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 Les plus beaux poèmes sur les animaux.

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André Laugier

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MessageSujet: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Dim 30 Oct - 11:01

LES PLUS BEAUX POÈMES SUR LES ANIMAUX

André GIDE a écrit : "Chaque animal n’est qu’un paquet de joie."

Nous pouvons observer comment les poètes utilisent les animaux, voire le symbolisme animalier en général, dans le but de dénoncer les vices et les défauts des hommes. Nous trouvons dans cette poésie un rapport analogique entre l'animal et l'homme. Il s'agit de prendre conscience de l'importance pour l'homme de garder et d'avoir un contact avec l'animal mis en valeur par son regard esthétique.

Pour le poète, le contact primordial avec l'animal tient en une réflexion philosophique et anthropologique sur les relations des humains et eux, et l'artiste doit s'accorder avec la nature et les animaux pour les peindre. L'accent n'est pas mis sur la contemplation et la célébration de la beauté animale, car, s'ils savent s'émerveiller devant les animaux, les poètes savent également prononcer des réquisitoires et dénoncer la barbarie humaine à leur égard. D'une seule voix, ils disent alors : "J'accuse !".

Ce sont bien souvent les poètes, les premiers, qui composent ce "Requiem" pour les animaux meurtris, blessés ou tués. Mais il écrivent aussi sur la beauté et sur la fragilité animale, car il est indubitable que cette espèce occupe une place de premier plan dans le processus de la création.

De tout temps, les poètes ont esquissé des représentations plus vraies et respectueuses de la nature profonde de l'animal, en décrivant dans leurs vers son comportement, en sachant les regarder "autrement" comme un "sujet", et non plus comme un "objet". Ils rompent avec l'exploitation allégorique de l'animal, qu'il soit sauvage ou domestique, démontrant qu'au travers des animaux nous pouvons nous reconnaître pour améliorer nos attitudes et nos agissements.

Dans ce salon, ouvert à tous, et dans lequel je vous invite à venir déposer vos propres poèmes ou d'autres textes poétiques sur nos amis les animaux, j'ai choisi de proposer une compilation des meilleures œuvres de poètes reconnus ou plus anonymes.

Merci par avance de l'accueil qui y sera réservé.

Thibault DESBORDES

LES EMPAILLÉS

Non qu’éprouve l’idée du vice
À l’averse d’ennui qui mord,
L’écluse sèche a la malice
D’empailler les oiseaux retords.
Ainsi noyés, et l’œil luisant
– Verre ou larmes, l’on ne sait trop -,
Ils n’ont de l’éclat séduisant
Qu’à peine un suc sous les haros.
D’indomptables, grands volatiles
Croulent sous l’attrait des poussières ;
Leurs belles ailes immobiles
Ont des garrots comme brassières.
Quand au soir, sous le jeu des ombres,
Leurs becs muets s’ouvrent et sonnent ;
Ignorant tout ; leur nom, leur nombre,
Ne murmurant que des consonnes,
Nous pouvons quelquefois entendre
– Du moins le disait-on jadis –
Un chant étrange, et voir s’étendre
Encore une aile sur l’abysse !
_________________

Charles BAUDELAIRE

LES CHATS

Les amoureux fervents et les savants austères
Aiment également, dans leur mûre saison,
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires.

Amis de la science et de la volupté,
Ils cherchent le silence et l’horreur des ténèbres ;
L’Erèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres,
S’ils pouvaient au servage incliner leur fierté.

Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
Qui semblent s’endormir dans un rêve sans fin ;

Leurs reins féconds sont pleins d’étincelles magiques,
Et des parcelles d’or, ainsi qu’un sable fin,
Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques.
__________________

Marceline DESBORDES-VALMORE

LE ROSSIGNOL AVEUGLE

Pauvre exilé de l’air ! Sans ailes, sans lumière,
Oh ! Comme on t’a fait malheureux !
Quelle ombre impénétrable inonde ta paupière !
Quel deuil est étendu sur tes chants douloureux !
Innocent Bélisaire ! Une empreinte brûlante
Du jour sur ta prunelle a séché les couleurs,
Et ta mémoire y roule incessamment des pleurs,
Et tu ne sais pourquoi Dieu fit la nuit si lente !
Et Dieu nous verse encor la nuit égale au jour.
Non ! Ta nuit sans rayons n’est pas son triste ouvrage.
Il ouvrit tout un ciel à ton vol plein d’amour,
Et ton vol mutilé l’outrage !

Par lui ton coeur éteint s’illumine d’espoir.
Un éclair qu’il allume à ton horizon noir
Te fait rêver de l’aube, ou des étoiles blanches
Ou d’un reflet de l’eau qui glisse entre les branches

Des bois que tu ne peux plus voir !
Et tu chantes les bois, puisque tu vis encore.
Tu chantes : pour l’oiseau, respirer, c’est chanter.
Mais quoi ! Pour moduler l’ennui qui te dévore,

Sous le voile vivant qui te cache l’aurore,
Combien d’autres accents te faut-il inventer !
Un coeur d’oiseau sait-il tant de notes plaintives ?
Ah ! Quand la liberté soufflait dans tes chansons,
Qu’avec ravissement tes ailes incaptives
Dans l’azur sans barrière emportaient ses leçons !
Douce horloge du soir aux saules suspendue,
Ton timbre jetait l’heure aux pâtres dispersés ;
Mais le timbre égaré dans ta clarté perdue
Sonne toujours minuit sur tes chants oppressés.

Tes chants n’éveillent plus la pâle primevère
Qui meurt sans recevoir les baisers du soleil,
Ni le souci fermé sous le doigt du sommeil
Qui se rouvre baigné d’une rosée amère ;
Tu ne sais plus quel astre éclaire tes instants ;
Tu bois, sans les compter, tes heures de souffrance ;
Car la veille sans espérance
Ne sent pas la fuite du temps !

Tu ne vas plus verser ton hymne sur la rose,
Ni retremper ta voix dans le feu qui l’arrose.
Cette haleine d’encens, ce parfum tant aimé,
C’est l’amour qui fermente au fond d’un coeur fermé ;
Et ton coeur contre ta cage
Se jette avec désespoir ;
Et l’on rit du vain courage
Qui heurte ton esclavage
Sur un barreau sanglant que tu ne peux mouvoir.

Du fond de ton sépulcre un cri lent et sonore
Dénonce tes malheurs autre part entendus ;
Ton oeil vide s’ouvre encore
Pour saluer une aurore
Que l’homme n’éteindra plus !
Ce jour que l’esclave envie
Du moins changera son sort,
Et je sais trop de la vie,
Pour médire de la mort !

Chante la liberté, prisonnier ! Dieu t’écoute.
Allons ! Nous voici deux à chanter devant lui.
J’ai su dire ma joie, et je sais aujourd’hui
Ce qu’un son douloureux te coûte !
Chante pour tes bourreaux qui daignent te nourrir,
Qui t’ont ravi des cieux la flamme épanouie :
Tes cris font des accords, ton deuil les désennuie ;
Si ta douleur s’enferme, ils te feront mourir !
Chante donc ta douleur profonde,
Ton désert au milieu du monde,
Ton veuvage, ton abandon ;
Dis, dis quelle amertume affreuse
Rend la liberté douloureuse
Pour qui n’en sait plus que le nom !

Dis qu’il fait froid dans ta pensée,
Comme quand une voix glacée
Souffla sur le feu de mon coeur
Pour éteindre aussi la lumière
D’une espérance, – la première,
Que je prenais pour le bonheur !
Laisse ton hymne désolée,
Comme l’eau dans une vallée,
S’épancher sur tes sombres jours,
Et que l’espoir filtre toujours
Au fond de ta joie écoulée !

À SUIVRE...



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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Dim 30 Oct - 21:29

Merci André de nous déposer ces vers sur les animaux, inconnus le plus souvent !
Dans le but de dénoncer les vices et les défauts des hommes comme La Fontaine et certainement bien d'autres !
Je pense que nous allons tous y participer !
Bonne soirée ! calinchat bisounours

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André Laugier

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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Lun 31 Oct - 18:07

Flamme a écrit:
Merci André de nous déposer ces vers sur les animaux, inconnus le plus souvent !
Dans le but de dénoncer les vices et les défauts des hommes comme La Fontaine et certainement bien d'autres !
Je pense que nous allons tous y participer !
Bonne soirée ! calinchat bisounours

Que de vers charmants ont été composés à l'endroit de nos amis les bêtes. LA FONTAINE, comme tu le soulignes avec raison, fait partie de ces poètes qui ont choisi les animaux pour dénoncer tous les vices des hommes. D'autres poètes, dans un registre différent, décrivent la cruauté et l'acharnement du genre humain sur certaines espèces, pour le profit. Une certaine catégorie, enfin, nous peint, grâce à la magie des vers, le comportement de ces être vivants doués de sensibilité et auxquels nous devons le respect.

merci FLAMME ET FRIPOU, d'avoir accepté de créer un salon dans lequel nous pourrons nous exprimer personnellement avec nos œuvres, ou découvrir de splendides écrits, très touchants, qui vont constituer, en quelque sorte, ce "bestiaire".

DE GROS bibi2 bibi2 bibi2

CARPE DIEM

andre


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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Lun 31 Oct - 18:19


Victor HUGO

UN GROUPE TOUT À L'HEURE...

Un groupe tout à l’heure était là sur la grève,
Regardant quelque chose à terre. – Un chien qui crève !
M’ont crié des enfants ; voilà tout ce que c’est. –
Et j’ai vu sous leurs pieds un vieux chien qui gisait.
L’océan lui jetait l’écume de ses lames.
– Voilà trois jours qu’il est ainsi, disaient des femmes,
On a beau lui parler, il n’ouvre pas les yeux.
– Son maître est un marin absent, disait un vieux.
Un pilote, passant la tête à sa fenêtre,
A repris : – Ce chien meurt de ne plus voir son maître.
Justement le bateau vient d’entrer dans le port ;
Le maître va venir, mais le chien sera mort. –
Je me suis arrêté près de la triste bête,
Qui, sourde, ne bougeant ni le corps ni la tête,
Les yeux fermés, semblait morte sur le pavé.
Comme le soir tombait, le maître est arrivé,
Vieux lui-même ; et, hâtant son pas que l’âge casse,
A murmuré le nom de son chien à voix basse.
Alors, rouvrant ses yeux pleins d’ombre, exténué,
Le chien a regardé son maître, a remué
Une dernière fois sa pauvre vieille queue,
Puis est mort. C’était l’heure où, sous la voûte bleue,
Comme un flambeau qui sort d’un gouffre, Vénus luit ;
Et j’ai dit : D’où vient l’astre ? où va le chien ? ô nuit…
__________________

