LE COIN POÉTIQUE DE FRIPOU



 
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 Anthologie de poésies coquines

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André Laugier

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MessageSujet: Anthologie de poésies coquines   Mer 31 Jan - 12:23

ANTHOLOGIE DE POÉSIES COQUINES

L'Amour, l'obsession des âmes et des corps se chante sur tous les tons de la gamme. Qu'il s'agisse de douces confidences  tendrement murmurées dans l'émoi des premiers mots et des premiers gestes, du premier regard jusqu'aux brûlures de la passion, comme disait VERLAINE : "C'est l'extase langoureuse". L'Amour capte tous les vocables, se glisse dans toutes les formes et se décline dans la palette infinie des sentiments. Il est le miroir de nos bonheurs.

Dans ce Salon, je propose de publier quelques uns des plus beaux poèmes de poètes et de poétesses dont les œuvres ont emprunté les sentiers passionnés du désir. Toujours, leurs mots nous touchent intimement. Ils nous entrouvrent ainsi la porte de cet ineffable secret de la vie : L'AMOUR.

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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Mer 31 Jan - 20:43

Tout à fait d'accord, je vais donc mettre celles que j'ai adressé à Lucienne !

A Laure
Alfred de Musset

Si tu ne m’aimais pas, dis-moi, fille insensée,
Que balbutiais-tu dans ces fatales nuits ?
Exerçais-tu ta langue à railler ta pensée ?
Que voulaient donc ces pleurs, cette gorge oppressée,
Ces sanglots et ces cris ?

Ah ! si le plaisir seul t’arrachait ces tendresses,
Si ce n’était que lui qu’en ce triste moment
Sur mes lèvres en feu tu couvrais de caresses
Comme un unique amant ;

Si l’esprit et les sens, les baisers et les larmes,
Se tiennent par la main de ta bouche à ton coeur,
Et s’il te faut ainsi, pour y trouver des charmes,
Sur l’autel du plaisir profaner le bonheur :

Ah ! Laurette ! ah ! Laurette, idole de ma vie,
Si le sombre démon de tes nuits d’insomnie
Sans ce masque de feu ne saurait faire un pas,
Pourquoi l’évoquais-tu, si tu ne m’aimais pas ?
------------------------------
Les bijoux
Charles Baudelaire
La très-chère était nue, et, connaissant mon coeur,
Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur
Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Maures.

Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j’aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.

Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d’aise
A mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.

Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D’un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;

Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l’huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

S’avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s’était assise.

Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l’Antiope au buste d’un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun, le fard était superbe !

Et la lampe s’étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu’il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d’ambre !
Charles Baudelaire, Les fleurs du mal
--------------------------------------------------
Les poètes l’ont si bien dit
Pierre de Ronsard
Je te salue, Ô merveillette fente,
Qui vivement entre ces flancs reluis;
Je te salue, Ô bienheureux pertuis,
Qui rend ma vie heureusement contente!
C’est toi qui fais que plus ne me tourmente
L’archer volant qui causait mes ennuis;
T’ayant tenu seulement quatre nuits
Je sens sa force en moi déjà plus lente.
Ô petit trou, trou mignard, trou velu,
D’un poil follet mollement crespelu,
Qui à ton gré domptes les plus rebelles:
Tous vers galants devraient, pour t’honorer,
A beaux genoux te venir adorer,
Tenant au poing leurs flambantes chandelles!
Pierre de Ronsard (1570)

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André Laugier

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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Jeu 1 Fév - 18:12



Je pense que ce salon permettra à LUCIENNE et à ceux qui seraient intéressés pour écrire ce genre de vers, d'avoir un panorama assez vaste de la poésie érotique, avec ses termes familiers, ses métaphores et ses multiples exemples suggestifs.

merci , FLAMME, de participer au développement de ce topic.

grosbiz DE NOUS 3 À VOUS DEUX !

andre

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André Laugier

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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Jeu 1 Fév - 18:33


Marie NIZET

LA TORCHE

Je vous aime, mon corps, qui fûtes son désir,
Son champ de jouissance et son jardin d'extase
Où se retrouve encor le goût de son plaisir
Comme un rare parfum dans un précieux vase.

Je vous aime, mes yeux, qui restiez éblouis
Dans l'émerveillement qu'il traînait à sa suite
Et qui gardez au fond de vous, comme en deux puits,
Le reflet persistant de sa beauté détruite.

Je vous aime, mes bras, qui mettiez à son cou
Le souple enlacement des languides tendresses.
Je vous aime, mes doigts experts, qui saviez où

Prodiguer mieux le lent frôlement des caresses.

Je vous aime, mon front, où bouillonne sans fin
Ma pensée à la sienne à jamais enchaînée
Et pour avoir saigné sous sa morsure, enfin,
Je vous aime surtout, ô ma bouche fanée.

Je vous aime, mon coeur, qui scandiez à grands coups
Le rythme exaspéré des amoureuses fièvres,
Et mes pieds nus noués aux siens et mes genoux
Rivés à ses genoux et ma peau sous ses lèvres.

Je vous aime, ma chair, qui faisiez à sa chair
Un tabernacle ardent de volupté parfaite
Et qui preniez de lui le meilleur, le plus cher,
Toujours rassasiée et jamais satisfaite.

Et je t'aime, ô mon âme avide, toi qui pars
-Nouvelle Isis- tentant la recherche éperdue
Des atomes dissous, des effluves épars
De son être où toi-même as soif d'être perdue.

Je suis le temple vide où tout culte a cessé
Sur l'inutile autel déserté par l'idole;
Je suis le feu qui danse à l'âtre délaissé,
Le brasier qui n'échauffe rien, la torche folle...

Et ce besoin d'aimer qui n'a plus son emploi
Dans la mort, à présent retombe sur moi-même.
Et puisque, ô mon amour, vous êtes tout en moi
Résorbé, c'est bien vous que j'aime si je m'aime.

__________________


Pierre LOUYS

LA DANSEUSE

Elle danse, elle est nue, elle est jeune. Ses flancs
Ondulent avec un déhanchement farouche ;
Mais le sourire fait une fleur de sa bouche
Sous le regard languide entre les cils tremblants.

Ses doigts caressent vers des lèvres ignorées
Le galbe blanc, la chaleur douce de ses seins
Et son battement d’aile invite les essaims
Des baisers, à l’abri des aisselles dorées

Puis la taille ployée à la renverse tend
Le pur ventre, gonflé d’un souffle intermittent ;
Et, sur l’arachnéen fourreau noir de sa robe,

Ses bras tourneurs au rythme lent des luths divins
Cherchent l’imaginaire amant qui se dérobe
Et le veulent séduire avec des gestes vains.
__________________


Henry CÉARD (1851-1924)

PÈRE ET FILLE

Accrochant les regards vicieux au passage,
Ameutant les prurits autour de sa beauté
Blonde, elle relevait d'un air de volupté
Le luxe de sa robe et de son blanchissage.

Elle était provocante et pourtant semblait sage.
Son père en cheveux blancs marchant à son côté,
Malgré lui, contemplait avec lubricité,
Les précoces rondeurs qui bombaient son corsage.

