étron sur la plaine -
Et son nom indiquait bien
Qu'elle était veule combien !

Voilà, dis-je, mon affaire :
C'est l'ascension à faire ;
Aussi bien, le lendemain,
Mon Alpenstock à la main,

J'entrepris son escalade.
Ce fut comme une ballade,
Pour moi, cette ascension,
Soit dit sans prétention.

Lorsque je fus à la cime,
Je vis une rarissime
Barbe, épaisse comme trois,
Et j'entendis une voix

Qui sortait de cette barbe
- Telle d'un mur la joubarbe, -
C'était la voix du Bon Dieu :
" - Que viens-tu faire en ce lieu

- Disait-elle - de vertige ?
- Lieu, toi-même, répondis-je,
Je viens justement te voir,
Puisque tu veux le savoir.

- Apprends donc, pauvre imbécile,
Que me voir n'est pas facile ;
Il te faudrait faire un pas
De plus. Car je n'aime pas

Les ambitions médiocres.
Peut-on se contenter d'ocres
Quand on voit mes firmaments
Constellés de diamants ?

Vois-tu, pour être mon hôte,
Il n'est de cime trop haute :
Va, monte encore, et demain
Je te donnerai la main. "







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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Ven 26 Mai - 19:29


Raoul PONCHON

SOUVENIRS DE VOYAGE

Nous étions, une année, en Suisse,
Un ami et moi, son complice,
Ni plus ni moins que deux Anglais ;
Quand il nous prit la fantaisie
D’aller voir, en leur Valaisie *,
Ces messieurs crétins du Valais.

Un jour, donc, par un temps propice,
Nous dévalions à saint-Maurice.
Sis entre deux monts sourcilleux,
Et le chef-lieu du crétinisme,
Si l’on en croit ceux du tourisme,
Nous ne pouvions espérer mieux.

Nous gagnâmes une guinguette,
Où déjà le patron nous guette,
En nous souhaitant « bon matin » :
« Ces messieurs dîneront, sans doute ?… »
Nous l’interrompîmes : « Écoute !
Trouve-t-on ici des crétins ? »

Mais lui, fixant comme une cible
Nos deux visages impassibles,
Hésita, craignant de choisir
La réponse définitive,
Qui ferait de nous ses convives,
Ou nous déciderait à fuir.

Enfin, avec un bon sourire,
Il prit le parti de nous dire :
« Non, messieurs, non. - C’est malheureux ! »
Fîmes-nous. « Oui, c’est bien dommage,
Car, désirant lui rendre hommage,
Nous n’étions venus que pour eux. »

Voilà notre homme bien en peine,
Mais, de peur de perdre une aubaine,
« Quoi, messieurs ! C’est donc sérieux !… »
Nous dit-il. « Eh bien ! Que je meure !
Si vous n’en voyez, tout à l’heure,
Au moins un, des plus curieux ; »

Alors, nous nous mîmes à table.
Et bientôt un être minable
Entra, fichu comme Scarron,
Torticol, et bigle et bancroche,
En lequel absurde fantoche,
Nous reconnûmes le patron…

Etant, ce jour-là, d’humeur tendre,
Nous feignîmes de nous méprendre
A cet artifice enfantin,
Sans autrement lui chercher noise.
Plus tard en réglant notre ardoise
Nous lui dîmes : « Bravo, crétin ! »

Et lui : « Messieurs, point de colère !
Ce que j’en fis c’est pour vous plaire.
Mais, si vous m’avez bien compris,
Nous n’avons de crétins en Suisse,
Non plus ailleurs qu’à Saint-Maurice,
Que quand il en vient de Paris. »



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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Jeu 22 Juin - 12:15


Paul VERLAINE à Raoul PONCHON

INVECTIVES

Ponchon, vous n’êtes pas raisonnable non plus,
Écoutez ma semonce :
Eh quoi ! vous vous rangez dans les gens dissolus
Dont rougirait Alphonse,

Qui font la honte, ayant de l’esprit à gogo,
De toute notre époque.
Notre époque n’est plus celle du Père Hugo,
— Encore un bon loufoque !

Ni même celle de Voltaire (Arouet), ni
Celle du grand Monarque,
Et vous voici parmi le nombre indéfini
Des criminels de marque.

Quinze jours de prison pour outrages à la
Sainte Magistrature…
Mais je me trompe… à la morale, et me voilà
Tout prêt à la rature.

Car je ne suis pas, moi, comme vous, bon Raoul,
De l’opposante race,
Et que me fait d’ailleurs que tel juge maboul
Soit un doux pédérasse.

Tous les chasseurs à pied, tous les garçons baigneurs,
Tous les télégraphistes
Peuvent bien défiler devant ses yeux sans mœurs
Et l’avoir sur leurs listes,

Je m’en fous, et je suis un trop bon citoyen
Pour crier comme on beugle…
Règle : vois si l’on veut, si l’on peut, c’est très bien,
Mais être d’un aveugle !!