Jean RICHEPIN

OISEAUX DE PASSAGE

C’est une cour carrée et qui n’a rien d’étrange :
Sur les flancs, l’écurie et l’étable au toit bas ;
Ici près, la maison ; là-bas, au fond, la grange
Sous son chapeau de chaume et sa jupe en plâtras.
Le bac, où les chevaux au retour viendront boire,
Dans sa berge de bois est immobile et dort.
Tout plaqué de soleil, le purin à l’eau noire
Luit le long du fumier gras et pailleté d’or.
Loin de l’endroit humide où gît la couche grasse,
Au milieu de la cour, où le crottin plus sec
Riche de grains d’avoine en poussière s’entasse,
La poule l’éparpille à coups d’ongle et de bec.
Plus haut, entre les deux brancards d’une charrette,
Un gros coq satisfait, gavé d’aise, assoupi,
Hérissé, l’œil mi-clos recouvert par la crête,
Ainsi qu’une couveuse en boule est accroupi.
Des canards hébétés voguent, l’oeil en extase.
On dirait des rêveurs, quand, soudain s’arrêtant,
Pour chercher leur pâture au plus vert de la vase
Ils crèvent d’un plongeon les moires de l’étang.
Sur le faîte du toit, dont les grises ardoises
Montrent dans le soleil leurs écailles d’argent,
Des pigeons violets aux reflets de turquoises
De roucoulements sourds gonflent leur col changeant.
Leur ventre bien lustré, dont la plume est plus sombre,
Fait tantôt de l’ébène et tantôt de l’émail,
Et leurs pattes, qui sont rouges parmi cette ombre,
Semblent sur du velours des branches de corail.
Au bout du clos, bien loin, on voit paître les oies,
Et vaguer les dindons noirs comme des huissiers.
Oh ! qui pourra chanter vos bonheurs et vos joies,
Rentiers, faiseurs de lards, philistins, épiciers ?
Oh ! vie heureuse des bourgeois ! Qu’avril bourgeonne
Ou que décembre gèle, ils sont fiers et contents.
Ce pigeon est aimé trois jours par sa pigeonne ;
Ca lui suffit, il sait que l’amour n’a qu’un temps.
Ce dindon a toujours béni sa destinée.
Et quand vient le moment de mourir il faut voir
Cette jeune oie en pleurs : » C’est là que je suis née ;
Je meurs près de ma mère et j’ai fait mon devoir. «
Elle a fait son devoir ! C’est à dire que oncque
Elle n’eut de souhait impossible, elle n’eut
Aucun rêve de lune, aucun désir de jonque
L’emportant sans rameurs sur un fleuve inconnu.
Elle ne sentit pas lui courir sous la plume
De ces grands souffles fous qu’on a dans le sommeil,
pour aller voir la nuit comment le ciel s’allume
Et mourir au matin sur le coeur du soleil.
Et tous sont ainsi faits ! Vivre la même vie
Toujours pour ces gens-là cela n’est point hideux
Ce canard n’a qu’un bec, et n’eut jamais envie
Ou de n’en plus avoir ou bien d’en avoir deux.
Aussi, comme leur vie est douce, bonne et grasse !
Qu’ils sont patriarcaux, béats, vermillonnés,
Cinq pour cent ! Quel bonheur de dormir dans sa crasse,
De ne pas voir plus loin que le bout de son nez !
N’avoir aucun besoin de baiser sur les lèvres,
Et, loin des songes vains, loin des soucis cuisants,
Posséder pour tout cœur un viscère sans fièvres,
Un coucou régulier et garanti dix ans !
Oh ! les gens bienheureux !… Tout à coup, dans l’espace,
Si haut qu’il semble aller lentement, un grand vol
En forme de triangle arrive, plane et passe.
Où vont-ils ? Qui sont-ils ? Comme ils sont loin du sol !
Les pigeons, le bec droit, poussent un cri de flûte
Qui brise les soupirs de leur col redressé,
Et sautent dans le vide avec une culbute.
Les dindons d’une voix tremblotante ont gloussé.
Les poules picorant ont relevé la tête.
Le coq, droit sur l’ergot, les deux ailes pendant,
Clignant de l’œil en l’air et secouant la crête,
Vers les hauts pèlerins pousse un appel strident.
Qu’est-ce que vous avez, bourgeois ? soyez donc calmes.
Pourquoi les appeler, sot ? Ils n’entendront pas.
Et d’ailleurs, eux qui vont vers le pays des palmes,
Crois-tu que ton fumier ait pour eux des appas ?
Regardez-les passer ! Eux, ce sont les sauvages.
Ils vont où leur désir le veut, par-dessus monts,
Et bois, et mers, et vents, et loin des esclavages.
L’air qu’ils boivent ferait éclater vos poumons.
Regardez-les ! Avant d’atteindre sa chimère,
Plus d’un, l’aile rompue et du sang plein les yeux,
Mourra. Ces pauvres gens ont aussi femme et mère,
Et savent les aimer aussi bien que vous, mieux.
Pour choyer cette femme et nourrir cette mère,
Ils pouvaient devenir volaille comme vous.
Mais ils sont avant tout les fils de la chimère,
Des assoiffés d’azur, des poètes, des fous.
Ils sont maigres, meurtris, las, harassés. Qu’importe !
Là-haut chante pour eux un mystère profond.
A l’haleine du vent inconnu qui les porte
Ils ont ouvert sans peur leurs deux ailes. Ils vont.
La bise contre leur poitrail siffle avec rage.
L’averse les inonde et pèse sur leur dos.
Eux, dévorent l’abîme et chevauchent l’orage.
Ils vont, loin de la terre, au dessus des badauds.
Ils vont, par l’étendue ample, rois de l’espace.
Là-bas, ils trouveront de l’amour, du nouveau.
Là-bas, un bon soleil chauffera leur carcasse
Et fera se gonfler leur cœur et leur cerveau.
Là-bas, c’est le pays de l’étrange et du rêve,
C’est l’horizon perdu par delà les sommets,
C’est le bleu paradis, c’est la lointaine grève
Où votre espoir banal n’abordera jamais.
Regardez-les, vieux coq, jeune oie édifiante !
Rien de vous ne pourra monter aussi haut qu’eux.
Et le peu qui viendra d’eux à vous, c’est leur fiente.
Les bourgeois sont troublés de voir passer les gueux.
__________________


Auguste LACAUSSADE

LES OISEAUX

Enfants des airs, heureux oiseaux, lyres ailées,
Qui passez si légers, si libres dans les champs ;
Hôtes harmonieux des monts et des vallées,
Qui dépensez vos jours dans la joie et les chants ;
Poètes qui chantez en tous lieux, à toute heure,
Ignorant les soucis dont l’homme est agité ;
Qui, le soir, dans les bois trouvez une demeure,
Et dans l’air, le matin, trouvez la liberté ;
Rivaux heureux, rivaux aux chansons éternelles,
Que je vous porte envie en vous suivant des yeux !
Quand la terre a blessé vos pieds, ouvrant les ailes,
Vous pouvez fuir du moins et monter vers les cieux.
Vous prodiguant les biens dont la nature est pleine,
Le sort vous livre tout sans lutte et sans combats ;
Sans suspendre vos chants vous trouvez dans la plaine
L’eau claire et l’épi mûr que nous n’y trouvons pas.
Le ciel qui vous sourit est pour nous bien austère ;
Il a courbé nos jours sous un bien lourd fardeau :
Pour rafraîchir les fronts que la pensée altère,
Les rameaux n’ont point d’ombre et les fleurs n’ont point d’eau.
Chanteurs favorisés, ô voix pleines de charmes !
Oui ! la terre vous aime, oui ! le sort vous est doux.
Bénissez donc le ciel, oiseaux, gosiers sans larmes !
Bénissez-le pour vous et priez-le pour nous !
Priez Dieu qu’il nous fasse, après les jours contraires,
Et des cieux plus cléments et des soleils meilleurs ;
Priez Dieu pour qu’il donne aux poètes, vos frères,
Un épi dans la plaine et de l’eau dans les fleurs.
__________________


Charles LECONTE DE LISLE

LES ÉLÉPHANTS

Le sable rouge est comme une mer sans limite,
Et qui flambe, muette, affaissée en son lit.
Une ondulation immobile remplit
L’horizon aux vapeurs de cuivre où l’homme habite.

Nulle vie et nul bruit. Tous les lions repus
Dorment au fond de l’antre éloigné de cent lieues,
Et la girafe boit dans les fontaines bleues,
Là-bas, sous les dattiers des panthères connus.

Pas un oiseau ne passe en fouettant de son aile
L’air épais où circule un immense soleil.
Parfois quelque boa, chauffé dans son sommeil,
Fait onduler son dos dont l’écaille étincelle.

Tel l’espace enflammé brûle sous les cieux clairs ;
Mais, tandis que tout dort aux mornes solitudes,
Les éléphants rugueux, voyageurs lents et rudes,
Vont au pays natal à travers les déserts.

D’un point de l’horizon, comme des masses brunes,
Ils viennent, soulevant la poussière et l’on voit,
Pour ne point dévier du chemin le plus droit,
Sous leur pied large et sûr crouler au loin les dunes.

Celui qui tient la tête est un vieux chef. Son corps
Est gercé comme un tronc que le temps ronge et mine ;
Sa tête est comme un roc, et l’arc de son échine
Se voûte puissamment à ses moindres efforts.

Sans ralentir jamais et sans hâter sa marche,
Il guide au but certain ses compagnons poudreux ;
Et creusant par derrière un sillon sablonneux,
Les pèlerins massifs suivent leur patriarche.

L’oreille en éventail, la trompe entre les dents,
Ils cheminent, l’œil clos. Leur ventre bat et fume,
Et leur sueur dans l’air embrasé monte en brume,
Et bourdonnent autour mille insectes ardents.

Mais qu’importent la soif et la mouche vorace,
Et le soleil cuisant leur dos noir et plissé ?
Ils révent en marchant du pays délaissé,
Des forêts de figuiers où s’abrita leur race.

Ils reverront le fleuve échappé des grands monts,
Où nage en mugissant l’hippopotame énorme ;
Où, blanchis par la lune, et projetant leur forme,
Ils descendaient pour boire en écrasant les joncs.

Aussi, pleins de courage et de lenteur ils passent
Comme une ligne noire, au sable illimité ;
Et le désert reprend son immobilité
Quand les lourds voyageurs à l’horizon s’effacent.


À SUIVRE...


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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Mar 1 Nov - 11:56


Théophile GAUTIER

LES COLOMBES

Sur le coteau, là-bas où sont les tombes,
Un beau palmier, comme un panache vert,
Dresse sa tête, où le soir les colombes
Viennent nicher et se mettre à couvert.
Mais le matin elles quittent les branches ;
Comme un collier qui s’égrène, on les voit
S’éparpiller dans l’air bleu, toutes blanches,
Et se poser plus loin sur quelque toit.
Mon âme est l’arbre où tous les soirs, comme elles,
De blancs essaims de folles visions
Tombent des cieux en palpitant des ailes,
Pour s’envoler dès les premiers rayons.
_________________

Jules BRETON

LES CIGALES

Lorsque dans l’herbe mûre aucun épi ne bouge,
Qu’à l’ardeur des rayons crépite le froment,
Que le coquelicot tombe languissamment
Sous le faible fardeau de sa corolle rouge,

Tous les oiseaux de l’air ont fait taire leurs chants ;
Les ramiers paresseux, au plus noir des ramures,
Somnolents, dans les bois, ont cessé leurs murmures,
Loin du soleil muet incendiant les champs.

Dans les blés, cependant, d’intrépides cigales
Jetant leurs mille bruits, fanfare de l’été,
Ont frénétiquement et sans trêve agité
Leurs ailes sur l’airain de leurs folles cymbales.

Frémissantes, debout sur les longs épis d’or,
Virtuoses qui vont s’éteindre avant l’automne,
Elles poussaient au ciel leur hymne monotone,
Qui dans l’ombre des nuits retentissait encor.

Et rien n’arrêtera leurs cris intarissables;
Quand on les chassera de l’avoine et des blés,
Elles émigreront sur les buissons brûlés
Qui se meurent de soif dans les déserts de sables.