Derrière ses talons les passants retournés,
Pris d'un désir lascif, suivaient avec le nez
Ce corps d'où transsudait une odeur de caresse,

Et les moins corrompus doutaient sincèrement
Si ce digne monsieur n'était pas son amant
Et si la chaste enfant n'était pas sa maîtresse.
__________________






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Lucienne MARTEL

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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Ven 2 Fév - 2:56

Bonjour André et grand merci pour ce nouveau topic : j'aime beaucoup. Le premier m'a été un peu difficile à lire dans sa forme conditionnelle, le second est très beau et le troisième assez surprenant pour sa chute. Aujourd'hui, on dirait qu'il y a "anguille sous roche". Je pense ue ces poèmes m'inspireront pour quelques expressions utiles à mon futur recueil.Bisous
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André Laugier

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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Lun 5 Fév - 19:19

Lucienne MARTEL a écrit:
Bonjour André et grand merci pour ce nouveau topic : j'aime beaucoup. Le premier m'a été un peu difficile à lire dans sa forme conditionnelle, le second est très beau et le troisième assez surprenant pour sa chute. Aujourd'hui, on dirait qu'il y a "anguille sous roche". Je pense que ces poèmes m'inspireront pour quelques expressions utiles à mon futur recueil.Bisous



Bonsoir LUCIENNE,

J'ai pensé, en effet, que créer un salon sur la poésie amoureuse et  érotique, avec des exemples de poèmes de toutes les époques, imaginés autant par des poètes connus qu'anonymes, serait une intéressante source d'inspiration. On rencontre peu dans les forums, cette forme et ce thème d'écriture. Pourtant, des milliers de poèmes ont été consacrés à la poésie coquine. Les genres les plus divers fleurissent dans cette catégorie de poèmes, et je me suis dit qu'ouvrir la porte sur le pays de l'érotisme est une invitation à découvrir tous ces trésors de rêves concupiscents dont on garde souvent la clé pour soi tout seul.

Comme tu le dis, il est aussi possible d'y glaner des expressions fort utiles dans l'écriture de nos propres poèmes en s'en inspirant. Même l'humour y a sa place.

DE GROS  bis ET MERCI DE TA VISITE, LUCIENNE.

Douce soirée à toi.
_____________________

PS : Tu m'excuseras si je n'ai commenté aucun de tes poèmes ce jour, mais avoir appris l'état de santé inquiétant de MOMO et la lecture de ses deux poèmes, m'a tellement attristé que je n'ai eu ni la tête, ni l'inspiration ni les mots pour me livrer à des exégèses. Je suis vraiment très peiné.

andre
 



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André Laugier

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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Lun 5 Fév - 19:31


Paul VERLAINE

GREEN

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu’à vos yeux si beaux l’humble présent soit doux.

J’arrive tout couvert encore de rosée
Que le vent du matin vient glacer à mon front.
Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée
Rêve des chers instants qui la délasseront.

Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
Toute sonore encor de vos derniers baisers ;
Laissez-la s’apaiser de la bonne tempête.
Et que je dorme un peu puisque vous reposez.
__________________

Jean-Baptiste ROUSSEAU

LE BARNABITE

Un Barnabite exploitait soeur Colette
Mal à son aise au travers du parloir
Ah ! quel travail,lui disait la nonnette,
Bien mieux au lit ferions un tel devoir.
Ma chère soeur, reprit le moine noir,
Un tel penser vient de l'esprit immonde ;
Dieu ne nous fit pour nos aises avoir
En ce bas lieu, comme les gens du monde.
__________________

LE PRÉCEPTEUR

Un précepteur logé chez un Génois
Tant procéda, que de fil en aiguille
Il exploita la nièce du bourgeois,
Et le disciple, et la mère, et la fille.
Le cas fit bruit : Et le chef de famille,
Homme prudent, tira mon drôle à part.
Ça, ça, dit-il, venez, Messire Oudart
Sur notre peau consommer vos ouvrages.
C'est bien raison que j'en tire ma part,
Puisque c'est moi qui vous donne vos gages.
__________________

Jean Benech De CANTENAC (1630-1714)

L'OCCASION PERDUE RETROUVÉE

Par une secrète avenue,
Il fut dans son appartement,
Et la trouva nonchalamment
Dormant sur son lit étendue :
Mais, dieux ! que devint-il alors ?
En approchant de ce beau corps,
Il eut de mouvements étranges,
Lorsqu'une cuisse à découvert
Lui fit voir le bonheur des Anges
Et le ciel de l'Amour ouvert.

Dans cette agréable surprise
Où Cloris n'avait pas songé,
Elle avait assez mal rangé
Et ses jupes et sa chemise ;
Lisandre aussi, trop curieux,
Vit lors les délices des dieux,
La peine et le plaisir des hommes,
Nôtre tombe et nôtre berceau,
Ce qui nous fait ce que nous sommes
Et ce qui nous brûle dans l'eau.

Aimant de la Nature humaine,
Bijou chatouilleux et cuisant,
Précipice affreux et plaisant,
Cruel repos, aimable peine,
Remède et poison de l'amour,
Bûcher ardent, humide four
Où les hommes se doivent cuire,
Jardin d'épines et de fleurs,
Sombre fanal qui fait reluire
Nos fortunes et nos malheurs ;

Nid branlant qui nous sert de mue,
Asile où l'on est en danger,
Raccourci qui fait allonger
La chose la moins étendue,
Fort qui se donne et qui se prend,
Œil couvert qui rit en pleurant,
Bel or, beau corail, belle ivoire,
Doux canal de vie et de mort
Où, pour acquérir de la gloire,
L'on fait naufrage dans le port.

Petit trésor de la Nature,
Etroite et charmante prison,
Doux tyran de nôtre raison,
Vivifiante sépulture,
Autel que l'on sert à genoux,
Dont l'offrande est le sang de tous,
Sangsue avide et libérale,
Roi de la honte et de l'honneur,
Permettez que ma plume étale
Ce que Lisandre eut de bonheur.

Beau composé, belle partie,
Je sais bien que, lorsqu'il vous vit,
II n'observa dessus ce lit
Ni l'honneur ni la modestie ;
Mu d'amour et de charité
Il couvrit votre nudité,
Pour faire évaporer sa flamme,
Et savoura tous les plaisirs
Que le corps fait sentir à l'âme
Dans le transport de nos désirs

Ce beau dédale qu'il contemple
Avec des yeux étincelants
Fait naître et couler dans ses sens
Une ardeur qui n'a point d'exemple.
Ce feu qui consume son cœur
Porte partout sa vive ardeur,
Eclate enfin sur son visage.
Et ce lâche de l'autre jour*,
Se raidissant d'un fier courage,
Ecume le feu de l'amour.

Plein d'ardeur, d'audace et de joie
De remporter un si beau prix,
Le galant sauta sur Cloris,
Comme un faucon dessus sa proie,
Quand cette belle, ouvrant les yeux,
Vit Lisandre, victorieux,
Forçant ses défenses secrètes,
Et, la tenant par les deux bras,
Entrer, tout fier de ses conquêtes.
En un lieu qu'on ne nomme pas.
__________________




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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Mar 6 Fév - 19:57


Nicolas GILBERT (1750-1780)

LES CHARMES DES BOIS

Que j'aime ces bois solitaires !
Aux bois se plaisent les amants ;
Les nymphes y sont moins sévères,
et les bergers plus éloquents.

Les gazons, l'ombre et le silence
Inspirent les tendres aveux ;
L'Amour est aux bois sans défense ;
C'est aux bois qu'il fait des heureux.

O vous qui, pleurant sur vos chaînes,
Sans espoirs servez sous ses lois,
Pour attendrir vos inhumaines,
Tachez de les conduire aux bois !

