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 La poésie courtisane (Essai)

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André Laugier

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Date d'inscription : 25/01/2015
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MessageSujet: La poésie courtisane (Essai)   Dim 7 Oct - 11:32



LA POÉSIE COURTISANE

Les rois, la cour des grand seigneurs, d’une manière générale les puissants de l’époque moyenâgeuse, ont toujours apprécié d’avoir à leurs côtés les troubadours, autrement dit les « inventeurs de poèmes » pour les distraire, sans oublier de les glorifier. Ne nous y trompons pas, la plupart des poètes, du XIe siècle jusqu’au début du XVVIe siècle, ont presque tous été des courtisans, plus désireux de plaire et d’avoir les faveurs rois et des ministres en mettant leur lyre au service de la noblesse, que du grand public. Donc, sans s’inquiéter de plaire.

La royauté et la noblesse sont le seul et véritable auditoire des poètes, d’où les flagorneries empathiques qui rendent onctueuses et infatuées les plus belles odes de MALHERBE, ou encore les flagorneries et le valetage de certains stances de THEOPHILE. DESPORTES , par exemple, écrit pour charmer madame de RETZ, le Duc d’Anjou, ou encore la reine MARGOT, tout comme Robert ETIENNE, poète lettré sut obtenir les faveurs de CHARLES IX.

Jacques BIREAU a écrit :

Poètes divins et saints, vous suivez la grandeur
Des princes et des rois ; votre muse qui chante
Leur honneur, leur renom, leur vertu reluisante,
Mérite bien d’avoir près d’eux quelque grand heur.

Et les exemples sont nombreux : c’est ainsi que Chrétien de TROYES séjourna à la cour de Marie de CHAMPAGNE ; Marie de FRANCE à la cour d’HENRI II. Il s’agissait d’une époque où l’on trouvait chez les troubadours et les trouvères des roturiers, des bourgeois et même de grands seigneurs et des rois. La cour offrait et donnait aux poètes l’opportunité de vivre en leur fournissant un public pour accueillir leurs oeuvres. Cela fut notamment le cas, au XIVe siècle, de Guillaume de MACHAUT, attaché à la cour de Jean de Luxembourg, roi de Bohème, puis à celles de CHARLES II de NAVARRE, de CHARLES V, du duc de BERRY. Eutasche DESCHAMPS, quant à lui, appartint à la cour de Louis d’ORLEANS, ainsi que la poétesse Christine de PISAN, au XVe siècle. Sans rompre avec la tradition du poète courtisan, le grand RONSARD, prince des poètes, célébra les combats et les victoires royaux ; grâce à son immense talent, il obtint une aumônerie puis un canonicat.

Marc PAPILLON De LASPHRISE combat dans les rangs catholiques où il se voit attribuer le grade de capitaine. Toute sa vie il sera guerrier, courtisan, à la cour de HENRI III, et poète. Ses nombreuses blessures le contraignirent, cependant, à vivre ses dernières années en marge du monde. MALHERBE, déjà cité, se mit au service de HENRI duc d’ANGOULEME, du grand prieur et du gouvernement de la Provence. Lorsque HENRI D’ANGOULEME trouva la mort en 1586, suite à un duel avec Philippe ALVOTIVI, il revint à Caen. Il avait presque cinquante ans lorsque HENRI IV, à qui VAUQUELIN des YVETEAUX et le cardinal Du PERRON l’avaient fait connaître, l’attacha à sa cour. Marie de MEDICIS et LOUIS XIII le traitèrent aussi avec beaucoup d’égards ; il obtint le titre de « gentilhomme » ordinaire de la chambre du roi. Cependant, il vécut et mourut dans la pauvreté. Ces poètes pouvaient avoir une fonction officielle. Jean MAROT (le père de Clément), qui était lui-même poète, était attaché à la cour d’Anne de BRETAGNE avant de devenir le protégé de FRANCOIS Ier, dont il fut le valet de chambre. Son fils reprit sa charge.

Il convient de citer aussi le nom de Guillaume CRETIN (1461-1525), historiographe de FRANCOIS Ier, et auteur d’une œuvre poétique considérable dominée par l’allégorie et l’emphase. Héritier des Rhétoriciens par son histoire personnelle, MELLIN De SAINT-GELAIS devint lui aussi un des poètes officiels de FRANCOIS Ier. Cet esprit scintillant, gracieux, sans force ni vigueur, caractérise parfaitement le rôle du poète courtisan. En 1523, MELLIN, préoccupé sans doute de remplir son escarcelle, entre dans les ordres. Désigné d’abord comme aumônier du Dauphin, il est nommé par la suite abbé de la FRESNADE, puis abbé de RECLUS ; abbayes qui lui assurent revenus, gloire et bénéfices. Mais le spirituel abbé n'abandonne point la cour pour autant, et compose pour chacun des rondeaux, des quatrains, des cartels qui ravissent la société aimable et galante des courtisans. Il s'est révélé, au surplus, l'indispensable organisateur des amusements de cette cour qui ne pense guère qu'à se distraire. C'est lui qui ordonne les réjouissances et règle les mascarades. Le voilà en quelque sorte surintendant des fêtes, charge qu'il continua d'exercer sous HENRI II.

