LE COIN POÉTIQUE DE FRIPOU



 
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 Souvenir (2) Marius LAUGIER

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André Laugier

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MessageSujet: Souvenir (2) Marius LAUGIER   Jeu 20 Avr - 18:28




Marius LAUGIER

SOUVENIR (2)

La veine poétique une instant m’abandonne,
Je suis désespéré, ne le dis à personne,
Je pense, je compose, et jamais satisfait,
Je jette, au vent du ciel, tout ce que j’avais fait.
Mon cœur n’enfante plus la phrase savoureuse
Et dont la poésie est toujours amoureuse ;
Le présent, fade et vain dans sa stérilité
Me semble n’avoir plus de possibilité
D’épeler, de créer comme avant hier encore,
Des monuments de mots sur ma bouche sonore.
Souvenirs ! Souvenirs ! Qu’êtes-vous devenus ?
Chemins, arbres, rochers, où je vous ai connus,
Seriez-vous remplacés par des maisons de pierre ?
Le rosier aurait-il pris la place du lierre ?
Et le mur de clôture, à l’entour du jardin,
Etouffé, sous son poids, la ronce et le jasmin ?
Mais toi, que dirais-tu, si tu voyais, ma mère,
Sur ton seuil vénéré, l’ombre d’une étrangère,
Foulant le sol sacré de tes jeunes enfants,
Promenant des regards hautains et triomphants ?
Ta colère n’aurait alors plus de limite.
Je te raconterais comment et par la suite
Nous vînmes à louer, à regret la maison,
Non pas pour un été, mais toute la saison,
Non par besoin d’argent, que Dieu me le pardonne,
Car j’eusse mieux aimer n’y voir jamais personne,
Mais pour la préserver de l’orage et du temps
Afin qu’on l’entretînt, réparât tous les ans,
Cultivât le jardin, et que je pusse encore
Y voir une fois l’an les arbres que j’adore,
M’asseoir sur la terrasse, à l’ombre des rameaux,
Oublier, un moment, la douleur de mes maux.

Pouvoir dire en moi-même « Ici c’était sa place »
Lorsqu’elle se coiffait, se mirait dans sa glace,
La place de ma mère aussi près du lavoir,
Regardant ses pigeons autour de l’abreuvoir.
La giroflée en fleurs, après de la fenêtre,
Etale son albâtre au jour qui la fait naître,
Son parfum l’abandonne, et le vent caressant
L’aspire, et dans le ciel le remporte en passant,
Et toi, fils de l’amour, enfant de ce bocage,
Au printemps revenu, reprends-tu ton ramage ?
Vers l’astre de la nuit dirige tes concerts.
La lune qui te voit les entend dans les airs.
Bien des fois, vers minuit, assis sous le grand saule,
J’admirai ; dans les cieux, sa divine auréole,
En foule, mes pensés refluant vers mon front,
Je les analysais, debout contre le tronc
De l’arbre qui voilait un ciel noir sans nuage,
Et que je regardais à travers son feuillage.
Une ombre m’apparut, une enfant déjà femme,
C’était vers la mi-juin, les cerisiers en fleur
Embaumaient le jardin, extasiaient mon âme,
Dispersant dans les airs leurs multiples couleurs.
Elle avait l’âge, hélas ! du moment où l’on aime,
N’ayant jamais pensé qu’un instant à l’amour,
Ne sachant de ce mot ni crainte ni blasphème,
Pour l’avoir seulement, l’espace d’un seul jour,
Conservé dans son sein ; pour toute confidence
Sa lèvre murmurait une vieille romance
Dans l’air emprisonné de sa chambre, le soir.
Avait-elle un amant qu’elle voulût revoir ?
Le matin, quand l’oiseau chantait à sa fenêtre,
A peine recouverte, elle ouvrait le volet,
Saluait de sa voix le jour venant de naître ;
De sa lèvre entr’ouverte un baiser s’envolait.
L’adressait-elle à qui ? Nul ne pourra le dire,
Le cœur a des secrets que l’on ne peut sonder :
L’image d’une enfant est un léger sourire,
Et l’on perdrait son temps de les lui demander.