Venez aux bois, beautés volages ;
Ici les amours sont discrets :
Vos soeurs visitent les ombrages,
Les Grâces aiment les forêts...
_________________

Pierre-Antoine de LA PLACE

L'ORIGINE DU PLAISIR

L'éternel, en créant l'homme,
N'avait point crée l'amour,
C'est en digérant la pomme,
Qu'Adam lui donna le jour.
Quand la femme et lui goûtèrent
Ce plaisir inattendu,
Dieu fait comme ils s'écrièrent :
Vive le fruit défendu !
_________________

RIGOTTIER

LA PRÉCAUTION INUTILE

Aux transports enchanteurs de l'amoureuse ivresse
Silvie obéissait, et Lucas son vainqueur
En touchant d'une main le but de sa tendresse
De l'autre s'essayait au sentier du bonheur ;
Quand poussant un cri de douleur
Causé par le trait qui la blesse,
La bergère lui dit : Jamais tu ne pourras
Sans me faire mourir !... Comme un rien t'effarouche ?
Tiens, je mets ce doigt dans ta bouche ;
Si je te fais mal, dit Lucas,
Pour m'avertir tu le mordras :
Et le drôle dans sa carrière,
A chaque mot faisait un pas.
Bientôt à son ardeur il n'est plus de barrière,
L'innocente souffrait et n'osait l'avertir :
Que de tourments, dit-elle ! amour, fais-les finir !
L'amour exauce sa prière,
Elle perd la voix, la lumière,
Et meurt avec Lucas dans les bras du plaisir,
Et puis se rappelant l'un l'autre à la vie
Par un baiser pris et rendu,
Eh bien ? t'ai-je fait mal, Sylvie ?
Et moi, Lucas, t'ai-je mordu ?
_________________




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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Mer 7 Fév - 3:20

Bonjour André. Ces poèmes érotiques sont excellents, tout en légèreté et finesse. Ils suggèrent plutôt qu'ils ne disent et ils sont fort plaisants. Je m'en inspirerais à l'occasion pour quelques vocables mais je ne veux pas trop imiter : ce ne serait plus moi. Merci pour ce nouveau topic que je t'ai inspiré, peut-être ? Bonne journée et bisous
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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Mer 7 Fév - 19:13

Lucienne MARTEL a écrit:
Bonjour André. Ces poèmes érotiques sont excellents, tout en légèreté et finesse. Ils suggèrent plutôt qu'ils ne disent et ils sont fort plaisants. Je m'en inspirerais à l'occasion pour quelques vocables mais je ne veux pas trop imiter : ce ne serait plus moi. Merci pour ce nouveau topic que je t'ai inspiré, peut-être ? Bonne journée et bisous


Je suis très heureux que ces poèmes te plaisent. Il y en aura d'autres, bien entendu. Oui, j'ai pensé que ce genre qu'on retrouve peu dans les anthologies ou les ouvrages poétiques, pourrait donner une palette assez vaste sur ce thème, tout en permettant, pour celles et ceux désireux d'avoir des exemples sur la poésie coquine et amoureuse, de pouvoir s'inspirer de cette écriture.

UN GRAND MERCI pour tes appréciations, LUCIENNE.

DE GROS bis bis bis

Douce soirée à toi.

andre






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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Lun 12 Fév - 19:35


VOLTAIRE

REINE DES NUITS

Reine des nuits, dis quel fut mon amour,
Comme en mon sein les frissons et la flamme
Se succédaient, me perdaient tour à tour ;
Quels doux transports égarèrent mon âme ;
Comment mes yeux cherchaient en vain le jour.
Comme j'aimais, et sans songer à plaire,
Je ne pouvais ni parler ni me taire.
Reine des nuits, dis quel fut mon amour.
Mon amant vint, ô moments délectables !
Il prit mes mains, tu le sais, tu le vis,
Tu fus témoin de ses serments coupables,
De ses baisers, de ceux que je rendis ;
Des voluptés dont je fus enivrée.
Moments charmants, passez-vous sans recours
Daphnis trahit l'amour qu'il m'a jurée !
Reine des nuits, dis quel fut mon amour.
__________________

Anna De NOAILLES

PARFOIS QUAND J'APERÇOIS

Parfois, quand j’aperçois mon flamboyant visage.
Lorsqu’il vient d’échapper à ta bouche et tes doigts.
Je ne reconnais pas cette exultante image.
Et je contemple avec un déférent effroi
Cette beauté que je te dois !

Comme des bleus raisins mes noirs cheveux oscillent,
Ma joue est écarlate et mon œil qui jubile
Mêle à sa calme joie un triomphant maintien ;
Je n’ai vu ce regard fleurissant et païen
Que chez les chèvres de Sicile !

Moment fier et sacré où, sevré de désir,
Mon cœur méditatif dans l’espace contemple
La seule vérité, dont nous sommes le temple ;
Car que peut-il rester dans le monde à saisir
Pour ceux qui possèdent leur univers ensemble,
Ont mis l’honneur dans le plaisir ?…
__________________

Beaufort D'AUBERVAL

L'ENTRÉE DE LA DAUPHINE

La Dauphine faisait son entrée à Paris
Tout le monde s'y porte, et tout est aux fenêtres,
De tout temps le Français idolâtra ses maîtres,
Et montra son amour par des jeux et des ris.

Ce jour, il arriva la plus plaisante histoire,
Que l'on a même assez de peine à croire,
Mais qui pourtant au nez de tout Paris eut lieu :
Amour partout se glisse et montre qu'il est dieu ;
Par la difficulté cet espiègle s'irrite,
Et c'est dans le danger qu'on juge son mérite.

Le col tendu, l'œil fixe et les bras appuyés
Sur un balcon étroit, papa, maman et fille
En un mot, tout une famille,
Pour mieux voir, s'élevaient sur la pointe des pieds.
Arrive au rendez-vous, l'amant, le futur gendre,
Que l'on gronde beaucoup de s'être fait attendre.
Il est bon d'observer qui tenait le milieu,

C'était la fille, et l'amant, par derrière,
Adroitement placé, prépare ainsi son jeu :
Sur la Dauphine entamant la matière,
Trouvant que sa future est égale en beauté,
Il parle de ses traits et de sa majesté
Et de la dignité de la cérémonie ;
Endort la surveillance et sur leur bonhomie
Fonde le bonheur de sa vie.

Assuré de son fait, d'un moment aussi cher,
Il parcourt brusquement la place qu'il a prise,
En amant plein de feu qui brûle de cueillir
Vermeille rose du plaisir,
Rose d'amour à lui promise...

Il la cueille en effet... et dans le beau moment
Où l'âme en doux soupirs semble s'être échalée*,
Où la belle se pâme involontairement,
Où la nature fait faire un trémoussement
Précurseur de la joie en nos sens concentrée,
Heureuse du bonheur... que lui doit son amant !
- Ah ! maman ! Ah ! maman ! - Quoi donc ? - La belle entrée !

* séparée de son enveloppe.
__________________

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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Lun 19 Fév - 18:20


Alfred De MUSSET

GAMIANI OU LES DEUX NUITS D'EXCÈS

Chantez, chantez encor, rêveurs mélancoliques,
Vos doucereux amours et vos beautés mystiques
Qui baissent les deux yeux ;
Des paroles du cœur vantez-nous la puissance,
Et la virginité des robes d’innocence,
Et les premiers aveux.