Sur l’arbuste effeuillé, sur les chardons flétris
Qui laissent s’envoler leur blanche chevelure,
On reverra l’insecte à la forte encolure.
Plein d’ivresse, toujours s’exalter dans ses cris ;

Jusqu’à ce qu’ouvrant l’aile en lambeaux arrachée,
Exaspéré, brûlant d’un feu toujours plus pur,
Son œil de bronze fixe et tendu vers l’azur,
Il expire en chantant sur la tige séchée.
__________________

Charles BAUDELAIRE

LE CHAT

Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d’agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s’enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

Et, des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum
Nagent autour de son corps brun.
__________________

Antoine-Vincent ARNAULT (1766-1834)

LE CHIEN DE CHASSE ET LE CHIEN DE BERGER

Un bon chien de berger, au coin d'une forêt,
Rencontre un jour un chien d'arrêt.
On a bientôt fait connaissance.
À quelques pas, d'abord, on s'est considéré,
L'oreille en l'air ; puis on s'avance ;
Puis, en virant la queue, on flaire, on est flairé ;
Puis enfin l'entretien commence.
Vous, ici ! dit avec un ris des plus malins,
Au gardeur de brebis, le coureur de lapins ;
Qui vous amène au bois ? Si j'en crois votre race,
Mon ami, ce n'est pas la chasse.
Tant pis ! c'est un métier si noble pour un chien !
Il exige, il est vrai, l'esprit et le courage,
Un nez aussi fin que le mien,
Et quelques mois d'apprentissage.
S'il est ainsi, répond, d'un ton simple et soumis,
Au coureur de lapins, le gardeur de brebis,
Je bénis d'autant plus le sort qui nous rassemble.
Un loup, la terreur du canton,
Vient de nous voler un mouton ;
Son fort est près d'ici, donnons-lui chasse ensemble.
Si vous avez quelque loisir,
Je vous promets gloire et plaisir,
Les loups se battent à merveille ;
Vingt fois par eux au cou je me suis vu saisir ;
Mais on peut au fermier rapporter leurs oreilles ;
Notre porte en fait foi. Marchons donc. Qui fut pris ?
Ce fut le chien d'arrêt. Moins courageux que traître,
Comme aux lapins, parfois il chassait aux perdrix ;
Mais encor fallait-il qu'il fût avec son maître.
« Serviteur ; à ce jeu je n'entends rien du tout.
J'aime la chasse et non la guerre :
Tu cours sur l'ennemi debout,
Et moi j'attends qu'il soit par terre. »
__________________

Marceline DESBORDES-VALMORE

DEUX CHIENS

Deux vrais amis, deux chiens arrêtés dans la rue,
Causaient, s’entreplaignaient du départ des beaux jours,
Ceux qu’on nomme l’enfance et qu’on rêve toujours,
Cette aurore si vive et sitôt disparue!

O jeux sans esclavage! ô festins enchantés!
Par tout ce qui s’en va vous êtes regrettés;
On ne connaît chez vous de maître qu’une mère;
Et cette ambitieuse est facile à servir:
Le bonheur du plus faible est sa seule chimère;
C’est à force d’amour qu’elle veut asservir!

Les deux chiens en pleuraient. Les chiens ont-ils une ame?
Ce qui les fait penser, est-ce un peu de la flamme
Qui me luit: Dieu le sait? ils pleurèrent d’abord,
Grincèrent au présent et s’attristèrent fort.
Puis, celui qui des deux aimait encore à rire,
Cria: nous sommes fous, je suis prêt à l’écrire,
Rappeler au bonheur devrait être un plaisir;
Le bien qui fut mon frère est plus sûr qu’un désir,
Et nous le déplorons à nous rendre malade;
Nous regardons la vie avec des yeux troublés;
Le soleil est-il mort? les deux sont-ils voilés?
Nos pieds sont-ils aux fers? courons, mon camarade!

-«Vous m’égayez toujours! répond le moins heureux,
Le moins libre, je pense, et le moins amoureux,
Dont la condition semble seule adoucie
Par l’honneur d’être chien d’un lord,
Et par l’anneau qui ferme avec un secret d’or
Sa cravate en cuir de Russie.

«Oui, frère, touchez-là; nous sommes un peu fous;
Mais je veux, dès demain, l’oublier avec vous:
Nous recevrons demain; je veux dire mon maître,
L’hôtel sera bruyant; voulez-vous le connaître?
C’est là: venez demain! mais pour y pénétrer,
Ne vous fourvoyez pas: laissez d’abord entrer
Les parents, les amis: par un orgueil étrange,
Mon maître pour les siens jamais ne se dérange,
Car mon maître est très noble et ne leur doit qu’un pas.
Mais lorsque vous verrez dans ses jeunes appas,
Une belle…une fleur! de son frêle équipage
S’élancer en oiseau sur le bras de son page,
Entrez sans vous courber, sans craindre les refus:
Quand mon maître la voit, mon maître n’y voit plus!
Et de rire, un landau roulant vient les distraire.
«La porte s’ouvre; adieu, je vous quitte, mon frère;
Car on siffle après moi. Quand il revient des champs,
Mon maître autour de lui veut avoir tous ses gens.»

Castor pressant le pas médite sa parure,
Il n’avait de six mois démêlé sa fourrure,
Car son maître est si pauvre et si peu glorieux,
Et si laborieux!
L’artisan voit sitôt la fin de sa journée,
Qu’il pèse le moment comme un riche, l’année.
Du luxe leur grenier n’offrait pas le tableau,
Et Castor se baignait quand il tombait de l’eau.
Il en cherche ce soir: on ne veut pas déplaire;
On égaie un festin d’une robe plus claire,
Et sans l’anneau doré de ses frères les lords,
Il lava sa misère; elle fut belle alors!

Quand il sortit lavé, les chiens du voisinage,
Une blanche levrette à l’avril de son âge.
Qui déjà le voyait d’un oeil humide et doux,
Accourut pour savoir, ils accoururent tous:
Il conta sa fortune à l’amante modeste,
Et puis plus bas: «ce soir je vous dirai le reste.»
La tremblante levrette entendit ses adieux,
Le salua pensive et le suivit des yeux.

Ce jour gros d’une fête éclate d’espérance;
Et revêt pour Castor sa plus rose apparence;
Il va cueillir ses fruits au toit de l’amitié,
Et du bonheur qui mange apprendre la moitié!
Tous les gardiens sont hors de la cuisine; ô joie!
La broche tourne seule; on flaire! on peut choisir;
L’eau leur en vient du cour et prêts à s’en saisir,
Ils dansent autour de leur proie!
Elle est lourde et brûlante, il faut la partager.
Ciel! si près du plaisir pourquoi donc le danger?
Laissez-leur ce bazar dont l’odeur les enchante;
Point! dans l’hôtel en vain l’on s’enivre, l’on chante,
L’orage couve et gronde: un marmiton hideux,
Et prompt comme la mort s’élance au milieu d’eux:
Il épargne Pollux qui hurle et qui se nomme;
Et jette au vent Castor, l’indigent gastronome!
Tournoyant et troublé, mais retenant ses cris,
Castor tombe au milieu des chiens errants surpris,
Qui rassemblés en club à la porte fermée,
Mangeaient plus noblement leur pain à la fumée.

Regarde avant d’entrer par où tu peux sortir:
Malheureux, rire avec les heureux, c’est mentir!

À SUIVRE...


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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Mar 1 Nov - 15:55

Bonjour André, le poème de V.hugo m'a fait verser quelques larmes... ce pauvre chien attendait pour mourir, de revoir son maître !
Le denier souffle, pour celui que l'on aime !
C'est le merveilleux cadeau de l'amour, celui qui sera éternel !
Les animaux ne parlent qu'avec leur coeur quand ils aiment, sans mensonge, sans autre pensée que d'aimer !

Les autres comme oiseaux de passage sont très bien écrits, certes, surtout quand Jean Ricepin parle de ces oiseaux sauvages, grues, oies, qui partent faire des kms pour aller vers des pays plus chauds.
J'ai bien aimé ce passage ...je trouve seulement que leur écrit est un peu trop long !
Pour en apprécier aux vers, leur harmonie, leur métaphore, leur limpidité, cela est plus difficile quand l'histoire est trop longue !

Ils sont quand même écrits avec talent ces poèmes !
calinchat bisounours


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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Mer 2 Nov - 11:32

Flamme a écrit:
Bonjour André, le poème de V.hugo m'a fait verser quelques larmes... ce pauvre chien attendait pour mourir, de revoir son maître !
Le denier souffle, pour celui que l'on aime !
C'est le merveilleux cadeau de l'amour, celui qui sera éternel !
Les animaux ne parlent qu'avec leur coeur quand ils aiment, sans mensonge, sans autre pensée que d'aimer !

Les autres comme oiseaux de passage sont très bien écrits, certes, surtout quand Jean Richepin parle de ces oiseaux sauvages, grues, oies, qui partent faire des kms pour aller vers des pays plus chauds.
J'ai bien aimé ce passage ...je trouve seulement que leur écrit est un peu trop long !
Pour en apprécier aux vers, leur harmonie, leur métaphore, leur limpidité, cela est plus difficile quand l'histoire est trop longue !

Ils sont quand même écrits avec talent ces poèmes !
calinchat  bisounours


Tes mots me procurent un grand bien être de lecture, FLAMME, tant on y perçoit cet engagement farouche et déterminé dans tous tes articles et poèmes, lorsqu'il s'agit de défendre la cause animale. Il y a, dans tes prises de position, ce supplément d'âme qui met l'auteur au bout de sa plume devant les horreurs commises, et ton écriture véhicule toujours beaucoup d'émotion pour exprimer toute l'humanité qu'il y a en toi.

merci2 pour tes appréciations à l'endroit de ces quelques poèmes postés jusqu'à présent.

DE GROS bibi2 marseillais.

CARPE DIEM

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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Mer 2 Nov - 12:07


René DOMENGET

LA CORRIDA

Les cuivres ont sonné dans le ciel de Séville,
Réveillant les ardeurs des fougueux Andalous,
Séduisants Hidalgos au regard qui pétille,
Aux lèvres mi-closes cachant des dents de loup.
De ces loups assoiffés du sang de leur victime,
Pauvre bête élevée pour n’avoir qu’un seul sort,
Et qui en un seul jour, en un combat ultime,
N’a jamais qu’un seul choix : y rencontrer la mort.

Il arrive au galop au centre de l’arène,
Effrayé par les cris qui montent des gradins,
De ses puissants naseaux s’échappe son haleine,
Et sa tête balance au son des tambourins.
Il regarde au lointain les capes couleur d’or,
Qu’agitent devant lui les banderilleros,
Il entend annoncer l’entrée du picador,
Qu’accueillent les vivats des aficionados.

Il ressent, au garrot, une brûlure intense,
Que provoque la pique enfoncée dans sa chair,
Douleur qui disparaît, puis revient la souffrance
La banderille a jailli semblable à l'éclair.
Le sang suinte alors de l’échine luisante
Du robuste animal, face au grand matador
Mesurant du regard cette masse puissante,
Qui gratte du sabot le sable au reflet d’or.

Puis se déclenche enfin une danse infernale,
La rouge muleta voltige devant lui,
Comme pour endormir cette force brutale,
Dissimulant le fer sur qui le soleil luit.
Le brillant torero place les véroniques,
Faisant virevolter le pauvre être affolé,
Tandis que dans les airs s’élève la musique,
Paso Doble endiablé que rythme les "Olé!".

