LE COIN POÉTIQUE DE FRIPOU
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 La césure (Prosodie)

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2 participants
AuteurMessage
André Laugier

André Laugier


Messages : 7134
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La césure  (Prosodie) Empty
MessageSujet: La césure (Prosodie)   La césure  (Prosodie) EmptyLun 16 Fév - 12:13



"PETIT LEXIQUE POÉTIQUE"

LES ARCANES DE LA CÉSURE

C’est Clément MAROT qui a employé, le mot « césure », en 1537. Ce mot vient du latin « coesure », qui signifie « coupure ». En fait, c’est la diction qui a marqué, en poésie, durant des siècles, la position très nette de la césure. Il s’agit de la reconnaissance métrique marquée, en principe, par un accent de pause sur la syllabe qui la précède immédiatement. Les auteurs classiques tels que RONSARD ou BANVILLE la considéraient comme un « repos » ; une sorte de moment bien précis de répartition du souffle. Elle peut être considérée, comme un soutient musical au vers, au rythme, tout comme le « soupir » dans une partition de musique.

Il existe plusieurs sortes de césures :

1°) – LA CÉSURE ÉPIQUE : celle que l’on rencontre essentiellement dans l’épopée, et qui se fait, comme une fin de vers, sur un « E » non élidable et surnuméraire, c’est-à-dire non compté prosodiquement. Ainsi ce décasyllabe du Jeu d’Adam :


– Je suis coupabl(e), // par Dieu serai jugée.

À l’inverse, la césure peut intervenir après un « E » atone prosodiquement compté. Elle est dite alors « césure lyrique ». Il en résulte une discordance avec l’accent du mot, comme, par exemple, dans ce vers de VILLON :


– Emperiére // des infernaux palus.

Dans un tel type de mot à finale en « E » non élidé, la césure peut passer juste après l’accent, et donc devenir cette syllabe en « E ». On parle alors de « césure enjambée » ; puisqu’elle passe à l’intérieur du mot. MAROT a utilisé fréquemment une telle possibilité, et je cite un de ses vers :


– Par Sainte Égli//se christianissime

À partir des Romantiques, et en particulier à l’instigation de Victor HUGO, la marque syntaxique de la césure commence à s’estomper. Dès les Symbolistes, mais surtout au début du XXème siècle, elle est réintroduite grâce à des licences analogues à celle de la poésie médiévale ; césure à l’intérieur du mot, comme par exemple, dans ce vers de MALLARMÉ :


– Accable, belle indo//lemment comme les fleurs
.

Ce vers, en fait, est un « semi-ternaire (3/5/4) dans lequel la césure médiane a fini par n’avoir plus d’existence linguistique.

Autre exemple de Paul VALÉRY :


Elle songe, et sa tê//te petite s’incline.

La césure épique demeure très fréquemment dans la poésie des classiques modernes, où elle n’est que la simple conséquence du traitement actuel de l’ « E » caduc, facilement apocopé. Elle n’a, bien sûr, plus rien de spécifiquement « épique » à proprement parler, pour autant que cela ait jamais été le cas.

2°) – LA CÉSURE LYRIQUE , quant à elle, est d’autant plus nette que les impératifs la rendent nécessaire contre les us même de la phonétique, comme c’est le cas dans ces deux vers binaires de Philippe JACCOTTET :


Ne crois pas qu’elle ail/le // s’endormir sous les branches
Ou reprendre souf/fle // pendant que tu écris.

Mis à part le cas de la césure épique, l’utilisation de ces césures est presque toujours due à des raisons stylistiques, dans la mesure où il y a un écart par rapport à la norme dite « classique » qui sert, malgré tout, de référence. Le problème à élucider consiste à savoir ce qui, dans la tension entre invention métrique et effet de sens, l’emporte. Ceci peut être laissé, par conséquent, à l’appréciation de chaque poète.