Ce qu’il me faut à moi, c’est la brutale orgie,
La brune courtisane à la lèvre rougie
Qui se pâme et se tord ;
Qui s’enlace à vos bras, dans sa fougueuse ivresse,
Qui laisse ses cheveux se dérouler en tresse,
Vous étreint et vous mord !

C’est une femme ardente autant qu’une Espagnole,
Dont les transports d’amour rendent la tête folle
Et font craquer le lit ;
C’est une passion forte comme une fièvre,
Une lèvre de feu qui s’attache à ma lèvre
Pendant toute une nuit !

C’est une cuisse blanche à la mienne enlacée,
Une lèvre de feu d’où jaillit la pensée ;
Ce sont surtout deux seins
Fruits d’amour arrondis par une main divine,
Qui tous deux à la fois vibrent sur la poitrine,
Qu’on prend à pleines mains !

Eh bien ! venez encor me vanter vos pucelles
Avec leurs regards froids, avec leurs tailles frêles,
Frêles comme un roseau ;
Qui n’osent du doigt vous toucher, ni rien dire,
Qui n’osent regarder et craignent de sourire,
Ne boivent que de l’eau !

Non ! vous ne valez pas, ô tendre jeune fille
Au teint frais et si pur caché sous la mantille,
Et dans le blanc satin
Les femmes du grand ton. En tout tant que vous êtes,
Non ! vous ne valez pas, ô mes femmes honnêtes
Un amour de catin !
_________________

Arthur RIMBAUD

PREMIÈRE SOIRÉE

Elle était fort déshabillée
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres jetaient leur feuillée
Malignement, tout près, tout près.

Assise sur ma grande chaise,
Mi-nue, elle joignait les mains.
Sur le plancher frissonnaient d'aise
Ses petits pieds si fins, si fins.

- Je regardai, couleur de cire
Un petit rayon buissonnier
Papillonner dans son sourire
Et sur son sein, - mouche ou rosier.

- Je baisai ses fines chevilles.
Elle eut un doux rire brutal
Qui s'égrenait en claires trilles,
Un joli rire de cristal.

Les petits pieds sous la chemise
Se sauvèrent : "Veux-tu en finir !"
- La première audace permise,
Le rire feignait de punir !

- Pauvrets palpitants sous ma lèvre,
Je baisai doucement ses yeux :
- Elle jeta sa tête mièvre
En arrière : "Oh ! c'est encor mieux !...

Monsieur, j'ai deux mots à te dire..."
- Je lui jetai le reste au sein
Dans un baiser, qui la fit rire
D'un bon rire qui voulait bien...

- Elle était fort déshabillée
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres jetaient leur feuillée
Malignement, tout près, tout près.
__________________


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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Jeu 1 Mar - 19:47


Armand GOUFFÉ

LE COUP DU MILIEU

Nos bons aïeux aimaient à boire,
Que pouvons-nous faire de mieux ?
Versez, versez ! je me fais gloire
De ressembler à mes aïeux !
Entre le Chablis que j'honore
Et l'Aï dont je fais mon dieu,
Savez-vous ce que j'aime encore ?
C'est le petit coup du milieu

Je bois quand je me mets à table
Et le vin m'ouvre l'appétit ;
Bientôt ce nectar délectable,
Au dessert, m'ouvrira l'esprit.
Si tu veux combler mon ivresse,
Viens, Amour, viens, espiègle dieu,
Pour trinquer avec ma maîtresse,
M'apprêter le coup du milieu.

Ce coup, mes très chers camarades,
A pris naissance dans les cieux ;
Les dieux buvaient force rasades,
Buvaient enfin comme des dieux.
Les déesses, femmes discrètes,
Ne prenaient point goût à ce jeu.
Vénus, pour les mettre en goguettes,
Proposa le coup du milieu.

Aussitôt cet aimable usage
Par l'Amour nous fut apporté ;
Chez nous son premier avantage
Fut d'apprivoiser la beauté.
Le sexe, à Bacchus moins rebelle,
Lui rend hommage en temps et lieu
Et l'on ne voit pas une belle
Refuser le coup du milieu.

Buvons à la paix, à la gloire !
Ce plaisir nous est bien permis ;
Doublons les rasades pour boire
A la santé de nos amis !
De Momus disciples fidèles,
Buvons à Panard, à Chaulieu ;
Mais pour la santé de nos belles,
Réservons le coup du milieu.
_________________

Augustin De PIIS

LA BALANÇOIRE

IL n'est point de jeux innocents,
Fût-ce même au village ;
Dès qu'on badine avec les sens
La vertu déménage :
J'en ai pour preuve en ce moment
L'histoire de Rosine,
Qui se balançait fréquemment
Dans la forêt voisine.
Colas un jour s'était niché
Tout au haut d'un des chênes
Où Rosine avait attaché
Ses vagabondes chaînes,
Et là mon drôle entrevoyait
Certaines grâces nues
Qu'en s'élevant elle croyait
Ne dévoiler qu'aux nues. —
Amour, dit-il alors tout bas,
J'ai besoin de ton aide ;
Du mal que me font tant d'appas
Donne-moi le remède ;
Pour lorgner tout de mes deux yeux
En vain je fais usage ;
J'en vois trop peu pour être heureux,
Et trop pour rester sage. —
Colas dit, et, l'Amour malin
Rompant la balançoire,
Rosine tombe, et montre en plein
Et l'ébène et l'ivoire.
Du chêne, ardent comme un brasier,
Colas se précipite,
Et met ses doigts sur un rosier
Dont la fraîcheur l'irrite :
N'y met-il que les doigts ? — Hola ;
Il faut de la décence.
Rosine depuis ce jour-là
Jamais ne se balance,
Et quand les filles de ce jeu
Lui rappellent les charmes,
Rosine leur dit avec feu,
Mais non sans quelques larmes : —
Ne croyez pas qu'à la santé
Ce jeu puisse être utile;
Car plus le corps est agité,
Moins le cœur est tranquille :
L'honneur alors est eu suspens,
Et si la corde casse
Ce n'est jamais qu'à nos dépens
Que L'Amour nous ramasse.





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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Ven 2 Mar - 4:17

Bonjour André et grand merci pour ces poésies coquines dont j’ignorais les auteurs. C'est joliment tourné, très suggestif avec des mots bien choisis. Pour info, j'ai fini mon recueil de poésies érotiques et il est parti à l'impression : il a été validé et je suis trop contente. Passe une belle journée et profite bien du soleil s'i y est car ici, il pleut des cordes !
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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Lun 19 Mar - 17:15

Lucienne MARTEL a écrit:
Bonjour André et grand merci pour ces poésies coquines dont j’ignorais les auteurs.  C'est joliment tourné, très suggestif avec des mots bien choisis. Pour info, j'ai fini mon recueil de poésies érotiques et il est parti à l'impression : il a été validé et je suis trop contente. Passe une belle journée et profite bien du soleil s'i y est car ici, il pleut des cordes !


Bonjour LUCIENNE,

Je suis très heureux pour toi que ton recueil de poèmes érotiques soit terminé. Je pense que tu passes, comme la plupart d'entre nous, par The BookEdition. Je viens, moi-même, de faire éditer par cette maison un nouveau recueil de "Fables-express et poèmes satiriques". J'en suis à mon sixième bouquin.