Marguerite de BERRY, duchesse de Savoie, fut de ces femmes lettrées qui, à la Renaissance, surent favoriser les écrivains et leur apporter leur protection. L’album de vers manuscrits, récemment retrouvé à la « Houghton Library de Harvard University », et qui paraît avoir été assemblé pour la duchesse, présente de nombreuses pièces composées par des poètes tels que Clément MAROT, J. Du BELLAY, Jean PASSERAT, Phlippe. DESPORTES et A. de La ROCHE-CHANDIEU. Ces textes permettent d’abord de comprendre les goûts qui étaient ceux de Marguerite de SAVOIE, puis de reconstituer le cercle de ses favoris à sa cour de Turin et de Chambéry.

LA PLEIADE :

Les grands poètes de « La Péliade », qui s'est d'abord appelée « La Brigade », était un groupe de poètes français du XVIe siècle dont le but est notamment de valoriser la langue française tout en s'inspirant des mythologies et des littératures antiques (grecque et latine). Ces poètes se donnèrent, en outre, pour règle d'utiliser essentiellement le sonnet et l’alexandrin. Eux aussi fréquentaient la cour où ils occupaient des fonctions officielles ; tels Jean DORAT qui fut précepteur des pages de FRANCOIS Ier, tandis que CHARLES IX lui confiera le titre de poète royal. Pontus De TYARD devint aumônier d’HENRI III ; Joachum Du BELLAY fut secrétaire de son oncle le cardinal Jean Du BELLAY. Etienne JODELLE fut le poète officiel de Catherine de MEDICIS et de CHARLES IX.

On n’en finirait pas de rappeler les rapports étroits entre la cour et la grande majorité des poètes qui, comme tous les autres artistes d’alors, avaient besoin d’un protecteur et des subsides leur permettant de poursuivre leurs œuvres et d’en vivre. A cette époque, le « plaisir poétique » ne s’obtenait qu’au détriment d’un asservissement de la parole, et servait de moteur dans des agencements textuels et sémantiques convenus : une poésie courtisane. Tous ces poètes, pour exister, recherchaient les suffrages de la cour. Pas question d’être poète reconnu si on ne se pliait pas à ces exigences.

Au XVIIIe siècle, les rapports de la cour et des poètes fut semblable à l’époque précédente. Mathurin REGNIER louangea HENRI IV, puis le jeune Louis XIII. La poésie précieuse ne pouvait vivre en dehors des salons, mais les conditions des poètes de cour allaient sensiblement évoluer avec la création de « l’Académie française » par RICHELIEU, en 1635, puis l’avènement du règne personnel de LOUIS XIV. MOLIERE n’atteignit son apogée que par la cour et par la volonté personnelle du roi LOUIS XIV qui, en faisant de RACINE et de BOILEAU, ses deux historiographes, s’attacha deux poètes d’un immense renom, aux dépens de leur poésie même : il en avait fait des courtisans. Comme le remarquait madame de SEVIGNE : « le roi voulait de la sujétion ».

Ce n’est qu’après la mort de LOUIS XIV que la situation des poètes changea véritablement et évolua peu à peu, dans la mesure où le plus public plus érudit, plus lettré, ne fut plus seulement celui de la cour. Les salons, mais également les cafés et les clubs furent des « lieux de vie » d’une poésie plus spirituelle que sensible. VOLTAIRE passait alors pour un poète un pied à la cour, grâce à la protection de madame de POMPADOUR, l’autre à FERNAY, quand il se sentait menacé. Les poètes romantiques du début du XIXe siècle ne furent pas, à proprement parler, des poètes de cour, car leur public, très élargi par rapport à celui de l’Ancien Régime, leur permit d’acquérir une certaine indépendance.

ANDRÉ
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Références : « La poésie française au XVIIe siècle (1594-1630) » de Adrien CART. Editions BOIVIN & Cie. Paris. 1920.

« Dictionnaire de la poésie française », de Jacques CHARPENTREAU. Editions FAYARD.. Paris. 2006.



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La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots. (André Laugier)
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