LE COIN POÉTIQUE DE FRIPOU



 
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 La poésie Gourmande

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André Laugier

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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Mar 28 Mar - 12:06

Vette de FONCLARE

LA DAUBE

Samedi, ça c’est sûr, on invite les Jean.
Je vais leur préparer ma daube provençale
Dont le simple énoncé fait saliver les gens :
Si je la réussis, ce sera un régal !

Il me faut deux kilos d’un très bon paleron
Découpé en morceaux, de l’ail et des oignons,
Du thym et du laurier, les zestes d’une orange ;
Puis je vais tout tasser dans mon grand tian orange

Avec de beaux lardons, de la sauce tomate,
Un peu de Quatre Epices en guise d’aromates,
Le tout dans un bon bain d’un très bon Gigondas
Chiné il y a peu tout près de Valréas.

Le tout va mariner pendant vingt et quatre heures,
Répandant dans le mas une si bonne odeur
Qu’il s’en faudrait de rien qu’on ne le mange cru !
Ca sent si bon partout que le chien n’en peut plus.

Puis je vais m’échiner à faire rissoler
La viande bien séchée que j’aurai farinée
Avant d’y ajouter toute la marinade …
Je pourrai lors m’offrir une belle balade

Car il faut bien la cuire, et la recuire encore
Tout doux et très longtemps. La Mamette des Maures
La laisse sur le feu un peu plus de cinq heures
Et si c’est un peu long, ce n’est que du bonheur !

__________________

Marc-Antoine Girard de SAINT-AMANT (1594-1661)

LE FROMAGE

Assis sur le bord d'un chantier
Avec des gens de mon métier,
C'est-à-dire avec une troupe
Qui ne jure que par la coupe,
Je m'écrie, en lâchant un rot :
Béni soit l'excellent Bilot !
Il nous a donné un fromage
A qui l'on doit bien rendre hommage.
Ô Dieu ! quel manger précieux !
Quel goût rare et délicieux !
Qu'au prix de lui ma fantaisie
Incague la sainte Ambroisie !
Ô doux Cotignac de Bacchus !
Fromage, que tu vaux d'écus !
Je veux que ta seule mémoire
Me provoque à jamais à boire.

A genoux, enfants débauchés,
Chers confidents de mes péchés,
Sus ! qu'à pleins gosiers on s'écrie
Béni soit le terroir de Brie ;
Béni soit son plaisant aspect,
Qu'on n'en parle qu'avec respect,
Que ses fertiles pâturages
Soient à jamais exempts d'orages ;
Que Flore avec ses beaux atours,
Exerçant mille amoureux tours
Sur une immortelle verdure,
Malgré la barbare froidure
Au visage morne et glacé,
Y tienne à jamais enlacé
Entre ses bras plus blancs qu'albâtre
Le gai printemps qui l'idolâtre ?

Que, comme autrefois, Apollon
Délaisse torche et violon,
Et s'en vienne dans ces prairies
Dans ces grandes plaines fleuries,
Garder en guise de vacher
Un troupeau qui nous est si cher
Et dont la mammelle féconde
Fournit du lait à tout le monde.
Mais je veux l'encharger aussi
Qu'il s'en prenne plus de souci,
Il faut qu'un jour il s'y remette,
Qu'il ne fit de celui d'Admette
Lors que le patron des matois,
Portant cinq crocs au lieu de doigts,
Qui faisaient le saut de la carpe
Joua sur ses boeufs de la harpe,
Et le laissa sous un ormeau
Flûter son saoul d'un chalumeau
Que jadis l'amoureux martyre
Fit entonner au grand satyre.
__________________