Le silence est tombé, voilà que devant nous,
L'estocade a soudain fait tonner les bravos,
Quand devant son vainqueur il plie les deux genoux,
Qui nous dira jamais, ce que sent le taureau.
__________________

Armand DUPLAIX

LA CORRIDA

Une immense clameur s’envole de l’arène,
Elle porte la joie teintée de cris de haine,
Soit pour encourager le brillant torero,
Ou marquer de mépris l’infortuné taureau.
Les deux protagonistes s’affrontent face à face,
L’un charge tête basse, d’un pas l’autre s’efface.
On peut se demander qui est le plus féroce,
L’homme use de la ruse, la bête de la force.
L’un poussé par l’orgueil dans l’habit de lumière,
L’autre dont les naseaux soulèvent la poussière.
Entre les adversaires le choix est incertain,
Qui possède des deux le plus bestial instinct ?
Climat de cruauté qui partout se ressent,
Par la foule qui hurle son appétit de sang.
Le taureau charge encore ce chiffon qui l’intrigue.
Ses multiples assauts provoquent sa fatigue.
Il croit être l’objet d’un jeu un peu futile,
Et arrête un moment ses efforts inutiles.
Il se tient à l’écart, un instant se repose,
Cherchant bien vainement à marquer une pause.
L’homme n’est pas méchant suppose l’animal,
Jamais jusqu’à ce jour il ne me fit du mal.
Venus d’on ne sait où surgissent deux complices,
Chargés de débuter un horrible supplice.
Ils sont armés de lances à la pointe effilée
Et courent tout autour de la bête affolée.
Chacun des projectiles vient pénétrer le flanc,
Maculant le pelage d’un long sillon sanglant,
Le sémillant regard prend des éclats plus mornes,
La bête ne sait plus où donner de la corne.
Il trébuche et s’affaisse sur ses genoux pliés,
Et prend une posture comme pour supplier.
Les gradins en folie qui hurlent de passion,
Excusent la torture appelée tradition.
Un affreux meuglement de la gueule écumante
Vient alors renforcer la scène d’épouvante.
Et l’altier torero qui veut toujours frapper,
Déploie sa muleta où se cache une épée.
L’un veut échapper aux affres de l’enfer,
Au défaut de l’épaule, l’autre plonge le fer.
Se croyant plein de gloire l’homme salue la foule,
Alors qu’à gros bouillons, à ses pieds, le sang coule.
On voit dans les gradins des scènes d’hystérie
De spectateurs venus admirer la tuerie.
Si l’on n’a pas besoin d’aller dans une arène
Pour avoir une idée de la bêtise humaine,
On y trouve, ajouté à l’imbécillité,
Un méprisable instinct de basse cruauté.
Si celui qu’aujourd’hui on prend pour un héros,
Tombe un jour sous les coups des cornes du taureau.
On verra s’il maintient toujours sa conviction,
De ce qu’il ose encore appeler tradition.
Pourtant le torero n'est pas le seul coupable,
Bien qu’il vienne prouver ce dont l’homme est capable
Mais ceux qui sont venus applaudir au spectacle,
Et porter la torture au sommet du pinacle.
Ils retournent chez eux heureux et triomphants
Hélas ! trois fois hélas, éduquer leurs enfants.
__________________

Charles LECONTE DE LISLE

LES TAUREAUX

Les plaines de la mer, immobiles et nues,
Coupent d’un long trait d’or la profondeur des nues.
Seul, un rose brouillard, attardé dans les cieux,
Se tord languissamment comme un grêle reptile
Au faîte dentelé des monts silencieux.
Un souffle lent, chargé d’une ivresse subtile,
Nage sur la savane et les versants moussus
Où les taureaux aux poils lustrés, aux cornes hautes,
À l’oeil cave et sanglant, musculeux et bossus,
Paissent l’herbe salée et rampante des côtes.
Deux nègres d’Antongil, maigres, les reins courbés,
Les coudes aux genoux, les paumes aux mâchoires,
Dans l’abêtissement d’un long rêve absorbés,
Assis sur les jarrets, fument leurs pipes noires.
Mais, sentant venir l’ombre et l’heure de l’enclos,
Le chef accoutumé de la bande farouche,
Une bave d’argent aux deux coins de la bouche,
Tend son mufle camus, et beugle sur les flots.
_________________

Guy De MAUPASSANT

LES OIES SAUVAGES

Tout est muet, l’oiseau ne jette plus ses cris.
La morne plaine est blanche au loin sous le ciel gris.
Seuls, les grands corbeaux noirs, qui vont cherchant leurs proies,
Fouillent du bec la neige et tachent sa pâleur.

Voilà qu’à l’horizon s’élève une clameur ;
Elle approche, elle vient, c’est la tribu des oies.
Ainsi qu’un trait lancé, toutes, le cou tendu,
Allant toujours plus vite, en leur vol éperdu,
Passent, fouettant le vent de leur aile sifflante.

Le guide qui conduit ces pèlerins des airs
Delà les océans, les bois et les déserts,
Comme pour exciter leur allure trop lente,
De moment en moment jette son cri perçant.

Comme un double ruban la caravane ondoie,
Bruit étrangement, et par le ciel déploie
Son grand triangle ailé qui va s’élargissant.

Mais leurs frères captifs répandus dans la plaine,
Engourdis par le froid, cheminent gravement.
Un enfant en haillons en sifflant les promène,
Comme de lourds vaisseaux balancés lentement.
Ils entendent le cri de la tribu qui passe,
Ils érigent leur tête ; et regardant s’enfuir
Les libres voyageurs au travers de l’espace,
Les captifs tout à coup se lèvent pour partir.
Ils agitent en vain leurs ailes impuissantes,
Et, dressés sur leurs pieds, sentent confusément,
A cet appel errant se lever grandissantes
La liberté première au fond du coeur dormant,
La fièvre de l’espace et des tièdes rivages.
Dans les champs pleins de neige ils courent effarés,
Et jetant par le ciel des cris désespérés
Ils répondent longtemps à leurs frères sauvages.
__________________

À SUIVRE...


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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Jeu 3 Nov - 8:04

Les animaux sont source inépuisable d'inspiration. Nos poètes ont été conquis par leur beauté, leur chaleur, leur intelligence ou leur agilité et nous sommes émerveillés de les lire. bisounours et merci pour cette initiative.
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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Jeu 3 Nov - 17:33

fripou a écrit:
Les animaux sont source inépuisable d'inspiration. Nos poètes ont été conquis par leur beauté, leur chaleur, leur intelligence ou leur agilité et nous sommes émerveillés de les lire. bisounours  et merci pour cette initiative.


C'est moi qui te remercie, FRIPOU, pour avoir eu la gentillesse, avec FLAMME, de répondre favorablement à cette sollicitation de créer un Salon spécifique à la poésie consacrée aux animaux et, par la même occasion, de poster quelques poèmes prenant aussi leur défense.

Une belle initiative, je pense, qui ne peut que nous sensibiliser davantage à la cause de nos amies les bêtes, toutes espèces confondues, et dont des organismes comme  "La fondation 30 millions d'amis", la "Ligue pour la protection des oiseaux" d’Allain Bougrain-Dubourg ou encore la "Fondation Brigitte-Bardot", nous donnent un bel exemple de l'investissement de certaines personnalités et associations pour révéler et faire condamner lourdement ceux qui se livrent à la barbarie animale.

Pas plus tard qu'aujourd'hui, un employé de l'abattoir de Limoges à fait cette révélation horrible :

DES VACHES GESTANTES ABATTUES

Des foetus sur le point de naître, s’asphyxiant lentement. Jetés dans des bennes à viscères. Des étourdissement ratés, des animaux poussés à coup de chocs électriques.

Un océan de souffrance révélé à l’abattoir de Limoges, le plus grand abattoir public de France. C’est le septième abattoir mis au jour en un an. Les scandales se suivent. La souffrance continue.
Les animaux ont désespérément besoin de nous. Ne les oublions plus, agissons pour eux.


DE GROS  bibi2 et un GRAND  merci2 pour votre partage et votre implication.

andre


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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Ven 4 Nov - 20:07


Nérée BEAUCHEMIN

L'HIVER DU ROSSIGNOL

Sur les toits la grêle crépite.
Il neige, il pleut, en même temps :
Premières larmes du printemps,
Derniers pleurs de l’hiver en fuite.

Parmi les longs cris qu’en son vol
La première corneille jette,
J’entends une note inquiète ;
Est-ce la voix du rossignol ?

D’où vient cette roulade ailée
Dont la bise coupe le fil
Ce doux chanteur, pourquoi vient-il
Affronter cette giboulée ?

Est-ce le trémulant sifflet,
Le fifre aigu de la linote ?
Est-ce la double ou triple note
Du bouvreuil ou du roitelet ?

Il neige, il pleut, il grêle, il vente.
Mais, soudain, voici le soleil,
Le soleil d’un temps sans pareil.
Chante, oh ! chante, rossignol, chante !

Il neige, il vente, il grêle, il pleut.
Chante ! C’est l’air que rossignole
Ton cœur, ton joli cœur qui vole,
Qui d’un ciel gris, fait un ciel bleu.

Que ta musique, en fines perles,
Change ce brouillard éclatant.
Ah ! pourrait-il en faire autant
Le trille aigu de tous les merles ?

Il pleut, il neige, c’est en vain
Que le merle siffle à tue-tête.
Pour que tout l’azur soit en fête,
Chante, chante, chanteur divin !

Chante sur la plus haute branche,
Comme l’oiseau de la chanson.
Chante sous le dernier frisson
De la dernière neige blanche.

À pleine gorge, fais vibrer,
Rossignoler ta fine lyre,
Ô toi dont le cœur est à rire,
Pour les cœurs qui sont à pleurer
__________________

Pierre MENANTEAU

LE VIEUX ET SON CHIEN

S’il était le plus laid
De tous les chiens du monde
Je l’aimerais encore
A cause de ses yeux.
Si j’étais le plus vieux
De tous les vieux du monde
L’amour luirait encore
Dans le fond de ses yeux.
Et nous serions tous deux,
Lui si laid, moi si vieux,
Un peu moins seuls au monde
A cause de ses yeux.
__________________



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Lucienne MARTEL

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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Sam 5 Nov - 5:30

Bonjour André et merci pour ces excellents poèmes. Ma préférence va au deuxième car c'est une belle histoire d'amour entre l'homme et son chien. les animaux savent nous rendre l'amour qu'on leur apporte et il s'avère très difficile d'un jour s'en séparer pour maintes raisons. Ils comprennent sans mots dire : un geste suffit, un regard aussi
Merci pour ces poèmes animaliers que j'ai pris plaisir à découvrir
Belle journée
Gros bisous à toi
Lucienne
.
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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Lun 7 Nov - 19:53

Lucienne MARTEL a écrit:
Bonjour André et merci pour ces excellents poèmes. Ma préférence va au deuxième car c'est une belle histoire d'amour entre l'homme et son chien. les animaux savent nous rendre l'amour qu'on leur apporte et il s'avère très difficile d'un jour s'en séparer pour maintes raisons. Ils comprennent sans mots dire : un geste suffit, un regard aussi
Merci pour ces poèmes animaliers que j'ai pris plaisir à découvrir
Belle journée
Gros bisous à toi
Lucienne
.

Tes commentaires me sont toujours très agréables à découvrir, Chère LUCIENNE, car tu es une personne de cœur et de culture. J'apprécie la pertinence de tes réflexions, et te lire dans ce forum, sans doute plus "humain" et "familial" qu'un autre que nous connaissons, en double mon plaisir de lecture.

Je te sais gré pour tous tes mots de gentillesse et d'amitié que tu me témoignes. Sache qu'ils sont ENTIÈREMENT partagés à ton endroit.

Passe une douce soirée, Chère LUCIENNE.

