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 Le temps et le poète (Essai)

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André Laugier

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MessageSujet: Le temps et le poète (Essai)   Dim 23 Juil - 11:23


LE TEMPS ET LE POÈTE

ESSAI

Comment le poète interprète-t-il le temps ? Paradoxe de la poésie, elle n'est que dans les mots, "certains tellement élimés, distendus, que l'on peut voir le jour à travers", écrivait Jean Tardieu. Elle vit, pourtant, d'une "illumination", d'une présence intemporelle, tout en craignant le vertige de sa disparition. Mais comme le phénix, toujours recommencée, elle procède de sa propre mise à mort. Cependant, cette mise à mort est un perpétuel renouvellement. Borges nous l'assure : "Le temps qui ruine les palais enrichit les vers".

Le temps à toujours été une évidence et un mystère pour les poètes, car chacun l'expérimente, mais nul ne peut le saisir car il ne cesse de fuir. Les grammairiens et les linguistes caractérisent facilement le "verbe" par la propriété sémantique d'exprimer le Temps. Il faudrait ajouter, je crois, que seulement le verbe peut ajouter à sa propre signification, celle du temps. Il est impossible d'attribuer un signifié précis au temps que la tradition grammaticale appelle le présent. Toutes les valeurs chronologiques possibles s'excluent logiquement les unes des autres. L'actuel, autrement dit le temps de la vie, n'est pas le passé, temps de la mémoire, de même que le passé n'est pas l'avenir, temps des projets. Les grammairiens prétendent que le temps dit "présent" peut signifier aussi bien l'actuel que le passé ou le futur, sans voir, je pense, que c'est l'énoncé dans lequel apparaît la forme verbale dite du présent qui se trouve située dans le temps par un élément du contexte ou de la situation énonciative. En réalité, il serait plus logique de considérer que "le prétendu présent n'a pas plus de signifié que de signifiant", comme le disait Touratier, en 1996. Il n'est, en effet, pas possible de caractériser le verbe par le fait d'ajouter à sa propre signification, l'expression du "temps". D'ailleurs, comment le temps pourrait-il s'arrêter, lui que tout arrêt suppose ?


Ô temps ! Suspends ton vol !

C'est le vœu du poète, bien entendu, mais qui se détruit par la contradiction si l'on pousse un peu plus loin la réflexion, en se posant la simple question : combien de temps le Temps va-t-il suspendre son vol ? De deux choses l'une, en effet : ou bien le temps ne s'arrête qu'un "certain temps", et c'est qu'il ne s'est pas arrêté ; ou bien il s'arrête définitivement, et les notions mêmes d'arrêt ou de fin n'ont pas de sens. Il n'y a d'arrêt que par rapport à un "après". Or, l'avant et l'après supposent le Temps. C'est que le Temps, pour nous, est l'horizon de l'être, et de tout être, également.

L'éternité ? Si c'était le contraire du temps, nous n'en pourrions rien savoir, rien penser, rien expérimenter. Il n'y aurait pas de poètes. Le temps ne demeure qu'à la condition de s'écouler, qui ne se donne que dans l'expérience de sa fuite, par quoi il nous échappe. Si le passé n'est pas, puisqu'il n'existe plus, l'avenir, lui, n'est pas encore. Quant au présent, il ne cesse d'instant en instant de s'abolir. Il est donc un passé puisqu'au moment même il entre dans ce qui n'est plus. Entre les deux existe ce que je dirai le passage de l'un à l'autre, mais insaisissable, inconsistant, sans durée puisqu'on peut penser que, pour l'esprit, il est composé, uniquement, de passé et d'avenir, qui… ne sont pas. Autrement dit, une fuite entre deux absences.

Comme on s'en rend compte, le temps est une entité étrange. Nous avons constamment affaire à lui, mais nous éprouvons le plus grande difficulté à dire ce qu'il est. Pour le poète, comment le temps, après ce que je viens d'énoncer, est-il donné dans la succession des vécus de la conscience ? Répondre à cette question n'est pas facile, et je ne prétends pas détenir la vérité absolue. Beaucoup de versificateurs l'ont décrit comme une "ligne", une sorte de "demi-droite" remontant dans le passé, marquant un simple point qu'est celui du présent, et se perdant dans le futur. La métaphore de "la ligne" suggère que passé et futur ont des similitudes, et qu'ils ont en commun une "réalité" qui serait l'infinité de la durée". À l'inverse, le présent ne semble qu'un "point". Il n'est donc qu'un rien entre deux infinis qui sont tout la durée.

Nous faut-il alors considérer que la "ligne" du temps établit le rapport véritable de ce que l'on pourrait nommer aussi "les dimensions temporelles" ? Ou bien faut-il voir dans cette métaphore une sorte de "trahison" de l'expérience, une sorte de traduction abusive du temps dans les valeurs de l'espace ? Vous voyez, mes amis, cela peut nous conduire très loin…

Comment un poète peut-il concevoir le passé qui advient à sa conscience ? À travers ses souvenirs, probablement. Sans un acte de rétention du passé dans la mémoire, cette mémoire eidétique dont j'ai souvent parlé, issue de notre plani-cerveau, il n'y aurait pas de conscience du passé, de ces images ressurgies et contenues dans notre inconscient. Car, dans le passé, l'intentionnalité de la conscience prend alors une forme spécifique, celle du rapport à un "objet" situé dans le passé sous forme de "souvenir".