Thomas BRAUN

LA BÉNÉDICTION DES FROMAGES

Seigneur, le vent de mer sur les prés de Dixmude
A salé l'herbe haute où rêve un bétail rude.
Dans les champs ardennais votre grâce préserve
les pâtures qui font là-haut l'orgueil de Herve
et l'arôme des bois odorants les effleure.
Ils nous donnent le lait, les crèmes et le beurre.
Bénissez aujourd'hui, Dieu des prés, les fromages
dont votre peuple obéisssant vous fait hommage!
Qu'ils soient gras ou légers, ronds comme des boulets,
ou plats comme ceux qui crevaient et s'écoulaient;
que l'odeur des brebis ou des prés s'y renferme;
qu'ils soient battus, Seigneur dans la cour de la ferme
et que leur bords durcis soudainement s'argentent
dès l'aube, sous les mains rougeaudes des servantes;
de l'alpage, qu'ils soient portés, surs et verdâtres,
vers les marchés, sous le manteau mouillé des pâtres;
qu'ils viennent du Jura, du Cantal ou de Carmes,
que s'incruste à leur face une crosse d'abbesse,
qu'ils fleurent les parfums des herbes de la Bresse,
du plat pays, des Vosages, de la Brie,
de Roquefort, Gorgonzola ou d'Hespérie!
_________________



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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Mer 5 Avr - 18:58


LE LIÈVRE EN CIVET

Laurent LECLERCQ

Pour faire un bon civet, prenez un bon levraut,
Ce qu’'on nomme, chez nous, un bon lièvre de côte,
Un « capucin », le ventre étroit, l’'échine haute,
Tué dès le matin, au lancer, comme il faut !

Faites-le cuire à feu très doux, pour qu'’il mijote
Sans galoper, et prenez soin de n’'oublier
Ni la touffe de thym ni le genévrier,
Ni les deux ou trois ronds de petite carotte.

Quand l’'odeur du civet monte au nez frémissant
Alors à petits coups, versez le bol de sang,
Pour que la sauce soit fondue et délectable.

Ponctuez sans excès de lardons d’'un lard fin.
Mouillez le tout d’'un quart de verre de vieux vin
Et videz la bouteille en vous mettant à table !





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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Ven 14 Avr - 19:49

Pierre GAMARRA

MON CARTABLE

Mon cartable sent la pomme,
le livre, l'encre, la gomme
et les crayons de couleur.

Mon cartable sent l'orange,
le bison et le nougat,
il sent tout ce que l'on mange
et ce qu'on ne mange pas.

La figue, la mandarine,
Le papier d'argent ou d'or,
et la coquille marine,
les bateaux sortant du port.

Les cow-boys et les noisettes,
la craie et le caramel,
les confettis de la fête,
les billes remplies de ciel.

Les longs cheveux de ma mère
et les joues de mon papa,
les matins dans la lumière,
la rose et le chocolat.




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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Mer 26 Avr - 18:46


Edmond ROSTAND

LES TARTELETTES AMANDINES

Battez, pour qu’ils soient mousseux,
Quelques œufs ;
Incorporez à leur mousse
Un jus de cédrat choisi ;
Versez-y
Un bon lait d’amande douce ;

Mettez de la pâte à flan
Dans le flanc
De moules à tartelette ;
D’un doigt preste, abricotez
Les côtés ;
Versez goutte à gouttelette

Votre mousse en ces puits, puis
Que ces puits
Passent au four, et, blondines,
Sortant en gais troupelets,
Ce sont les
Tartelettes amandines ! »






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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Jeu 27 Avr - 12:33