Pour revenir à tes sonnets érotiques, ta plume s'est extrêmement affinée dans ce nouveau genre auquel tu t'intéresses. Je te dis cela sans flagornerie car tu sais que j'expose toujours ce que je pense concernant la forme et le fond d'un poème.

Je te remercie pour la lecture assidue de ce nouveau topic de poésie galante que je compte bien poursuivre, tant le sujet est vaste.

J'espère que tu as bien commencé la semaine et je t'envoie du TOURBILLON DE  bis  bis  bis marseillais. Nous avons un ciel totalement dégagé et un soleil vraiment digne d'un début de printemps. Pourvu que ça dure !

CARPE DIEM

andre




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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Lun 19 Mar - 19:38


BAUDELAIRE

JE N'AI POUR MAITRESSE

Je n’ai pas pour maîtresse une lionne illustre :
La gueuse, de mon âme, emprunte tout son lustre ;
Invisible aux regards de l’univers moqueur,
Sa beauté ne fleurit que dans mon triste cœur.

Pour avoir des souliers elle a vendu son âme.
Mais le bon Dieu rirait si, près de cette infâme,
Je tranchais du Tartufe et singeais la hauteur,
Moi qui vends ma pensée et qui veux être auteur.

Vice beaucoup plus grave, elle porte perruque.
Tous ses beaux cheveux noirs ont fui sa blanche nuque ;
Ce qui n’empêche pas les baisers amoureux
De pleuvoir sur son front plus pelé qu’un lépreux.

Elle louche, et l’effet de ce regard étrange
Qu’ombragent des cils noirs plus longs que ceux d’un ange,
Est tel que tous les yeux pour qui l’on s’est damné
Ne valent pas pour moi son œil juif et cerné.

Elle n’a que vingt ans ; — la gorge déjà basse
Pend de chaque côté comme une calebasse,
Et pourtant, me traînant chaque nuit sur son corps,
Ainsi qu’un nouveau-né, je la tette et la mords,

Et bien qu’elle n’ait pas souvent même une obole
Pour se frotter la chair et pour s’oindre l’épaule,
Je la lèche en silence avec plus de ferveur
Que Madeleine en feu les deux pieds du Sauveur.

La pauvre créature, au plaisir essoufflée,
A de rauques hoquets la poitrine gonflée,
Et je devine au bruit de son souffle brutal
Qu’elle a souvent mordu le pain de l’hôpital.

Ses grands yeux inquiets, durant la nuit cruelle,
Croient voir deux autres yeux au fond de la ruelle,
Car, ayant trop ouvert son cœur à tous venants,
Elle a peur sans lumière et croit aux revenants.

Ce qui fait que de suif elle use plus de livres
Qu’un vieux savant couché jour et nuit sur ses livres,
Et redoute bien moins la faim et ses tourments
Que l’apparition de ses défunts amants.

Si vous la rencontrez, bizarrement parée,
Se faufilant, au coin d’une rue égarée,
Et la tête et l’œil bas comme un pigeon blessé,
Traînant dans les ruisseaux un talon déchaussé,

Messieurs, ne crachez pas de jurons ni d’ordure
Au visage fardé de cette pauvre impure
Que déesse Famine a par un soir d’hiver,
Contrainte à relever ses jupons en plein air.

Cette bohème-là, c’est mon tout, ma richesse,
Ma perle, mon bijou, ma reine, ma duchesse,
Celle qui m’a bercé sur son giron vainqueur,
Et qui dans ses deux mains a réchauffé mon cœur.
__________________

BAUDELAIRE

SED NON STATIATA

Bizarre déité, brune comme les nuits,
Au parfum mélangé de musc et de havane,
Œuvre de quelque obi, le Faust de la savane,
Sorcière au flanc d'ébène, enfant des noirs minuits,

Je préfère au constance, à l'opium, aux nuits,
L'élixir de ta bouche où l'amour se pavane ;
Quand vers toi mes désirs partent en caravane,
Tes yeux sont la citerne où boivent mes ennuis.

Par ces deux grands yeux noirs, soupiraux de ton âme,
Ô démon sans pitié ! verse-moi moins de flamme ;
Je ne suis pas le Styx pour t'embrasser neuf fois,

Hélas ! et je ne puis, Mégère libertine,
Pour briser ton courage et te mettre aux abois,
Dans l'enfer de ton lit devenir Proserpine !
_________________


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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Lun 26 Mar - 19:47



Jean-Baptiste ROUSSEAU

LE PRÉCEPTEUR

Un précepteur logé chez un Génois
Tant procéda, que de fil en aiguille
Il exploita la nièce du bourgeois,
Et le disciple, et la mère, et la fille.
Le cas fit bruit : Et le chef de famille,
Homme prudent, tira mon drôle à part.
Ça, ça, dit-il, venez, Messire Oudart
Sur notre peau consommer vos ouvrages.
C'est bien raison que j'en tire ma part,
Puisque c'est moi qui vous donne vos gages.
_______________________




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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Ven 30 Mar - 19:49


BAUDELAIRE

SED NON STATIATA

Bizarre déité, brune comme les nuits,
Au parfum mélangé de musc et de havane,
Œuvre de quelque obi, le Faust de la savane,
Sorcière au flanc d'ébène, enfant des noirs minuits,

Je préfère au constance, à l'opium, aux nuits,
L'élixir de ta bouche où l'amour se pavane ;
Quand vers toi mes désirs partent en caravane,
Tes yeux sont la citerne où boivent mes ennuis.

Par ces deux grands yeux noirs, soupiraux de ton âme,
Ô démon sans pitié ! verse-moi moins de flamme ;
Je ne suis pas le Styx pour t'embrasser neuf fois,

Hélas ! et je ne puis, Mégère libertine,
Pour briser ton courage et te mettre aux abois,
Dans l'enfer de ton lit devenir Proserpine !
___________________


Claudius POPELIN

SOIR D'ÉTÉ

Je la suivais, frôlant du pied sa robe blanche
Qui traînait en longs plis sur les herbes du pré,
Et livrait le secret des lignes de sa hanche
Aux regards alanguis de Vesper* empourpré.

Elle allait... et sa main qui sortait de sa manche
Toute mignonne et douce, oiseau d'ivoire ambré,
D'un geste de statue élevait une branche
Qu'elle avait arrachée aux touffes du fourré.

La belle indifférente, elle marchait sereine
Et ne se doutait pas que la rive était pleine
D'effluves embrasés par les folles amours ;

Car j'ai bien entendu, moi, sous les feuilles jaunes,
Soupirer le dieu Pan et chuchoter les faunes ;
Mais ils n'y pensent plus, et j'en rêve toujours.


* dieu grec qui brille le soir (en opposition à Lucifer dont l'éclat apparait aux premières lueurs du jour)




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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Dim 1 Avr - 9:44

Bonjour et merci pour ce superbes poèmes suggestifs dont ma préférence va au second. Celui de Baudelaire me plaît moins et la répétition de "yeux" sur deux vers qui se suivent me dérange un peu Pourtant j'adore ce poète mais pas dans ce style. Passe un excellent weekend Bisous
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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Mar 3 Avr - 17:30

Lucienne MARTEL a écrit:
Bonjour et merci pour ce superbes poèmes suggestifs dont ma préférence va au second. Celui de Baudelaire me plaît moins et la répétition de "yeux" sur deux vers qui se suivent me dérange un peu Pourtant j'adore ce poète mais pas dans ce style. Passe un excellent weekend Bisous



Bonsoir LUCIENNE,


merci2 pour cet accueil enthousiaste que tu réserves à ce salon de la poésie érotique. En consultant les ouvrages et les anthologies consacrés à ce thème, et depuis que la versification existe, on se rend compte combien les textes foisonnent, et force est de constater que la grande majorité de nos illustres poètes, de toutes les époques, a contribué à ce florilège de poèmes sur la poésie amoureuse.