Et libre à tout un tribunal, s’il décida,
Pour que rien ne se perde,
En place de biftecks, au lieu de tel rata,
De manger de la merde.

Qu’il mange de la merde ou non, dites un peu
Si cela vous regarde !
Allons, faites vos quinze jours, et nom de Dieu !
Dieu vous ait en sa garde.





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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Mar 4 Juil - 19:41


Raoul PONCHON

BUVONS, C'EST L'HEURE !

« Bois pour oublier »
- Dit le maître insigne -
Telle est sa consigne
A son écolier.

Si boire peut m’être
D’un pareil secours,
Les instants sont courts,
Je vais tôt m’y mettre.

Oh oui ! que l’oubli
Me berce et dorlote !
Bois donc, pauvre ilote,
Ton verre est rempli,

Oublions la farce
De nos jours ratés,
Les lapins domptés,
Notre vie éparse ;

Les ors pour lesquels
Nous partions en guerre
Jadis et naguère,
Changés en nickels.

Oublions les heures
Grosses de souci :
Il en fut ainsi
Même des meilleures.

Oublions aussi
Le présent atroce ;
Que n’est-il, la rosse,
Déjà loin d’ici !

Pouvoir, ô merveille !
Fuir mon rêve d’hier
Encore que fier !
Mes yeux de la veille !…

Oubli qui délivre
Fais qu’au même instant
J’ignore l’instant
Que je viens de vivre !

Que je sois l’enfant
Qu’aisément l’on trompe,
Comme on fait la trompe
D’un jeune éléphant.

Je bois, mais en vain,
C’est pure sottise,
Car, quoi que m’en dise
Le maître divin,

Le passé persiste
En son vieux décor
Comme un son du cor
Dans les bois, si triste !…







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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Mer 5 Juil - 19:25


Raoul PONCHON

SENSATIONS DE BRETAGNE

Donc, parmi les bretonnes
Cités dont tu t’étonnes,
Bonhomme Theuriet,
Et que ta plume rude
Sans préalable étude
Hier inventoriait,

Avec transport tu cites
Ce trou d’Amalécites
Qu’on appelle Morgat ;
Et de plaisir tu rotes
En contemplant ses grottes :
C’est vraiment d’un gaga.

Tu nous chantes ses grèves,
Ses villas veules, brèves,
Qui ne sont pas d’ici,
Et qui n’ont pour tout ombre
Que le feuillage sombre
De trois brins de persil ;

Son hôtel confortable,
Le menu de sa table
Et son jardin anglais ;
Ses massifs, jeux de quilles,
Ses Hermann Paul familles
Qui jouent à être laids.

Moi qui te croyais être
Un artiste champêtre,
Tomber dans ce panneau !
Pour un peu, Jean-Marie,
Tu voudrais, je parie,
Y voir un casino.

Ma foi, plus je t’écoute,
Plus je n’y comprends goutte,
Je te le dis sans fard ;
C’est bien le plus - sans faute -
Banal coin de la côte
Comme le plus blafard.

Et, qui plus est, tu bêches
Ce fier endroit de pêche,
Notre Douarnenez,
Cette perle tombée
Tout au fond de la baie
Si chère aux raffinés.

Et la belle couronne
De bois qui l’environne
N’est-ce point fabuleux ?
Sa flotte qui radine
Des pêcheurs de sardine
Avec leurs filets bleus !

Ses environs sublimes,
Ses vallons et ses cimes
Et sa plage du Riz
Et tel point de repère ;
Tu sais, zut mon compère
Pour Morgat et Paris !

Sans compter que les filles
Y sont assez gentilles
Avec de beaux nénais :
En faut-il d’avantage
Pour les ceuss de notre âge,
Pour les hommes bien nés ?

Si Morgat a des sites
Dont ses Amalécites
Ont les yeux étonnés,
Des Anglais et des grottes
Douarnenez a des crottes
Dont s’étonnent les nez.

Tout y est encor fruste,
Simple, antique , robuste,
U pue un peu, mais , quoi ?
Si l’on craint ce parage
Qui sent le moyen-âge,
Il faut rester chez soi.

Bien sûr qu’un jour ou l’autre
Il ne sera plus nôtre
Ce pays fortuné ;
On le striera de rues,
Il y naîtra des grues :
Pauvre Douarnenez !

Le progrès et le reste
Gagnent comme la peste.
Hélas ! Et, mon cher maître,
Un temps viendra peut-être
Où l’on le balaiera.