Je t'envoie UN TOURBILLON DE bis

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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Lun 7 Nov - 19:59


Gérard de NERVAL

LES PAPILLONS

I
De toutes les belles choses
Qui nous manquent en hiver,
Qu’aimez-vous mieux ? – Moi, les roses ;
– Moi, l’aspect d’un beau pré vert ;
– Moi, la moisson blondissante,
Chevelure des sillons ;
– Moi, le rossignol qui chante ;
– Et moi, les beaux papillons !
Le papillon, fleur sans tige,
Qui voltige,
Que l’on cueille en un réseau ;
Dans la nature infinie,
Harmonie
Entre la plante et l’oiseau !…
Quand revient l’été superbe,
Je m’en vais au bois tout seul :
Je m’étends dans la grande herbe,
Perdu dans ce vert linceul.
Sur ma tête renversée,
Là, chacun d’eux à son tour,
Passe comme une pensée
De poésie ou d’amour !
Voici le papillon « faune »,
Noir et jaune ;
Voici le « mars » azuré,
Agitant des étincelles
Sur ses ailes
D’un velours riche et moiré.
Voici le « vulcain » rapide,
Qui vole comme un oiseau :
Son aile noire et splendide
Porte un grand ruban ponceau.
Dieux ! le « soufré », dans l’espace,
Comme un éclair a relui…
Mais le joyeux « nacré » passe,
Et je ne vois plus que lui !

II
Comme un éventail de soie,
Il déploie
Son manteau semé d’argent ;
Et sa robe bigarrée
Est dorée
D’un or verdâtre et changeant.
Voici le « machaon-zèbre »,
De fauve et de noir rayé ;
Le « deuil », en habit funèbre,
Et le « miroir » bleu strié ;
Voici l' »argus », feuille-morte,
Le « morio », le « grand-bleu »,
Et le « paon-de-jour » qui porte
Sur chaque aile un oeil de feu !
Mais le soir brunit nos plaines ;
Les « phalènes »
Prennent leur essor bruyant,
Et les « sphinx » aux couleurs sombres,
Dans les ombres
Voltigent en tournoyant.
C’est le « grand-paon » à l’oeil rose
Dessiné sur un fond gris,
Qui ne vole qu’à nuit close,
Comme les chauves-souris ;
Le « bombice » du troëne,
Rayé de jaune et de vent,
Et le « papillon du chêne »
Qui ne meurt pas en hiver !…
Voici le « sphinx » à la tête
De squelette,
Peinte en blanc sur un fond noir,
Que le villageois redoute,
Sur sa route,
De voir voltiger le soir.
Je hais aussi les « phalènes »,
Sombres hôtes de la nuit,
Qui voltigent dans nos plaines
De sept heures à minuit ;
Mais vous, papillons que j’aime,
Légers papillons de jour,
Tout en vous est un emblème
De poésie et d’amour !

III
Malheur, papillons que j’aime,
Doux emblème,
A vous pour votre beauté !…
Un doigt, de votre corsage,
Au passage,
Froisse, hélas ! le velouté !…
Une toute jeune fille
Au coeur tendre, au doux souris,
Perçant vos coeurs d’une aiguille,
Vous contemple, l’oeil surpris :
Et vos pattes sont coupées
Par l’ongle blanc qui les mord,
Et vos antennes crispées
Dans les douleurs de la mort !…
__________________

Gaston COUTÉ

LES OIES INQUIÈTES

Les oies qui traînent dans le bourg
Ainsi que des commères grasses
Colportant les potins du jour,
En troupeaux inquiets s’amassent.
Un gros jars qui marche devant
Allonge le cou dans la brume
Et frissonne au souffle du vent
De Noël qui gonfle ses plumes…
Noël ! Noël !
Est-ce au ciel
Neige folle
Qui dégringole,
Ou fin duvet d’oie
Qui vole.
Leur petit œil rond hébété
A beau s’ouvrir sans trop comprendre
Sur la très blanche immensité
D’où le bon Noël va descendre,
A la tournure du ciel froid,
Aux allures des gens qui causent,
Les oies sentent, pleines d’effroi,
Qu’il doit se passer quelque chose.
Les flocons pâles de Noël
– Papillons de l’Hiver qui trône –
Comme des présages cruels
S’agitent devant leur bec jaune,
Et, sous leur plume, un frisson court
Qui, jusque dans leur chair se coule.
L’heure n’est guère aux calembours,
Mais les oies ont la chair de poule.
Crrr !… De grands cris montent parmi
L’aube de Noël qui rougeoie
Comme une Saint-Barthélemy
Ensanglantée du sang des oies ;
Et, maintenant qu’aux poulaillers
Les hommes ont fini leurs crimes,
Les femmes sur leurs devanciers
Dépouillent les corps des victimes.
_________________

François FABIÉ

LES MOINEAUX

La neige tombe par les rues,
Et les moineaux, au bord du toit,
Pleurent les graines disparues.
» J’ai faim ! » dit l’un ; l’autre : « J’ai froid ! »

« Là-bas, dans la cour du collège,
Frères, allons glaner le pain
Que toujours jette – ô sacrilège ! –
Quelque écolier qui n’a plus faim ».

A cet avis, la bande entière
S’égrène en poussant de grands cris,
Et s’en vient garnir la gouttière
Du vieux collège aux pignons gris.

C’est l’heure vague où, dans l’étude,
Près du poêle au lourd ronflement,
Les écoliers, de lassitude,
S’endorment sur le rudiment.

Un seul auprès de la fenêtre,
– Petit rêveur au fin museau, –
Se plaint que le sort l’ait fait naître
Ecolier, et non pas oiseau.
__________________



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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Lun 7 Nov - 22:59

J'aime beaucoup les moineaux André de F.Fabié !
Merci pour ces beaux poèmes.
calinchat bis

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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Mar 8 Nov - 11:53

Flamme a écrit:
J'aime beaucoup les moineaux André de F.Fabié !
Merci pour ces beaux poèmes.
calinchat bis

, Oiseaux, insectes, chiens, chats, ruminants, animaux sauvages : rien ne sera oublié.

merci2 pour tes appréciations, FLAMME.

GROS bibi2 ET BONNE JOURNÉE.

CARPE DIEM

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André Laugier

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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Mar 8 Nov - 12:31


René-François Sully PRUDHOMME

LA TERRE ET L'ENFANT

Enfant sur la terre on se traîne,
Les yeux et l'âme émerveillés,
Mais, plus tard, on regarde à peine
Cette terre qu'on foule aux pieds.

Je sens déjà que je l'oublie,
Et, parfois, songeur au front las,
Je m'en repens et me rallie
Aux enfants qui vivent plus bas.

Détachés du sein de la mère,
De leurs petits pieds incertains
Ils vont reconnaître la terre
Et pressent tout de leurs deux mains ;

Ils ont de graves tête-à-tête
Avec le chien de la maison ;
Ils voient courir la moindre bête
Dans les profondeurs du gazon ;

Ils écoutent l'herbe qui pousse,
Eux seuls respirent son parfum ;
Ils contemplent les brins de mousse
Et les grains de sable un par un ;

Par tous les calices baisée,
Leur bouche est au niveau des fleurs,
Et c'est souvent de la rosée
Qu'on essuie en séchant leurs pleurs.

J'ai vu la terre aussi me tendre
Ses bras, ses lèvres, autrefois !
Depuis que je la veux comprendre,
Plus jamais je ne l'aperçois.

Elle a pour moi plus de mystère,
Désormais, que de nouveauté ;
J'y sens mon cœur plus solitaire,
Quand j'y rencontre la beauté ;

Et, quand je daigne par caprice
Avec les enfants me baisser,
J'importune cette nourrice
Qui ne veut plus me caresser.
_________________

Charles BAUDELAIRE

LE CHAT

Viens, mon beau chat, sur mon cœur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d’agate.
Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s’enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,
Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,
Et, des pieds jusqu'à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum
Nagent autour de son corps brun.
__________________

Vette de FONCLARE

Les hurlements du vent qui secoue l’olivier
Dans le fond du jardin ravivent ma mémoire
Car il beuglait ainsi quand, par un triste soir,
Notre vieux chien Nestor* est mort dans son panier.

Il fait tout aussi froid, et depuis quelques jours
Le mistral déchaîné échevèle la mer.
C’était le même temps, un rude temps d’hiver
Pétrifiant la Provence… Il était presque sourd

Et vieux, tellement vieux… Le canal est gelé
Et l’eau comme un miroir reflète le ciel gris…
Lui, ses yeux étaient bleus ; c’était un vieil husky
Peu fait pour vivre à Aix. A la fin, tout pelé,

Il avait l’air minable, usé d’un vieux tapis.
Il avait souvent froid et se pelotonnait
Comme un chaton frileux près de la cheminée.
On n’a pas oublié… Quand il s’est endormi,

Le mistral fou furieux qui hurlait en dément
Secouait la maison avec un bruit d’enfer.
Alors sa très vieille âme épuisée par l’hiver
S’est laissé emporter par les ailes du vent…
__________________

Antoine-Vincent ARNAULT

MÉDOR

Médor est un vrai chien de race,
Des mieux nés et des mieux appris ;
Il n'a pas d'égal, soit qu'il chasse
Lièvre ou lapin, caille ou perdrix.
Le maître aussi jamais ne va battre les plaines,
Fouiller ses bois et ses garennes,
Qu'à le suivre Médor n'ait été convié ;
Et pourtant, au retour, lorsque le maître dîne
Du gibier dont Médor a fourni sa cuisine,
À la cour, sans égard, Médor est renvoyé.

En plus d'un cas la chose ainsi se passe.
Au dévouement ce sort est parfois destiné ;
Et tel qu'on invitait à l'heure de la chasse,
S'est vu chassé de même à l'heure du dîné.
_________________


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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Mer 9 Nov - 18:33


Jean-Pierre Claris de FLORIAN

LE CHIEN ET LE CHAT

Un chien vendu par son maître
Brisa sa chaîne, et revint
Au logis qui le vit naître.
Jugez de ce qu'il devint
Lorsque, pour prix de son zèle,
Il fut de cette maison
Reconduit par le bâton
Vers sa demeure nouvelle.
Un vieux chat, son compagnon,
Voyant sa surprise extrême,
En passant lui dit ce mot :
Tu croyais donc, pauvre sot,
Que c'est pour nous qu'on nous aime !
__________________

Michèle CORTI

CHIEN ET CHAT

Le chien avait promis de ne jamais le mordre
Et le chat lui jura de ne jamais griffer
Et depuis ce jour-là, on obéit à l'ordre
Et le chien et le chat sont amis à jamais.

On joue sur le tapis, on s'endort sous la table
Le chat au creux des bras de son gentil toutou
Des disputes ? Jamais ! On est toujours aimables
On ronronne, on se lèche, on se fait les yeux doux.

Minet n'a jamais su que certains chiens féroces
Se jettent sur les chats pour leur briser les reins,
Car le chien le regarde avec des yeux de gosse
Heureux d'avoir trouvé le meilleur des copains!

Oui, mais de temps en temps, on s'amuse à se faire
Des blagues insensées qui font battre le coeur :
Le chien aboie, le chat se jette, téméraire
Sur le toutou ravi et qui feint d'avoir peur.

Le petit chat tigré joue à être un grand fauve,
Et quand le chien, parfois, aboie un peu trop fort,
Alors notre tigrou, dans la chambre se sauve
Et sur quelque coussin, épuisé, il s'endort !
_________________

Théophile GAUTIER

LES COLOMBES

Sur le coteau, là-bas où sont les tombes,
Un beau palmier, comme un panache vert,
Dresse sa tête, où le soir les colombes
Viennent nicher et se mettre à couvert.