Qu'il s'agisse de Jean De LA FONTAINE, de Victor HUGO, de MALHERBE, de LAMARTINE, de LA BRUYÈRE, de VOLTAIRE, de VERLAINE, de BAUDELAIRE, de Théophile GAUTIER, de Mme de VILLEDIEU, de Renée VIVIEN, de Lucie DELARUE-MARDRUS, en passant par Guy de MAUPASSANT, Clément MAROT, Germain NOUVEAU et autres DU BELLAY, RICHEPIN, Raoul PONCHON et MUSSET, il serait difficile d'énumérer les milliers d'œuvres érotiques qui figurent dans cette littérature.

Ci-dessous, deux autres exemples de l'inspiration coquine de nos poètes amoureux.

Excellente soirée, Chère LUCIENNE, et un tourbillon de bis bis bis


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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Mar 3 Avr - 17:34


Guy de MAUPASSANT

DÉSIRS

Le rêve pour les uns serait d'avoir des ailes,
De monter dans l'espace en poussant de grands cris,
De prendre entre leurs doigts les souples hirondelles,
Et de se perdre, au soir, dans les cieux assombris.

D'autres voudraient pouvoir écraser des poitrines
En refermant dessus leurs deux bras écartés ;
Et, sans ployer des reins, les prenant aux narines,
Arrêter d'un seul coup les chevaux emportés.

Moi ; ce que j'aimerais, c'est la beauté charnelle :
Je voudrais être beau comme les anciens dieux,
Et qu'il restât aux coeurs une flamme éternelle
Au lointain souvenir de mon corps radieux.

Je voudrais que pour moi nulle ne restât sage,
Choisir l'une aujourd'hui, prendre l'autre demain ;
Car j'aimerais cueillir l'amour sur mon passage,
Comme on cueille des fruits en étendant la main.

Ils ont, en y mordant, des saveurs différentes ;
Ces arômes divers nous les rendent plus doux.
J'aimerais promener mes caresses errantes
Des fronts en cheveux noirs aux fronts en cheveux roux.

J'adorerais surtout les rencontres des rues,
Ces ardeurs de la chair que déchaîne un regard,
Les conquêtes d'une heure aussitôt disparues,
Les baisers échangés au seul gré du hasard.

Je voudrais au matin voir s'éveiller la brune
Qui vous tient étranglé dans l'étau de ses bras ;
Et, le soir, écouter le mot que dit tout bas
La blonde dont le front s'argente au clair de lune.

Puis, sans un trouble au cœur, sans un regret mordant,
Partir d'un pied léger vers une autre chimère.
- Il faut dans ces fruits-là ne mettre que la dent :
On trouverait au fond une saveur amère.
__________________

Henri MURGER

LA CHANSON DE MUSETTE

Hier en voyant une hirondelle
Qui nous ramenait le printemps,
Je me suis rappelé la belle
Qui m'aima quand elle eut le temps.
Et pendant toute la journée,
Pensif, je suis resté devant
Le vieil almanach de l'année
Où nous nous sommes aimés tant.

Non, ma jeunesse n'est pas morte,
Il n'est pas mort ton souvenir;
Et si tu frappais à ma porte,
Mon coeur, Musette , irait t'ouvrir.
Puisqu'à ton nom toujours il tremble,
Muse de l'infidélité,
Reviens encor manger ensemble
Le pain béni de la gaîté.

Les meubles de notre chambrette,
Ces vieux amis de notre amour,
Déjà prennent un air de fête
Au seul espoir de ton retour.
Viens, tu reconnaîtras, ma chère,
Tous ceux qu'en deuil mit ton départ,
Le petit lit - et le grand verre
Où tu buvais souvent ma part.

Tu remettras la robe blanche
Dont tu te parais autrefois,
Et comme autrefois , le dimanche,
Nous irons courir dans les bois.
Assis le soir sous la tonnelle,
Nous boirons encore ce vin clair
Où ta chanson mouillait son aile
Avant de s'envoler dans l'air.

Dieu, qui ne garde pas rancune
Aux méchants tours que tu m'as faits,
Ne refusera pas la lune
A nos baisers, sous les bosquets.
Tu retrouveras la nature
Toujours aussi belle, et toujours,
O ma charmante créature,
Prète à sourire à nos amours.

Musette qui s'est souvenue,
Le carnaval étant fini,
Un beau matin est revenue,
Oiseau volage, à l'ancien nid;
Mais en embrassant l'infidèle,
Mon coeur n'a plus senti d'émoi,
Et Musette, qui n'est plus elle,
Disait que je n'étais plus moi.

Adieu, va-t'en, chère adorée,
Bien morte avec l'amour dernier;
Notre jeunesse est enterrée
Au fond du vieux calendrier.
Ce n'est plus qu'en fouillant la cendre
Des beaux jours qu'il a contenus,
Qu'un souvenir pourra nous rendre
La clef des paradis perdus.






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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Mer 11 Avr - 12:09

Théophile DONDEY De SANTENY

ABÎME

Sa main laisse rouler la brûlante missive
Sur les draps de sa couche. – Elle est toute pensive...
Il y a sur sa bouche un froncement moqueur ;
Son œil est malévole ; – écoutons dans son cœur :

« Mon Dieu ! comme ce fou m’idolâtre et me vante !
Comme sa passion s’agenouille fervente !
Même alors qu’il murmure et qu’il fait l’initié,
Quels trésors de simplesse et de virginité !
Mon pâle adolescent, votre style est de flamme...
Mais vous vous abusez, si vous leurrez votre âme
De l’espoir qu’à la fin je prendrai le loisir
De vous initier aux transports du plaisir.
Je ne vous aime, moi, que d’un chaste amour d’ange ;
Je ne veux entre nous que le mystique échange
Des illusions d’or qu’au monde intérieur
Nos pensers vont cueillir, loin du siècle rieur.
Non que je sois de marbre et que rien n’évertue
L’impassibilité de mes sens de statue :
Bien loin de là ; mon corps brûle aussi libertin,
Aussi luxurieux qu’un corps napolitain ;
Mais le Ciel m’a pourvu d’un mari légitime,
Qui dans l’amour des sens déploie un art sublime.
En revanche, il est nul à faire trouver mal,
Dès qu’il s’agit des fleurs de l’amour idéal.
Or, dolent chevalier, c’est pour combler ce vide
Que j’ai daigné sourire à votre amour candide...
Vous avez dans l’esprit tant d’exaltation !
Vous entendez si bien la contemplation !
Seul, par vos sentiments purs et chevaleresques,
Vous pouvez satisfaire à mes goûts romanesques,
Comme mon beau mari peut seul rassasier
De mon tempérament l’érotique brasier.
À lui les feux du corps, à vous les feux de l’âme ;
Et je vous donne ici ma parole de femme
Que j’empêcherai bien mes deux jaloux captifs
De jamais empiéter sur leurs droits respectifs. »




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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Mar 17 Avr - 12:21


Henri MURGER

LES BAIGNEUSES

A mes désirs voici l'heure prospère,
Oui, ce moment va combler tous mes voeux ;
Loin des regards, sans vêtements, ma chère,
Un même bain va nous voir toutes deux.
Fais comme moi, quitte aussi ta chemise
Et de ton sein enlève ce mouchoir.
Ne tremble pas ; crains-tu quelque surprise ?
Va, sois tranquille, aucun ne peut nous voir.