Joseph BERCHOUX

Les Perses cependant firent passer en Grèce
Leur luxe, leur cuisine et leur douce mollesse.
Mais à Lacédémone, un homme vint à bout
D'arrèter les élans et les progrès du goût.
Un vieux législateur du sang des Héraclides
Osa donner un frein aux estomacs avides,
Régla les appétits, les soumit à la loi,
Et l'on ne put sans crime être à table chez soi.
Il fallut en public apporter son potage,
Sa farine, son vin, ses figues, son fromage,
Sou brouet... Ce brouet alors très renommé,
Des citoyens de Sparte était fort estimé :
Ils se faisaient honneur de cette sauce étrange,
De vinaigre et de sel détestable mélange.
Athènes, si longtemps de la gloire amoureuse,
Fit fleurir tous les arts dans son enceinte heureuse;
On n'y négligea point le talent séducteur
De compliquer un mets pour le rendre meilleur:
Des hommes précieux, doués d'un vrai génie,
Surent à la cuisine appliquer la chimie:
Et hardis novateurs, trouvèrent les moyens
D'aiguiser l'appétit de leurs concitoyens:
Sur les productions de la mer et de l'onde,
On les vit, exerçant leur science féconde,
Offrir dans un ragoût mille objets peu connus,
Etonnés de se voir mêlés et confondus.
Plusieurs, à ce sujet, ont écrit des volumes :
L'un y traite des chairs, un autre des légumes;
L'autre des farineux , des herbes et des fruits.
Dirai-je les auteurs de ces rares écrits?
Dirai-je Mitœcus , Actidès , Philoxène ,
Hégémon de Thasos, et Timbron de Mycène?
Archestrate surtout, poèteet cuisinier,
Qui fut dans son pays ceint d'un double laurier?“ . ..
Je chante , comme lui, la cuisine, la table,
Hélas! il s'est acquis une gloire durable.....




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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Ven 28 Avr - 11:38


LALANNE

Que de beautés en foule à mes yeux étalées!
Devant moi l'artichaut sur sa tige dressé
S'élance pourpre et vert de ses dards hérissé,
Quelquefois sans défense à la main s'abandonne,
Et son fruit plus chéri se dessine en couronne.
La laitue à côté s'allonge et s'étrécit:
Sa feuille ailleurs ployée en globe se durcit.
Ici la chicorée étendue en bordure
Sous un lien de jonc voit pâlir sa verdure;
Là, le melon mûrit sur la terre couché;
Dans son feuillage en vain le concombre est caché;
A sa tige, en naissant, quelquefois je l'arrache,
, Souvent en sa saison j'attends qu'il se détache;
La citrouille rampante en son obscur séjour,
De sou ventre élargi voit s'enfler le contour;
Et ces fèves plus loin par le vent balancées
Ont distrait de leur bruit mes rêveuses pensées.




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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Jeu 4 Mai - 11:46


Joseph BERCHOUX

En formant la maison dont vous avez besoin,
Au choix d'un cuisinier, mettez tout votre soin:
Voilà l'homme important, le serviteur utile
Qui fera fréquenter et chérir votre asile,
Et par qui vous verrez votre nom respecté
Voler de bouche en bouche, à l'envi répété.
Avant qu'il soit à vous, sachez ce qu'il sait faire;
Etudiez ses mœurs, ses goûts, son caractère;
Faites cas de celui qui, fier de son talent,
S'estime votre égal, et d'un air important,
Auprès de son fourneau que la flamme illumine,
Donne avec dignité des lois dans sa cuisine,
Qui dispose du sort d'un coq ou d'un dindon
Avec l'air d'un sultan qui condamne au cordon.




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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Ven 26 Mai - 19:18


ANONYME

LE CHOCOLAT DE LA REINE

Oh reine Marie-Antoinette,
Quand tu penchais ta fine tête
Tu aspirais le mets des dieux
Et tu fermais tes jolis yeux

Oh tendre Marie-Antoinette
Quand après bal et opérette
Dans ta frêle gorge incarnat
Se répandait le chocolat

Oh simple Marie-Antoinette
Quand exilée dans ta fermette
Tu humais sa noire vanille
Comme font les petites filles

Oh fière Marie-Antoinette
Quand inclinée sur l’épinette
Tu respirais la douce amande
Dont ta bouche était si gourmande

Oh folle Marie-Antoinette
Quand dans l'oubli de l’étiquette
Tu dégustais toute troublée
Son doux parfum fleur d’oranger