Mais le matin elles quittent les branches ;
Comme un collier qui s’égrène, on les voit
S’éparpiller dans l’air bleu, toutes blanches,
Et se poser plus loin sur quelque toit.

Mon âme est l’arbre où tous les soirs, comme elles,
De blancs essaims de folles visions
Tombent des cieux en palpitant des ailes,
Pour s’envoler dès les premiers rayons.
__________________

Jules BRETON

LES CIGALES

Lorsque dans l’herbe mûre aucun épi ne bouge,
Qu’à l’ardeur des rayons crépite le froment,
Que le coquelicot tombe languissamment
Sous le faible fardeau de sa corolle rouge,

Tous les oiseaux de l’air ont fait taire leurs chants ;
Les ramiers paresseux, au plus noir des ramures,
Somnolents, dans les bois, ont cessé leurs murmures,
Loin du soleil muet incendiant les champs.

Dans les blés, cependant, d’intrépides cigales
Jetant leurs mille bruits, fanfare de l’été,
Ont frénétiquement et sans trêve agité
Leurs ailes sur l’airain de leurs folles cymbales.

Frémissantes, debout sur les longs épis d’or,
Virtuoses qui vont s’éteindre avant l’automne,
Elles poussaient au ciel leur hymne monotone,
Qui dans l’ombre des nuits retentissait encor.

Et rien n’arrêtera leurs cris intarissables;
Quand on les chassera de l’avoine et des blés,
Elles émigreront sur les buissons brûlés
Qui se meurent de soif dans les déserts de sables.

Sur l’arbuste effeuillé, sur les chardons flétris
Qui laissent s’envoler leur blanche chevelure,
On reverra l’insecte à la forte encolure.
Plein d’ivresse, toujours s’exalter dans ses cris ;

Jusqu’à ce qu’ouvrant l’aile en lambeaux arrachée,
Exaspéré, brûlant d’un feu toujours plus pur,
Son œil de bronze fixe et tendu vers l’azur,
Il expire en chantant sur la tige séchée.
__________________






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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Jeu 10 Nov - 11:46


Nérée BEAUCHEMIN

LES CORBEAUX

Les noirs corbeaux au noir plumage,
Que chassa le vent automnal,
Revenus de leur long voyage,
Croassent dans le ciel vernal.

Les taillis, les buissons moroses
Attendent leurs joyeux oiseaux :
Mais, au lieu des gais virtuoses,
Arrivent premiers les corbeaux.

Pour charmer le bois qui s’ennuie,
Ces dilettantes sans rival,
Ce soir, par la neige et la pluie,
Donneront un grand festival.

Les rêveurs, dont l’extase est brève,
Attendent des vols d’oiseaux d’or ;
Mais, au lieu des oiseaux du rêve,
Arrive le sombre condor.

Mars pleure avant de nous sourire.
La grêle tombe en plein été.
L’homme, né pour les deuils, soupire
Et pleure avant d’avoir chanté.
_________________

Théodore De BANVILLE

LE SANG DE LA COUPE

Ô colombe qui meurs dans le ciel azuré,
Rouvre un instant les yeux, mourante aux blanches ailes !
Le vautour qui te tue expire, déchiré
Par des flèches mortelles.

Va, tu tombes vengée, ô victime, et ta sœur
Peut voir, en traversant la forêt d’ombre pleine,
L’oiseau tout sanglant pendre au carquois d’un chasseur
Qui passe dans la plaine.

Le jeune archer, folâtre et chantant des chansons,
Passe, sa proie au dos, par les herbes fleuries,
Laissant déchiqueter par les dents des buissons
Ces dépouilles meurtries.
__________________

Charles BAUDELAIRE

LE CHAT

Viens, mon beau chat, sur mon cœur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d’agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s’enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

Et, des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum
Nagent autour de son corps brun.
__________________



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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Lun 14 Nov - 19:11


Francis Etienne SICARD

L'INVISIBLE OGRESSE

Aux basques d’une fleur follement chiffonnées,
Friande de couleurs, une abeille insolente
Ebroue le tulle d’or de son âme giguante
Dans le flot scintillant des nuées griffonnées.
Un saphir éclaté entre les giroflées
Verse son encre en feu au dessus des acanthes
Et frotte l’empyrée aux diaprures brûlantes
D’où fusent par instant des rires et des fées.
Un filament de soie agité d’une flamme,
Illumine soudain, d’un étrange ballet,
La danseuse grisée aux jeux de l’oriflamme.
Oubliant le danger qui guette son ivresse,
Elle approche à tâtons sa tombe dont l’ourlet
Glace déjà ses pas d’une étrange tristesse.
__________________

Alphonse de LAMARTINE

LE PAPILLON

Naître avec le printemps, mourir avec les roses,
Sur l’aile du zéphyr nager dans un ciel pur,
Balancé sur le sein des fleurs à peine écloses,
S’enivrer de parfums, de lumière et d’azur,
Secouant, jeune encor, la poudre de ses ailes,
S’envoler comme un souffle aux voûtes éternelles,
Voilà du papillon le destin enchanté!
Il ressemble au désir, qui jamais ne se pose,
Et sans se satisfaire, effleurant toute chose,
Retourne enfin au ciel chercher la volupté !
_________________

François COPPÉE

LA MORT DES OISEAUX

Le soir, au coin du feu, j’ai pensé bien des fois,
A la mort d’un oiseau, quelque part, dans les bois,
Pendant les tristes jours de l’hiver monotone
Les pauvres nids déserts, les nids qu’on abandonne,
Se balancent au vent sur le ciel gris de fer.
Oh ! comme les oiseaux doivent mourir l’hiver !
Pourtant lorsque viendra le temps des violettes,
Nous ne trouverons pas leurs délicats squelettes.
Dans le gazon d’avril où nous irons courir.
Est-ce que » les oiseaux se cachent pour mourir ? »
_________________





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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Mer 16 Nov - 12:37


Victor HUGO

LA COCCINELLE

Elle me dit : « Quelque chose
Me tourmente. » Et j’aperçus
Son cou de neige, et, dessus,
Un petit insecte rose.

J’aurais dû, — mais, sage ou fou,
À seize ans, on est farouche, —
Voir le baiser sur sa bouche
Plus que l’insecte à son cou.

On eût dit un coquillage ;
Dos rose et taché de noir.
Les fauvettes pour nous voir
Se penchaient dans le feuillage.

Sa bouche fraîche était là ;
Je me courbai sur la belle,
Et je pris la coccinelle ;
Mais le baiser s’envola.

« Fils, apprends comme on me nomme, »
Dit l’insecte du ciel bleu,
« Les bêtes sont au bon Dieu,
Mais la bêtise est à l’homme. »
_________________

Jean-Charles DORGE

L'OISEAU

Il trace des chemins invisibles dans l’air
Secouant sans faiblir de translucides voiles
Il pourfend les ciels bas, messager des étoiles,
Reliant le présent aux plus lointaines mers.

L’oiseau migre sans bruit, libre fils de l’éclair,
Abandonnant son nid tout recouvert de toiles.
Il affronte les vents tandis que près du poêle,
Moi le cancre peureux, je rêve d’univers !

Pourtant je sortirai quand sonnera mon heure ;
L’oiseau me montrera combien l’humain se leurre
A croire en ce qu’il voit mais qui part dans l’oubli…

Il m’entraînera loin, guérissant mon vertige,
Et je deviendrai lui, mon destin accompli,
Car plus ne reviendrai sur le sol qui m’afflige
__________________

Victor HUGO

LA VACHE

Devant la blanche ferme, où parfois vers midi
Un vieillard vient s’asseoir sur le seuil attiédi,
Où cent poules gaiement mêlent leurs crêtes rouges,
Où, gardiens du sommeil, les dogues dans leurs bouges
Ecoutent les chansons du gardien du réveil,
Du beau coq vernissé qui reluit au soleil,
Une vache était là, tout à l’heure, arrêtée.
Superbe, énorme, rousse et de blanc tachetée,
Douce comme une biche avec ses jeunes faons,
Elle avait sous le ventre un beau groupe d’enfants,
D’enfants aux dents de marbre, aux cheveux en broussailles,
Frais, et plus charbonnés que de vieilles murailles,
Qui, bruyants, tous ensemble, à grands cris appelant
D’autres qui, tout petits, se hâtaient en tremblant,
Dérobant sans pitié quelque laitière absente,
Sous leur bouche joyeuse et peut-être blessante,
Et sous leurs doigts pressant le lait par mille trous,
Tiraient le pis fécond de la mère au poil roux.
Elle, bonne et puissante, et de son trésor pleine,
Sous leurs mains par instants faisant frémir à peine
Son beau flanc plus ombré qu’un flan cde léopard,
Distraite, regardait vaguement quelque part.
_________________




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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Ven 18 Nov - 21:45


Auguste LACAUSSADE

AUX HIRONDELLES

De l’aile effleurant mon visage,
Volez, doux oiseaux de passage,
Volez sans peur tout près de moi !
Avec amour je vous salue ;
Descendez du haut de la nue,
Volez, et n’ayez nul effroi !
Des mois d’or aux heures légères,
Venez, rapides messagères,
Venez, mes sœurs, je vous attends !
Comme vous je hais la froidure,
Comme vous j’aime la verdure,
Comme vous j’aime le printemps !
Vous qui des pays de l’aurore
Nous arrivez tièdes encore,
Dites, les froids vont donc finir !
Ah ! contez-nous de jeunes choses,
Parlez-nous de nids et de roses,
Parlez-nous d’un doux avenir !
Parlez-moi de soleil et d’ondes,
D’épis flottants, de plaines blondes,
De jours dorés, d’horizons verts ;
De la terre enfin réveillée,
Qui se mourait froide et mouillée
Sous le dais brumeux des hivers.
L’hiver, c’est le deuil de la terre !
Les arbres n’ont plus leur mystère ;
Oiseaux et bardes sont sans toits ;
Une bise à l’aile glacée
A nos fronts tarit la pensée,
Tarit la sève au front des bois.
Le ciel est gris, l’eau sans murmure,
Et tout se meurt ; sur la nature
S’étend le linceul des frimas.
Heureux, alors, sur d’autres plages,
Ceux qui vont chercher les feuillages
Et les beaux jours des beaux climats !
O très heureuses hirondelles !
Si comme vous j’avais des ailes,
J’irais me baigner d’air vermeil ;
Et, loin de moi laissant les ombres,
Je fuirais toujours les cieux sombres
Pour toujours suivre le soleil !
_________________

Louise ACKERMANN

L'ABEILLE

Quand l’abeille, au printemps, confiante et charmée,
Sort de la ruche et prend son vol au sein des airs,
Tout l’invite et lui rit sur sa route embaumée.
L’églantier berce au vent ses boutons entr’ouverts ;
La clochette des prés incline avec tendresse
Sous le regard du jour son front pâle et léger.
L’abeille cède émue au désir qui la presse ;
Ella aperçoit un lis et descend s’y plonger.
Une fleur est pour elle une mer de délices.
Dans son enchantement, du fond de cent calices.
Elle sort trébuchant sous une poudre d’or.
Son fardeau l’alourdit, mais elle vole encor.
Une rose est là-bas qui s’ouvre et la convie ;
Sur ce sein parfumé tandis qu’elle s’oublie,
Le soleil s’est voilé. Poussé par l’aquilon,
Un orage prochain menace le vallon.
Le tonnerre a grondé. Mais dans sa quête ardente
L’abeille n’entend rien, ne voit rien, l’imprudente !
Sur les buissons en fleur l’eau fond de toute part ;
Pour regagner la ruche il est déjà trop tard.
La rose si fragile, et que l’ouragan brise,
Referme pour toujours son calice odorant ;
La rose est une tombe, et l’abeille surprise
Dans un dernier parfum s’enivre en expirant.