Tiens, comme moi te voici toute nue :
Grands dieux ! combien tu possèdes d'appas !
Combien aussi ta gorge s'est accrue !
Qu'ils sont jolis les contours de tes bras !
Ah ! tant d'attraits dans peu, je le parie,
De mille amants feront le désespoir :
Laisse-moi les contempler, je t'en prie...
Va, sois tranquille, aucun ne peut nous voir.

- Plaisantes-tu dans ce moment ? de grâce...
Tes compliments vont me faire rougir !
Si tu savais en moi ce qui se passe,
Ta vue aussi m'inspire maint désir ;
Si, de l'amour, par la douce magie,
D'être homme, ici, j'obtenais le pouvoir,
Qu'avec transport ta fleur serait ravie...
Va, sois tranquille, aucun ne peut nous voir.

- Ciel, que fais-tu ? - Sur tes lèvres de rose,
Laisse-moi donc cueillir un doux baiser.
- Je le veux bien, mais tu fais autre chose ;
Pourquoi ta main vient-elle m'agiter ?
De tes baisers je suis toute tremblante ;
Nouveaux désirs me viennent émouvoir...
Finis... ô Dieux ! prends pitié, chère amante...
Va, sois tranquille, aucun ne peut nous voir.

- Mais, de ma main quel doit être l'usage ?
- C'est pour calmer le feu que je ressens.
Jusqu'à ce jour, toi, modeste et si sage,
Tu connaissais ces baisers si enivrants ?
De ces couleurs sur ce lien que je touche,
Que le contraste est ravissant à voir !
- Ah ! que fais-tu ?... où se porte ta bouche ?...
Va, sois tranquille, aucun ne peut nous voir.

- Tiens, tu renais ; mais, par mainte caresse,
Tu veux encore expirer dans mes bras ;
Contre mon sein ta main droite se presse,
Et l'autre main me lutine plus bas.
- Oh ! que ton corps soit docile à ma flamme,
De ton amie apprends tout le savoir !
- Epargne moi ! quels baisers !... je me pâme...
Va, sois tranquille, aucun ne peut nous voir.

Mais maintenant, baignons-nous, douce amie ;
Livrons nos corps au cristal de ces eaux :
Plus qu'un baiser sur ta bouche jolie,
Nos sens émus ont besoin de repos ;
Après, chez toi, feignant quelque migraine,
Un même lit nous recevra ce soir ;
L'amour alors embellira la scène
Et sans témoins il fera son devoir !
__________________

Henri De RÉGNIER

CORYSE

Coryse, tout, en vous, fait penser à l'amour,
Tout vous-même vous y exhorte :
Vos cheveux pleins de nuit et vos yeux pleins de jour...
Vous êtes belle, souple et forte.

Sur un lit où noueraient deux cygnes leurs cols tors
Je voudrais vous voir étendue
Et que vous y fussiez auprès d'un autre corps,
Coryse, et que vous soyez nue,

Car il n'est pas de jeu plus noble et plus charmant
Que celui de la chair heureuse,
Et vous seriez, Coryse, aux bras de votre amant
Ma plus belle estampe amoureuse !
__________________


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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Lun 23 Avr - 18:10


Henri De RÉGNIER

L'EXHORTATION

Vous êtes, mon enfant, plus chaste et plus farouche
Que le lis du vallon et la rose des bois,
Et cependant j'ai vu s'attendrir votre bouche
Quand la rose et le lis s'effeuillaient de vos doigts,

Car vous savez, hélas ! que les fleurs les plus belles
D'un parfum passager embaument le printemps
Et qu'il ne survit rien de ce qui charme en elles
Quand l'automne a fané leurs contours odorants ;

Et vous savez aussi que l'âge vous mesure
La saison de l'amour et de la volupté
Et que le souvenir est ce qui reste et dure
Et de toute jeunesse et de toute beauté.

C'est pourquoi, dans un soir de délire et de fièvre,
Vous sentirez en vous votre orgueil se briser
Parce que vous voudrez que votre jeune lèvre
Connaisse la douceur qu'a le goût du baiser.

Alors, obéissante à celui qui vous aime,
Vous permettrez dans l'ombre à l'amant anxieux
Que son hardi regard apprenne de vous-même
Ce qu'en sait son désir et qu'ignorent vos yeux,

Et vous, enfant pareille aux fleurs du bois sauvage,
Sans défendre à sa main vos voiles soulevés,
Vous offrirez vous-même à l'amour en hommage
Votre rose secrète et vos lis réservés.
_________________

Henri de RÉGNIER

ELVIRE AUX YEUX BAISSÉS

Quand le désir d'amour écarte ses genoux
Et que son bras plié jusqu'à sa bouche attire,
Tout à l'heure si clairs, si baissés et si doux,
On ne reconnaît plus les chastes yeux d'Elvire.

Eux qui s'attendrissaient aux roses du jardin
Et cherchaient une étoile à travers le feuillage,
Leur étrange regard est devenu soudain
Plus sombre que la nuit et plus noir que l'orage.

Toute Elvire à l'amour prend une autre beauté;
D'un souffle plus ardent s'enfle sa gorge dure,
Et son visage implore avec félicité
La caresse trop longue et le plaisir qui dure...

C'est en vain qu'à sa jambe elle a fait, sur sa peau,
Monter le bas soyeux et que la cuisse ajuste,
Et qu'elle a, ce matin, avec un soin nouveau,
Paré son jeune corps délicat et robuste.

La robe, le jupon, le linge, le lacet,
Ni la boucle ne l'ont cependant garantie
Contre ce feu subtil, langoureux et secret
Qui la dresse lascive et l'étend alanguie.

Elvire! il a fallu, pleine de déraison,
Qu'au grand jour, à travers la ville qui vous guette,
Peureuse, vous vinssiez obéir au frisson
Qui brûlait sourdement votre chair inquiète ;

Il a fallu laisser tomber de votre corps
le corset au long busc et la souple chemise
Et montrer à des yeux, impurs en leurs transports,
Vos yeux d'esclave heureuse, accablée et soumise.

Car, sous le rude joug de l'amour souverain,
vous n'êtes plus l'Elvire enfantine et pudique
Qui souriait naïve aux roses du jardin
Et qui cherchait l'étoile au ciel mélancolique.

Maintenant le désir écarte vos genoux,
Mais quand, grave, contente, apaisée et vêtue,
Vous ne serez plus là, vous rappellerez-vous
Mystérieusement l'heure où vous étiez nue?

Non ! Dans votre jardin, doux à vos pas lassés,
où, parmi le feuillage, une étoile palpite,
De nouveau, vous serez Elvire aux yeux baissés
Que dispense l'oubli du soin d'être hypocrite.






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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Mar 24 Avr - 17:22


Victor HUGO

NOUS ÉTIONS ELLE ET MOI...