Vous dirais-je son nom ? Ce serait une offense,
Entre le ciel et moi c’est une confidence :
Aujourd’hui, sa fenêtre est close pour toujours.
Se seraient-ils éteints, ses beaux yeux de velours ?
Et pour me soulager de ma grande misère,
Je dirige mes pas le long du presbytère,
Gravis, sans y songer, le chemin de la croix,
Et sur son piédestal, abandonnant le poids
Dont mon âme est chargée à cette heure tardive,
J’incline, devant elle, une tête craintive,
Lui demander pourquoi ce bel ange inconnu
Après être parti, n’est jamais revenu ?
Tout à coup, une main, passant sur mes épaules,
J’entendis une voix exprimant ces paroles :
« Mon enfant, regardez le seigneur sur la croix,
Confessez-vous à lui pour la première fois.
Il exauce les voeux de l’homme solitaire ;
Mettez vous à genoux, faites votre prière, »
Me dit un jeune prêtre au regard bienveillant,
Vous serez soulagé comme en vous réveillant,
Vous serez soulagé de toute votre peine,
Je suis homme...de moi qu’un jour il vous souvienne...
« Homme de Dieu, merci ! » disais-je en m’en allant,
Mes secrets sont à moi, nul autre en me parlant
N’adoucira mon sort ; j’emporte ma blessure,
La couve, la nourris sans plainte ni murmure ;

Ma douleur entretient ma vie et mon espoir,
Sans elle, que serais-je, hélas ! quand vient le soir ?
C’est alors que, plus rien au cœur ni dans la tête,
Je ne combattais plus cette horrible tempête
Dont j’ai formé ma vie, à l’envers des humains ;
Ce monde qui tournoie et que j’ai sous les mains
Est pétri de mon sang, pour lui je le façonne,
Il a mes pleurs, mes cris ; tout ce qui l’environne
Me ressemble et, vaincu par cette identité,
Il devrait s’appeler mensonge et vérité.
Mensonge ! direz-vous, ce n’est pas un mensonge
De croire, en s’éveillant, à ce qui n’est qu’un songe.

La vérité rebelle, un instant, apparaît,
De son enchantement fait miroiter l’attrait.

Écrit à Marseille, le 23 novembre 1946.





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Flamme
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MessageSujet: Re: Souvenir (2) Marius LAUGIER   Sam 22 Avr - 22:51

Beaucoup de nostalgie sur cet écrit ! Des regrets d'avoir laissé la maison familiale à des personnes qui ont été, malgré eux, des intrus !
Une histoire raconté et entendu pour ne rien en oublier !
Pour bien la comprendre cette histoire, pleine de souvenirs, il faut rentrer dans l'intimité de cet homme !
Une écriture qui révèle des secrets , des pensées profondes où la vérité se transforme en espoir !
Je ne sais pas si j'ai pu un peu traduire ces vers et cette histoire de vie !
On n'ose essayer de comprendre, pour ne pas s'introduire dans ce songe qui ne nous appartient pas !
Un beau texte de ton père André ! Merci à Marius de nous dévoiler autant de sentiments !
bis berna2

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André Laugier

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MessageSujet: Re: Souvenir (2) Marius LAUGIER   Dim 23 Avr - 12:52

Flamme a écrit:
Beaucoup de nostalgie sur cet écrit ! Des regrets d'avoir laissé la maison familiale à des personnes qui ont été, malgré eux, des intrus !
Une histoire raconté et entendu pour ne rien en oublier !
Pour bien la comprendre cette histoire, pleine de souvenirs, il faut rentrer dans l'intimité de cet homme !
Une écriture qui révèle des secrets , des pensées profondes où la vérité se transforme en espoir !
Je ne sais pas si j'ai pu un peu traduire ces vers et cette histoire de vie !
On n'ose essayer de comprendre, pour ne pas s'introduire dans ce songe qui ne nous appartient pas !
Un beau texte de ton père André ! Merci à Marius de nous dévoiler autant de sentiments !
bis berna2


Très fine analyse que la tienne, FLAMME. Oui, Papa évoque tous les souvenirs de la maison familiale où il passa toute son enfance, à Istres, dans les Bouches du Rhône. C'est là que repose ses parents. Il serait long de détailler tous les évènements (heureux et malheureux) qui ont marqué cette période d'après guerre qui a bouleversé sa vie, car il y a perdu aussi sa sœur, très jeune, et il aimait aller se recueillir sur leurs tombes, très souvent.

MILLE merci !!!

MILLE bibi2 bibi2 bibi2

andre

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