Qui dira les destins dont sa mort est l’image ?
Ah ! combien parmi nous d’artistes inconnus,
Partis dans leur espoir par un jour sans nuage,
Des champs qu’ils parcouraient ne sont pas revenus !
Une ivresse sacrée aveuglait leur courage ;
Au gré de leurs désirs, sans craindre les autans,
Ils butinaient au loin sur la foi du printemps.
Quel retour glorieux l’avenir leur apprête !
A ces mille trésors épars sur leur chemin
L’amour divin de l’art les guide et les arrête :
Tout est fleur aujourd’hui, tout sera miel demain.
Ils revenaient déjà vers la ruche immortelle ;
Un vent du ciel soufflait, prêt à les soulever.
Au milieu des parfums la Mort brise leur aile ;
Chargés comme l’abeille, ils périssent comme elle
Sur le butin doré qu’ils n’ont pas pu sauver.
__________________

Théophile GAUTIER

LE MERLE

Un oiseau siffle dans les branches
Et sautille gai, plein d’espoir,
Sur les herbes, de givre blanches,
En bottes jaunes, en frac noir.


C’est un merle, chanteur crédule,
Ignorant du calendrier,
Qui rêve soleil, et module
L’hymne d’avril en février.

Pourtant il vente, il pleut à verse ;
L’Arve jaunit le Rhône bleu,
Et le salon, tendu de perse,
Tient tous ses hôtes près du feu.

Les monts sur l’épaule ont l’hermine,
Comme des magistrats siégeant.
Leur blanc tribunal examine
Un cas d’hiver se prolongeant.

Lustrant son aile qu’il essuie,
L’oiseau persiste en sa chanson,
Malgré neige, brouillard et pluie,
Il croit à la jeune saison.

Il gronde l’aube paresseuse
De rester au lit si longtemps
Et, gourmandant la fleur frileuse,
Met en demeure le printemps.

Il voit le jour derrière l’ombre,
Tel un croyant, dans le saint lieu,
L’autel désert, sous la nef sombre,
Avec sa foi voit toujours Dieu.

A la nature il se confie,
Car son instinct pressent la loi.
Qui rit de ta philosophie,
Beau merle, est moins sage que toi !
__________________






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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Mar 22 Nov - 12:17


Théophile GAUTIER

LE MERLE

Un oiseau siffle dans les branches
Et sautille gai, plein d’espoir,
Sur les herbes, de givre blanches,
En bottes jaunes, en frac noir.
C’est un merle, chanteur crédule,
Ignorant du calendrier,
Qui rêve soleil, et module
L’hymne d’avril en février.
Pourtant il vente, il pleut à verse ;
L’Arve jaunit le Rhône bleu,
Et le salon, tendu de perse,
Tient tous ses hôtes près du feu.
Les monts sur l’épaule ont l’hermine,
Comme des magistrats siégeant.
Leur blanc tribunal examine
Un cas d’hiver se prolongeant.
Lustrant son aile qu’il essuie,
L’oiseau persiste en sa chanson,
Malgré neige, brouillard et pluie,
Il croit à la jeune saison.
Il gronde l’aube paresseuse
De rester au lit si longtemps
Et, gourmandant la fleur frileuse,
Met en demeure le printemps.
Il voit le jour derrière l’ombre,
Tel un croyant, dans le saint lieu,
L’autel désert, sous la nef sombre,
Avec sa foi voit toujours Dieu.
A la nature il se confie,
Car son instinct pressent la loi.
Qui rit de ta philosophie,
Beau merle, est moins sage que toi !
__________________

René-François Sully PRUDHOMME

LE CYGNE

Sans bruit, sous le miroir des lacs profonds et calmes,
Le cygne chasse l’onde avec ses larges palmes,
Et glisse. Le duvet de ses flancs est pareil
A des neiges d’avril qui croulent au soleil ;
Mais, ferme et d’un blanc mat, vibrant sous le zéphire,
Sa grande aile l’entraîne ainsi qu’un lent navire.
Il dresse son beau col au-dessus des roseaux,
Le plonge, le promène allongé sur les eaux,
Le courbe gracieux comme un profil d’acanthe,
Et cache son bec noir dans sa gorge éclatante.
Tantôt le long des pins, séjour d’ombre et de paix,
Il serpente, et laissant les herbages épais
Traîner derrière lui comme une chevelure,
Il va d’une tardive et languissante allure ;
La grotte où le poète écoute ce qu’il sent,
Et la source qui pleure un éternel absent,
Lui plaisent : il y rôde ; une feuille de saule
En silence tombée effleure son épaule ;
Tantôt il pousse au large, et, loin du bois obscur,
Superbe, gouvernant du côté de l’azur,
Il choisit, pour fêter sa blancheur qu’il admire,
La place éblouissante où le soleil se mire.
Puis, quand les bords de l’eau ne se distinguent plus,
A l’heure où toute forme est un spectre confus,
Où l’horizon brunit, rayé d’un long trait rouge,
Alors que pas un jonc, pas un glaïeul ne bouge,
Que les rainettes font dans l’air serein leur bruit
Et que la luciole au clair de lune luit,
L’oiseau, dans le lac sombre, où sous lui se reflète
La splendeur d’une nuit lactée et violette,
Comme un vase d’argent parmi des diamants,
Dort, la tête sous l’aile, entre deux firmaments.
_________________

Guy de MAUPASSANT

L'OISELEUR

L’oiseleur Amour se promène
Lorsque les coteaux sont fleuris,
Fouillant les buissons et la plaine ;
Et chaque soir sa cage est pleine
Des petits oiseaux qu’il a pris.

Aussitôt que la nuit s’efface
Il vient, tend avec soin son fil,
Jette la glu de place en place,
Puis sème, pour cacher la trace,
Quelques brins d’avoine ou de mil.

Il s’embusque au coin d’une haie,
Se couche aux berges des ruisseaux,
Glisse en rampant sous la futaie,
De crainte que son pied n’effraie
Les rapides petits oiseaux.

Sous le muguet et la pervenche
L’enfant rusé cache ses rets,
Ou bien sous l’aubépine blanche
Où tombent, comme une avalanche,
Linots, pinsons, chardonnerets.

Parfois d’une souple baguette
D’osier vert ou de romarin
Il fait un piège, et puis il guette
Les petits oiseaux en goguette
Qui viennent becqueter son grain.

Étourdi, joyeux et rapide,
Bientôt approche un oiselet :
Il regarde d’un air candide,
S’enhardit, goûte au grain perfide,
Et se prend la patte au filet.

Et l’oiseleur Amour l’emmène
Loin des coteaux frais et fleuris,
Loin des buissons et de la plaine,
Et chaque soir sa cage est pleine
Des petits oiseaux qu’il a pris.
_________________



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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Mar 22 Nov - 14:06

Des vers magnifiques sur nos insectes , oiseaux et nos bovins !!!
V.Hugo nous parle de la vache avec beaucoup d'amour pour son lait qu'elle partage, et la coccinelle qui est la priorité du jeune avant de s'arrêter sur le baiser, Lamartine nous séduit par le vol du papillon...
la beauté des abeilles, la mort des oiseaux...on sent l'amour de ces poètes sur la beauté de ces animaux, ces merveilleux insectes !
Merci André; grâce à toi, nous pouvons lire de très beaux poèmes !
calinchat  bis  bisounours

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André Laugier

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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Jeu 24 Nov - 12:28

Flamme a écrit:
Des vers magnifiques sur nos insectes , oiseaux et nos bovins !!!
V.Hugo nous parle de la vache avec beaucoup d'amour pour son lait qu'elle partage, et la coccinelle qui est la priorité du jeune avant de s'arrêter sur le baiser, Lamartine nous séduit par le vol du papillon...
la beauté des abeilles, la mort des oiseaux...on sent l'amour de ces poètes sur la beauté de ces animaux, ces merveilleux insectes !
Merci André; grâce à toi, nous pouvons lire de très beaux poèmes !
calinchat  bis  bisounours


Poètes reconnus ou anonymes, nombre de versificateurs se sont intéressés à la poésie animale. De la vache, en passant les chiens, les chats, les oiseaux et même les reptiles, leurs poèmes portent tous sur une grande observation et sur un amour de la Vie.

Il y aura encore de jolis vers dans ce topic, Chère FLAMME.

UN GRAND MERCI pour ton soutien, ta gentillesse et ton partage inconditionnel.

Passe une excellente journée.

DE GROS bibi2

CARPE DIEM

andre




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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Jeu 24 Nov - 12:35


Jean RICHEPIN

LES VIEUX PAPILLONS

Un mois s’ensauve, un autre arrive.
Le temps court comme un lévrier.
Déjà le roux genévrier
A grisé la première grive.
Bon soleil, laissez-vous prier,
Faites l’aumône !
Donnez pour un sou de rayons.
Faites l’aumône
À deux pauvres vieux papillons.
La poudre d’or qui nous décore
N’a pas perdu toutes couleurs,
Et malgré l’averse et ses pleurs
Nous aimerions à faire encore
Un petit tour parmi les fleurs.
Faites l’aumône !
Donnez pour un sou de rayons.
Faites l’aumône
À deux pauvres vieux papillons.
Qu’un bout de soleil aiguillonne
Et chauffe notre corps tremblant,
On verra le papillon blanc
Baiser sa blanche papillonne,
Papillonner papillotant.
Faites l’aumône !
Donnez pour un sou de rayons,
Faites l’aumône
À deux pauvres vieux papillons.
Mais, hélas ! les vents ironiques
Emportent notre aile en lambeaux.
Ah ! du moins, loin des escarbots,
Ô violettes véroniques,
Servez à nos cœurs de tombeaux.
Faites l’aumône !
Gardez-nous des vers, des grillons.
Faites l’aumône
À deux pauvres vieux papillons.
__________________

Charles Leconte de LISLE

LE COLIBRI

Le vert colibri, le roi des collines,
Voyant la rosée et le soleil clair
Luire dans son nid tissé d’herbes fines,
Comme un frais rayon s’échappe dans l’air.

Il se hâte et vole aux sources voisines
Où les bambous font le bruit de la mer,
Où l’açoka rouge, aux odeurs divines,
S’ouvre et porte au cœur un humide éclair.

Vers la fleur dorée il descend, se pose,
Et boit tant d’amour dans la coupe rose,
Qu’il meurt, ne sachant s’il l’a pu tarir.

Sur ta lèvre pure, ô ma bien-aimée,
Telle aussi mon âme eût voulu mourir
Du premier baiser qui l’a parfumée !
________________

Auguste LACAUSSADE

LE BENGALI

Il était né dans la rizière
Qui borde l’étang de Saint-Paul.
Heureux, il vivait de lumière,
De chant libre et de libre vol.

Poète ailé de la savane,
Du jour épiant les lueurs,
Il disait l’aube diaphane,
Bercé sur la fataque en fleurs.

Il hantait les gérofleries
Aux belles grappes de corail
Et, parmi les touffes fleuries,
Lustrait au soleil son poitrail.

Il allait plongeant son bec rose,
Au gré de son caprice errant,
Dans le fruit blond de la jam-rose,
Dans l’onde fraîche du torrent.

A midi, sous l’asile agreste
Du ravin au vent tiède et doux,
Ivre d’aise, il faisait la sieste
Au bruit de l’eau sous les bambous.

Puis dans quelque source discrète,
Bleu bassin sous l’ombrage épars,
Baignant sa gorge violette,
Il courait sur les nénuphars.