Pour le poète, la conscience du passé suppose que dans le "maintenant de l'expérience" de l'écriture s'opère une rétention du vécu. Celui-ci, au lieu de disparaître dans le néant, s'enroule, en quelque sorte, dans les limbes de nos facultés mémorielles, de sorte qu'il suffit, parfois, d'un simple motif : un événement, une couleur, un parfum, une phrase pour que le souvenir soit "rappelé", avec la vie qui était la sienne, à ce moment là. Ce qui est remarquable, et qui mérite d'être souligné, c'est que ce souvenir porte en lui une intimité qui lui est propre. Le souvenir, en restituant "ce qui a été", introduit dans l'écriture du poète, la dimension de l'identité qui n'est autre que celle de l'intimité de l'ego. Ceci pourrait démontrer, je crois, que le passé est d'abord "conscience" et non une "réalité", au sens ordinaire. Ainsi, Saint Augustin écrit : "quand nous racontons véridiquement le passé, ce qui sort de la mémoire, ce n'est pas la réalité même, la réalité passée, mais des mots, conçus d'après des images qu'elle à fixés comme des traces dans mon esprit en passant par le sens".

On pourrait, à la lecture de ce passage, en tirer la conclusion suivante : ce qui est, habite seulement le présent, car la réalité se donne dans le présent. Le passé "était" la réalité au moment où il était présent, mais maintenant, il n'est plus que présent qui n'est plus. J'ai toujours soutenu que le passé est un mode qui appartient au propre de la conscience, car il ne nous est pas difficile de nous représenter le passé, étant donné qu'il est ainsi structuré dans le présent, à travers une rétention immanente aux lux de la conscience. Nous voyons, ainsi, que nos pensées viennent et s'en vont, que nos émotions sont passagères. Le temps crée de l'altérité puisqu'il engendre une continuelle métamorphose. Nous ne connaissons, dans le passé, que certains moments, des bribes d'évènements. Et nous mesurons notre passé au poids et à la densité de ces évènements qui y figurent. Ce n'est pas la durée chronologique qui importe, c'est la densité du vécu. Quand le passé paraît pauvre, il aura été lourd d'un temps qui ne s'écoule pas. Ce qui fait le passé n'est pas la "réalité", mais la présence des souvenirs, parce que les souvenirs sont d'abord un mode de conscience si important dans une destinée individuelle.

Ce qui me paraît peser sur la conscience, ce n'est pas l'irréalité qui, justement, ne peut avoir aucune influence, ce qui pèse, c'est la conscience elle-même, dans ses traces déposées dans la mémoire. Et les traces du passé sont très importantes puisqu'elles contribuent au sentiment de la continuité individuelle. Or, c'est cette continuité qui est habituellement perçue comme étant l'identité du "moi". Le passé résiduel peut obséder le présent, et l'acculer à la répétition continuelle des mêmes réactions. Il est donc essentiel de savoir en quelque sorte "mourir au passé" si je puis m'exprimer ainsi, pour laisser le passé à sa juste place et libérer le "présent", ce pas vers le futur. "Mourir au passé" peut devenir salutaire afin de libérer la conscience de ses entraves. En conclusion, je dirai que c'est le passé qui appartient à l'esprit lui-même, dans le développement du flux des vécus : une sorte d'intertextualité que l'on retrouve en poésie et en littérature.


LE TEMPS…

Le temps est la fonction d’infinité suprême,
Symbole du destin, suppôt de l’univers,
Son emprise est constante, il rejoint les extrêmes,
Sépare ou bien rapproche, il est souvent pervers.

Qu’il soit universel, solaire ou sidéral,
Son calcul rationnel n’est pas moindre mesure,
Il régit à lui seul, de son flux magistral,
Le chantier de la vie de par sa démesure.

Précaire, colossal ou bien vertigineux,
Il parcourt l’impalpable, il en est le génie,
Entraînant dans sa course en bonds faramineux,
Notre sort quotidien en sa quête infinie.

ANDRÉ


_________________
La poésie se nourrit aux source de la prose et s'embellit au concerto des mots. (André Laugier)
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Flamme
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MessageSujet: Re: Le temps et le poète (Essai)   Lun 24 Juil - 9:54

Une bien belle réflexion sur le temps André !
Pour le comprendre il faut l'être !
On est le temps, on essaye de le compter par le nombre de saisons qui viennent sans cesse les unes après les autres, nous le constatons et ces saisons font naître et mourir les êtres vivants, les végétaux, toute vie qui naît pour vieillir, se faner, mourir et pourtant renaître ...
Le temps n'est qu'un passage qui revient différent, certes, modifié par la raisonnement plus ou moins bon de l'Homme !
Bisous André et ce temps n'a pas fini de se faire parler de lui ! reflex bis2

Excellent moment passé avec nos amis de Dax, qui viennent sur Bordeaux le 4 Aout pour les 3 jours de fin de semaine ! On n'arrivait pas à terminer nos conversations et notre plaisir d'être ensemble !

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