3°) – LA CÉSURE ENJAMBANTE : elle n’a rien à voir avec le phénomène de discordance qu’est l’enjambement. Dans ce procédé, la césure médiane finit par ne plus correspondre à aucune marque linguistique, et passe directement à l’intérieur du mot. Les premiers vers ainsi césurés en milieu de mot sont de VERLAINE :


– Et la tigresse épou//vantable d’Hyrcanie.

Le mot « épouvantable » déborde du premier hémistiche dans le second, comme on peut s’en rendre compte.

BANVILLE, dans « Les Éxilés », emploie le même procédé :


– Où je filais pensi//vement la blanche laine.


L’alexandrin a sans doute souffert d’être transformé en mécanique verbale, pivotant sur le tourniquet de la césure. MALLARMÉ, dans « La crise des vers » dénonce le procédé en 1886, affirmant, selon lui, que « la césure classique conduisait à l’épuisement de l’alexandrin, dans le mécanisme rigide et puéril de sa mesure, bloqué par son comptage factice » (fin de citation).

Quant à VOLTAIRE, dès le début du XVIIIème siècle, il était sensible au risque de monotonie qu’entraîne « le soulignement mécanique de la césure ». Il le dénonça dans un quatrain qui, précisément, ne l’évite guère :


– Observez l’hémistiche, et redoutez l’ennui
Qu’un repos uniforme entraîne auprès de lui.
Que votre phrase heureuse, et clairement rendue,
Soit tantôt terminée, et tantôt suspendue.

Avec les années qui passèrent et qui virent l’apparition de cette génération de Romantiques tels que LAMARTINE, VIGNY, HUGO, MUSSET, puis VERLAINE, l’alexandrin n’a pas été abandonné, Dieu merci, mais il a considérablement été assoupli par cette nouvelle école. Tout en continuant à utiliser les douze syllabes traditionnelles, ces poètes ont donné à la césure une plus grande fluidité. Les coupes sont moins marquées, et souvent complètement décalées par rapport au « classicisme ». Un exemple parfaitement illustré d’un vers de VERLAINE :


– Beauté des femmes, leur faiblesse, et ces mains frêles.

L’alexandrin classique ne tolère pas, au septième temps le « E » final d’un mot, un « E » muet on accentué, mais prononcé (devant consonne), c’est-à-dire juste après la césure. Si le mot se termine par un « E » , celui-ci doit disparaître dans une liaison, autrement dit, se trouver devant un mot commençant par une voyelle. C’est justement ce qu’on trouve dans les vers de BOILEAU :


– Que toujours, dans vos vers, le sens coupant les mots,
Suspende l’hémisti//che, en manque de repos.

Cependant, il convient de le signaler, le non-respect de cette « contrainte » permet des variétés intéressantes de rythme aux poètes, et nombreux sont ceux qui ont dérogé à la règle et utilisent des procédés privilégiant la prédominance du son et du chant sur le sens. Bien entendu, ni la fluidité symboliste, ni le chant Apollinairien, ni la liberté de la mesure des vers-libristes ne doivent entraîner la molesse informelle. La poésie exige une structure, et la césure même légère, même irrégulière, doit continuer à jouer son rôle dans chaque vers d’un poème. Il faut être rompu à la discipline de la prosodie pour utiliser les licences, comme l’ont fait nos illustres prédécesseurs. Rien ne l’interdit, seul le talent l’autorise.

ANDRÉ.

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La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots. (André Laugier)
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MessageSujet: Re: La césure (Prosodie)   La césure  (Prosodie) EmptyJeu 19 Fév - 22:44

Voilà cette césure menée et malmenée selon les auteurs de l'époque et de nos jours ! Et comme tu dis en conclusion, seul le talent l'autorise.
En tous cas, c'est bien complet avec exemples et par bien des auteurs aussi connus les uns que les autres !
Merci André pour nous faire partager tes nombreuses connaissances !
bis3 berna bis2

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