Nous étions, elle et moi, dans cet avril charmant
De l'amour qui commence ,en éblouissement.
O souvenirs ! ô temps ! heures évanouies !
Nous allions, le coeur plein d'extases inouïes,
Ensemble dans les bois, et la main dans la main.
Pour prendre le sentier nous quittions le chemin,
Nous quittions le sentier pour marcher, dans les herbes.
Le ciel resplendissait dans ses regards superbes ;
Elle disait : Je t'aime et je me sentais dieu.
Parfois, près d'une source, on s'asseyait un peu.
Que de fois j'ai montré sa gorge aux branches d'arbre !
Rougissante et pareille aux naïades de marbre,
Tu baignais tes pieds nus et blancs comme le lait.
Puis nous nous en allions rêveurs. Il me semblait,
En regardant autour de nous les pâquerettes,
Les boutons d'or joyeux, les pervenches secrètes,
Et les frais liserons d'une eau pure arrosés,
Que ces petites fleurs étaient tous les baisers
Tombés dans le trajet de ma bouche à ta bouche
Pendant que nous marchions ; et la grotte farouche,
Et la ronce sauvage et le roc chauve et noir,
Envieux, murmuraient : Que va dire ce soir
Diane aux chastes yeux, la déesse étoilée,
En voyant toute l'herbe au fond du bois foulée ?




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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Ven 11 Mai - 12:25


Jean RICHEPIN

VIEILLES AMOURETTES

Aux prés de l’enfance on cueille
Les petites amourettes,
Qu’on jette au vent feuille à feuille
Ainsi que des pâquerettes.

On cueille dans ces prairies
Les voisines, les cousines,
Les amourettes fleuries
Et qui n’ont pas de racines.

Ô douce gerbe liée
Avec des rubans d’aurores.
Fraîche rosée oubliée,
Me parfumez-vous encore ?

Hélas ! bouquets éphémères,
Depuis cette heure lointaine
Combien de larmes amères
Ont coulé dans ma fontaine !

Des choses se sont passées
Qui m’ont changé ma jeunesse
Beaucoup trop, ô trépassées,
Pour que je vous reconnaisse.

Le dur amour qui ravage
Dans mon cœur a pris racines,
Comme un grand rosier sauvage
Aux épines assassines.

Qu’êtes-vous près de ces roses
Sanglantes, éblouissantes,
Ô pâquerettes écloses
Dans les prés aux vertes sentes ?

Qu’est votre parfum qui rôde
Évaporé dans la brise,
Près de l’odeur âcre et chaude
Qui me pénètre et me grise ?

Ô mignonnes marguerites,
Enfantines amourettes,
Hélas ! mes pauvres petites,
Je ne sais plus qui vous êtes.

Dans de vagues mausolées,
Enfants blondes, rousses, brunes,
Pour moi vous dormez voilées
Au pays des vieilles lunes.
_________________

Jean RICHEPIN

NUIT D'ADIEU

Dans les bois roux, dans les bois sourds,
Entends la chanson monotone
Des bises d'octobre aux vols lourds.
Les bois enterrent dans l'automne
Leurs amours.

Ah ! dans mon cœur qui se recueille
Pleure un chant plus sourd, quand je vois
Sous ta main lourde qui les cueille
Tombe nos bonheurs d'autrefois
Feuille à feuille.

Je veux t'aimer encore. Attends !
La sève bout sous mon écorce.
Je veux, comme à notre printemps,
Reverdir. J'ai toute ma force
De vingt ans

O mignonne, aime-moi toi-même
Reviens au vieil amour vainqueur.
L'arbre vit d'un bourgeon suprême
Avril dure aux roses du cœur
Quand on aime.

Et si notre amour n'est plus vert,
S'il perd des branches à la bise,
Au moins dans l'âtre large ouvert
Chauffons à son bois qui se brise
Notre hiver.

Que notre nuit d'adieu rougeoie
Comme le vin, la pourpre et l'or,
Flamme folle, flambe, flamboie !
Que ce dernier feu soit encor
Feu de joie !
_________________



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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Lun 14 Mai - 12:44


jean RICHEPIN

PUISQU'À MON FAUVE AMOUR...

Puisqu'à mon fauve amour tu voulus te soumettre,
Il faudra désormais le nourrir comme un maître ;
Et tu sais qu'il est plein d'appétits exigeants.
Un féroce mangeur ! Il n'est pas de ces gens
Qu'un morceau de pain sec rassasie et contente.
Ce qu'il demande, lui, c'est ta chair palpitante,
C'est ton corps tout entier, c'est ton être absolu ;
Et tout le nécessaire et tout le superflu
Seront à peine assez pour notre convoitise.
Madame, il faut nourrir le feu, quand on l'attise.
__________________

José Maria de HEREDIA

LE TEPIDARIUM *

La myrrhe a parfumé leurs membres assouplis ;
Elles rêvent, goûtant la tiédeur de décembre,
Et le brasier de bronze illuminant la chambre
Jette la flamme et l'ombre à leurs beaux fronts pâlis.

Aux coussins de byssus**, dans la pourpre des lits,
Sans bruit, parfois un corps de marbre rose ou d'ambre
Ou se soulève à peine ou s'allonge ou se cambre ;
Le lin voluptueux dessine de longs plis.

Sentant à sa chair nue errer l'ardent effluve,
Une femme d'Asie, au milieu de l'étuve,
Tord ses bras énervés en un ennui serein ;

Et le pâle troupeau des filles d'Ausonie
S'enivre de la riche et sauvage harmonie
Des noirs cheveux roulant sur un torse d'airain.


* partie des thermes de la Rome Antique où l'on peut prendre les bains tièdes
** sorte de textile en lin

__________________


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MessageSujet: Re: Anthologie de poésies coquines   Jeu 17 Mai - 17:51


Louis-Charles CAIGNIEZ

LA PENSÉE D'AMOUR

Reine des fleurs, charmante rose.
Que ton éclat plaît à mes yeux !
Mon cœur à l'amour se dispose
Par ton parfum voluptueux ;
Le sang de Vénus te colore,
Cythère est ton premier séjour ;
Jamais je ne te vois éclore,
Sans avoir des pensées d'amour.

D'une belle au printemps de l'âge
Tu m'ouvres l'incarnat naissant ;
Si le plaisir peint son visage,
C'est ta couleur qu'elle y répand.
Puis-je te voir, à peine éclose,
Briller au matin d'un beau jour,
Sans songer à bouche de rose,
Sans avoir des pensées d'amour ?

Sur une gorge enchanteresse
Si j'imprime un baiser brûlant,
Dans les vestiges que j'y laisse.
Ta couleur brille au même instant.
Quel frisson ton bouton me cause !
D'un sein j'effleure le contour :
Peut-on voir un bouton de rose,
Sans avoir des pensées d'amour ?
__________________

Louis MARSOLLEAU

SONNET EN ROSE

Dans son boudoir tendu de rose, Cydalise
Toute rose, en paniers de satin rose clair
Est à son clavecin, martyrisant un air ;
L’abbé tourne la page avant qu’elle la lise.

Les meubles sont en bois de rose couleur chair,
La fenêtre à vitraux, discrètement, tamise
Un jour tendre qui rose un flocon de chemise
Fleur de dentelle éclose au corsage entr’ouvert.

Pourtant, l’abbé coquet, sans vicaire et sans pages,
Tourne de plus en plus éperdument les pages ;
L’amour commencera quand l’air sera fini.

Et tous les deux iront, causant de mille choses,
Vers le lit rose au pied duquel Boucher peignit
De roses Cupidons dans des nuages roses.
__________________



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Anthologie de poésies coquines
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