Quand l’astre au bord de mers s’incline,
Empourprant l’horizon vermeil,
Il descendait de la colline
Pour voir se coucher le soleil ;

Et sur le palmier de la grève,
Et devant l’orbe radieux,
Au vent du large qui se lève,
Du jour il chantait les adieux ;

Et la nuit magnifique et douce
D’étoiles remplissant l’éther,
Il regagnait son lit de mousse
Sous les touffes du vétiver.

C’est là que l’oiseleur cupide,
Le guettant dans l’obscurité,
Ferma sur lui sa main rapide
Et lui ravit la liberté.

Dès lors il subit l’esclavage.
Un marin, chez nous étranger,
L’emmena de son doux rivage
Sur mer avec lui voyager.

C’est ainsi qu’il connut la France.
Quand il y vint, le jeune Été,
Vêtu d’azur et d’espérance,
Resplendissait dans sa beauté.

Partout, sur les monts, dans la plaine,
Brillait un ciel oriental :
L’exilé de l’île africaine
Se crut sous un climat natal.

Mais vint l’automne aux froides brumes,
La neige au loin blanchissant l’air ;
Il sentit courir sous ses plumes
Les âpres frissons de l’hiver.

Rêvant à l’île maternelle
Aux nuits tièdes comme les jours,
Il mit sa tête sous son aile,
Et s’endormit, et pour toujours !

C’était un enfant des rizières,
Des champs de canne et de maïs :
En proie aux bises meurtrières,
Il mourut plein de son pays.
__________________


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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Lun 28 Nov - 17:59


Auguste LACAUSSADE

LE ROSSIGNOL

Il est né, lui, sous un chêne,
Dans un buisson de frais lilas :
Le bruit de la source prochaine,
Le souffle embaumé de la plaine
Ont bercé ses premiers ébats.

La nature à son brun corsage
Refusa les riches couleurs ;
Modeste et fauve est son plumage ;
Mais il est roi par son ramage,
Roi du peuple ailé des chanteurs.

Du printemps c’est lui le poète.
L’hiver a-t-il fini son cours,
Heureux de vivre et l’âme en fête,
A la forêt longtemps muette
Il dit le réveil des beaux jours.

Ce n’est pas l’ardente lumière
Qu’il veut sous des cieux azurés,
Mais cette clarté printanière
Que verse en mai sur la clairière
L’aube rose ou les soirs dorés.

Ce n’est pas le torrent sauvage
Qui parle à son instinct chanteur,
Mais le ruisseau qui sous l’ombrage
Mêle au murmure du feuillage
Son onde au rythme inspirateur.

Quand le muguet de ses clochettes
Blanchit l’herbe sous les grands bois,
Caché dans les branches discrètes,
Il remplit leurs vertes retraites
Des éclats vibrants de sa voix.

Quand de l’azur crépusculaire
Le soir, à pas silencieux,
Descend et couvre au loin la terre,
Il chante l’ombre et son mystère,
Il chante la beauté des cieux !

Quand d’astres d’or l’air s’illumine,
Beaux lys au ciel épanouis,
Allant du chêne à l’aubépine,
Il charme de sa voix divine
Le silence étoilé des nuits.

Telle il vivait sa vie heureuse,
Oublieux des jours inconstants ;
Et son âme mélodieuse
Versait l’ivresse radieuse
Qui déborde en elle au printemps.

Printemps et bonheur, rien ne dure.
O loi fatale ! après l’été,
L’hiver à la bise âpre et dure ;
Une cage au lieu de verdure !
Des fers au lieu de liberté !

Un fils de mon île bénie,
Poète errant, esprit pensif,
Voyant la muette agonie
De ce grand maître en harmonie,
Eut pitié du chanteur captif.

Il l’emmena sur nos rivages,
Dans l’île aux monts bleus, au beau ciel,
Rêvant pour lui, sur d’autres plages,
De libres chants sous des feuillages
Que baigne un soleil éternel.

Peut-être voulait-il encore
Doter nos monts, doter nos bois,
Nos soirs de lune et notre aurore,
De ce barde au gosier sonore
Et des merveilles de sa voix.

Quand cet enfant du Nord prit terre
Chez nous, par la vague apporté,
Sur notre rive hospitalière,
Avec sa voix et la lumière
Il retrouva la liberté.

Ouvrant son aile délivrée
Et fendant l’air, le prisonnier,
L’œil ébloui, l’âme enivrée,
Vint cacher sa fuite égarée
Dans les branches d’un citronnier ;

Du citronnier de la ravine,
Où la Source aux rochers boisés
Étend sa nappe cristalline :
Frais Éden fait de paix divine,
D’ombre et de rayons tamisés.

Autour de lui tout est silence,
Onde et fraîcheur, brise et clarté :
Ravi, soudain au ciel il lance,
Avec son chant de délivrance,
Son hymne à l’hospitalité.

Il dit la molle quiétude
Des bois, l’air suave et léger,
Et l’astre dans sa plénitude,
Et cette ombreuse solitude,
Si douce aux yeux de l’étranger.

Il chante les eaux diaphanes
Où le ciel aime à se mirer ;
Il chante… et l’oiseau des savanes
Se tait, blotti dans les lianes,
Pour mieux l’entendre et l’admirer.

Hélas ! sous ce climat de flamme,
Éperdu, d’accord en accord
De sa fièvre épuisant la gamme,
Dans sa voix exhalant son âme,
Parmi les fleurs il tomba mort !

Il était né sous le grand chêne,
Dans un buisson de frais lilas.
Le flot des jours au loin l’entraîne.
La mort, dans une île africaine,
Noir vautour, l’attendait, hélas !

Près de la Source aux blocs de lave
Repose en paix, roi des chanteurs !
Dans ce lieu sauvage et suave,
Toi qui ne sus pas être esclave,
Repose libre au sein des fleurs !

Instinct natal ! ô loi première !
Que cher à tout être à l’endroit
Où s’ouvrit au jour sa paupière !
Le rossignol meurt de lumière,
Le bengali mourut.
_________________

Albert SAMAIN

LA GRENOUILLE

En ramassant un fruit dans l'herbe qu'elle fouille,
Chloris vient d'entrevoir la petite grenouille
Qui, peureuse, et craignant justement pour son sort,
Dans l'ombre se détend soudain comme un ressort,
Et, rapide, écartant et rapprochant les pattes,
Saute dans les fraisiers, et, parmi les tomates,
Se hâte vers la mare, où, flairant le danger,
Ses sœurs, l'une après l'autre, à la hâte ont plongé.
Dix fois déjà Chloris, à la chasse animée,
L'a prise sous sa main brusquement refermée ;
Mais, plus adroite qu'elle, et plus prompte, dix fois
La petite grenouille a glissé dans ses doigts.
Chloris la tient enfin ; Chloris chante victoire !
Chloris aux yeux d'azur de sa mère est la gloire.
Sa beauté rit au ciel ; sous son large chapeau
Ses cheveux blonds coulant comme un double ruisseau
Couvrent d'un voile d'or les roses de sa joue ;
Et le plus clair sourire à ses lèvres se joue.
Curieuse, elle observe et n'est point sans émoi
À l'étrange contact du corps vivant et froid.
La petite grenouille en tremblant la regarde,
Et Chloris dont la main lentement se hasarde
A pitié de sentir, affolé par la peur,
Si fort entre ses doigts battre le petit cœur.
__________________

François FABIÉ

LES OISILLONS

- Tu l'as cueilli trop tôt dans le rosier sauvage,
Ce nid qu'un imprudent jardinier te montra,
Ma fillette ! et voilà des pleurs sur ton visage,
Parce que la couvée avant ce soir mourra.

- Vois-tu sur tes genoux, chaque fois que tu bouges,
Se soulever ces fronts aveugles et rasés,
Et s'ouvrir, en criant, toutes ces gorges rouges,
Où tu ne peux, hélas! mettre que des baisers ?

Ils ont froid, ils ont faim ; leur pauvre nid de mousse
Comme un vieux vêtement se déchire et s'en va,
Et ton haleine, encor qu'elle soit chaude et douce,
Ne saurait remplacer l'aile qui les couva.

- Ils mourront... Et là-bas, sur sa branche déserte,
Leur mère en gémissant gardera jusqu'au soir,
Frétillante à son bec, quelque chenille verte,
Pour les chers oisillons qu'elle espère revoir...

- Va, cours lui rapporter sa frileuse famille ;
Replace bien le nid au milieu du rosier,
Demain, à ton réveil, caché dans la charmille,
Leur père chantera pour te remercier.
_________________








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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Lun 28 Nov - 20:19

Très joli "les oisillons" Il faut apprendre aux enfants à ne pas toucher les nids d'oiseaux et ce poème en montre le chagrin des parents avec beaucoup d'émotion !
Merci André et bonne soirée !
calinchat bisounours

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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Mer 30 Nov - 17:56

Flamme a écrit:
Très joli "les oisillons" Il faut apprendre aux enfants à ne pas toucher les nids d'oiseaux et ce poème en montre le chagrin des parents avec beaucoup d'émotion !
Merci André et bonne soirée !
calinchat bisounours

Je dois reconnaître que ces "Oisillons" de François FABIÉ est une pure merveille d'écriture et de sensibilité. Un de mes poèmes favoris, depuis le début de ce topic.

merci2 pour tes lectures ponctuelles, Chère FLAMME.

Très bonne soirée.

bibi2 bibi2 bibi2 DE NOUS TROIS À VOUS DEUX.

andre


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MessageSujet: Re: Les plus beaux poèmes sur les animaux.   Mer 30 Nov - 18:29


Victor HUGO

LA CHANSON DES OISEAUX

Avril ouvre à deux battants
Le printemps;
L'été le suit, et déploie
Sur la terre un beau tapis
Fait d'épis,
D'herbes, de fleurs, et de joie.
Buvons, mangeons; becquetons
Les festons
De la ronce et de la vigne;
Le banquet dans la forêt
Est tout prêt;
Chaque branche nous fait signe.
Les pivoines sont en feu;
Le ciel bleu
Allume cent fleurs écloses;
Le printemps est pour nos yeux
Tout joyeux
Une fournaise de roses.
_________________

Paul FORT

COMPLAINTE DU PETIT CHEVAL BLANC

Le petit cheval dans le mauvais temps,
qu'il avait donc du courage !
C'était un petit cheval blanc,
tous derrière et lui devant.

Il n'y avait jamais de beau temps
dans ce pauvre paysage.
Il n'y avait jamais de printemps,
ni derrière ni devant.

Mais toujours il était content,
menant les gars du village,
à travers la pluie noire des champs,
tous derrière et lui devant.

Sa voiture allait poursuivant
sa belle petite queue sauvage.
C'est alors qu'il était content,
eux derrière et lui devant.

Mais un jour, dans le mauvais temps,
un jour qu'il était si sage,
il est mort par un éclair blanc,
tous derrière et lui devant.

Il est mort sans voir le beau temps,
qu'il avait donc du courage !
Il est mort sans voir le printemps
ni derrière ni devant.
_________________

Jean De La FONTAINE

LA PERDRIX

Quand la perdrix
Voit ses petits
En danger, et n'ayant qu'une plume nouvelle
Qui ne peut fuir encor par les airs le trépas,
Elle fait la blessée, et va traînant de l'aile,
Attirant le chasseur et le chien sur ses pas,
Détourne le danger, sauve ainsi sa famille ;
Et puis quand le chasseur croit que son chien la pille,
Elle lui dit adieu, prend sa volée, et rit
De l'homme qui, confus, des yeux en vain la suit.
________________




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