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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Ven 7 Juil - 13:27

Ce R. Ponchon a des vers pour tout ce qu'il pense et pour tout ce qu'il dit, constate, entend, voit !!!
Incroyable, tout l'intéresse et il fait d'un dialogue, fait divers, une quantité de poèmes comme s'il ne pouvait parler autrement qu'en vers ! Tu dois en avoir des recueils de lui André !sourir
bis2

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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Ven 7 Juil - 19:44

Flamme a écrit:
Ce R. Ponchon a des vers pour tout ce qu'il pense et pour tout ce qu'il dit, constate, entend, voit !!!
Incroyable, tout l'intéresse et il fait d'un dialogue, fait divers, une quantité de poèmes comme s'il ne pouvait parler autrement qu'en vers ! Tu dois en avoir des recueils de lui André !sourir
bis2  


Bonsoir Chère FLAMME,

En effet, je possède toutes ses œuvres ainsi que celles de son ami Jean RICHEPIN. Ce sont eux deux qui ont créé et animé le "groupe des Vivants" qui s'opposait directement à celui des "Parnassiens". PONCHON était un joyeux drille et un épicurien. Il avait le verbe haut et le gosier en pente, comme on dit. Tous ses poèmes font appel à la dérision, au persiflage et à la malice. Auteur prolifique et remarquablement résistant aux ravages de l'absinthe dans laquelle beaucoup des poètes de son époque avaient sombré, il a écrit trois ouvrages : "La Muse au cabaret" (1920), "La Muse gaillarde" (1937 et "La Muse vagabonde" (1937).

Quelle détente de lire ses poèmes ; il est dans la lignée des Alphonse ALLAIS, Maurice MAC-NAB, WILLY ou Jean GOUDEZKI. Une sacrée bande joyeux lurons et pièces maîtresses du fameux "Cabaret du Chat Noir" sur lequel ils écrivaient :


N'ayez cure d'escapades
Vous qui commencez à déchoir,
Car guéris sortent les malades
Du gai cabaret du "Chat Noir".


Tous mes plus vifs remerciements pour l'intérêt que tu portes à ce topic, ainsi que pour tes très appréciés commentaires.

EXCELLENT DIMANCHE À VOUS DEUX.

UN TOURBILLON DE bibi2 bibi2 bibi2

andre


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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Mar 11 Juil - 12:45


Raoul PONCHON

LA MER ÉLÉGANTE

Un petit endroit
Veule, maladroit,
Où s’en va tout droit
La plus haute gomme,
Bref, ça que l’on nomme
Généralement
Un endroit charmant.
Des hôtels hostiles
Au premier abord,
Au second rabord,
Sous tous les rapports ;
Des villas sans style
- Tels des coffres-forts -
Qui l’une sur l’autre,
S’écroule, se vautre,
Se prend corps à corps ;
Une grande rue
Qui sent la morue,
Le musc, le cambouis,
L’alcool de bouibis.
Et dans cette rue,
De pleins magasins
De produits voisins
Molletons, flanelles
Conventionnelles,
Sauces, caoutchoucs
Et cannes en chous,
Des saloperies,
Des cochonneries,
Corned-beef et gin…
God save the queen !…

Ailleurs, vers le sable
La gent haïssable
Des totos, des tatas,
Qui ne voient le sable
Qu’en trous ou en tas ;
Tout un déballage
D’Anglais, de rastas,
Gens de tout pelage
Et de tout plumage ;
Les jeux de la plage;
Crockets, lawn -tennis,
Joués par des miss
Qu’a le cheveu jaune,
La dent a tant l’aune ;
Ragots et potins,
Gogos et putains ?
Jeunes gigolettes
Changeant de toilettes
Onze fois par jour,
Vieux messieurs autour,
Matrones fripées
Et poires tapées
Qui leur font la cour…

Une table d’hôte
Où l’on a sans faute
Des poissons pourris
Retour de Paris.
Des viande sans sexe,
Légume connexe,
Des fruits à l’instar,
Du vin ? Un nectar
Qui ferait, ma chère,
Mieux dans ton derrière
Comme lavement
Que bu autrement.
Ce n’est rien encore,
Car ce qui décore
Cet endroit chocno
C’est le Casino ;
Concert et théâtre
Et petit chevaux,
Amusoir des veaux ;
Vieilles opérettes
Depuis longtemps blettes.
Opéras ridés
Opérés par des
M’as-tu-vu d’occase,
Des ex du Gymnase,
De sous-Galipaux,
D’antiques Yvettes,
De fausses divettes,
Morts sous les drapeaux,

Mais m’allez-vous dire ;
- Ca, c’est du délire ;
C’est bien. Et la mer ?
Quoi donc vous en faîtes ?
- La mer ! Ah ! La mer !
C’est pour d’autres fêtes !
Ca, la mer ? ah ! mer…




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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Mer 12 Juil - 13:27

Excellente critique de ces touristes qui vont dépenser plein d'argent pour avoir des mets pourris, et des vacances de même !
Il aime bien voir le verso des choses, notre ami Ponchon ! chienquirit grosbiz

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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   

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