Oh rieuse Marie-Antoinette
Quand tu jouais aux devinettes
Cherchant son parfum d’orchidée
Trouvé par ton chocolatier

Oh pensive Marie-Antoinette
Quand Fersen te contait fleurette
Tu savourais son ambre gris
Un élixir de très grand prix

Oh triste Marie-Antoinette
Quand a fui le temps de la fête
Se sont fanés myosotis
Des porcelaines de ton service

Oh tragique Marie-Antoinette
Ta tête est là sur la planchette
Tes tasses ont été brisées
Ton chocolat s’est renversé




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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Mar 6 Juin - 21:11

Gustave VERHAEREN

CUISSON DU PAIN

Les servantes faisaient le pain pour les dimanches,

Avec le meilleur lait, avec le meilleur grain,

Le front courbé, le coude en pointe hors des manches,

La sueur les mouillant et coulant au pétrin.


Leurs mains, leurs doigts, leur corps entier fumait de hâte,

Leur gorge remuait dans les corsages pleins.

Leurs deux poings monstrueux pataugeaient dans la pâte
Et la moulaient en ronds comme la chair des seins.

Le bois brûlé se fendillait en braises rouges
Et deux par deux, du bout d'une planche, les gouges
Dans le ventre des fours engouffraient les pains mous.


Et les flammes, par les gueules s'ouvrant passage,
Comme une meute énorme et chaude de chiens roux,
Sautaient en rugissant leur mordre le visage.





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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Jeu 8 Juin - 12:20



Louis DEQUOY

LE BOULANGER COMPAGNON DU DEVOIR

Vous, bienheureux ou déshérités de la terre,
Habitez au palais ou dans l'humble chaumière,
Ah ! sommeillez en paix, vous trouverez demain
Cette manne chérie, que l'on nomme du pain.
Et quelle que soit sa forme, ainsi que son volume,
O ! vous lui sourirez, du moins je le présume
Et vous rendrez justice au modeste ouvrier
Qui pour vous se consume, au sein de l'atelier.
Comme le porion, en moins la profondeur,
Tous ses jours sont des nuits, suffoqué de chaleur
Dans le fond d'une cave, où l'air est étouffant,
Son buste de sueur est toujours ruisselant.
Il passe là sa vie dans la rude corvée
Qu'impose le pétrin pour rendre sa fournée.
Par le Han ! exigé, au fort du pétrissage,
Il loge en ses poumons, de farine un nuage
Tant et si bien qu'enfin, le plus athlétique
Devient avec le temps souffreteux, asthmatique.
Malgré tous ces ennuis, il est, croyez-le bien,
Un aimable convive, un joyeux boute-en-train,
Soit qu'il manie la pelle ou l'illustre raclette,
Il aimera toujours une partie complète.
Si la hotte endolorit parfois son dos,
Rencontrant un ami, on le trouve dispos
A lui offrir gaîment, pour engourdir la peine,
Un coup de ce vin vieux, mûri dans la Touraine ;
Du grand saint Honoré il reprend le manteau
Et chez chaque client dépose son fardeau.
Social et poli, la chose est opportune,
Souvent ce procédé lui vaut bonne fortune ! ...
C'est un rude métier, l'art de faire du pain,
Hélas ! combien de gens le couvrent de dédain !
Mais de ces vains propos, que l'ignorant ergote,
Ah ! bah ! il s'en bat l'oeil, et secoue pipe et cotte
Car il se dit : Ma foi ! si j'ai des ennemis,
En revanche je sais m'attirer des amis.
Poursuivant son travail dans la chaude gloriette
Ou bien dans son fauteuil savoure une galette,
Et sitôt que l'aurore annonce un nouveau jour,
Il est tout glorieux de sortir de son four
Pains fendus, pains grignés, voire même de Beaucaire,
Pains de luxe et de choix, pains bis du mercenaire,
Puis la flûte dorée, qu'attend à son réveil
L'humble manouvrier, le grand industriel.
Elégamment rangées dans la riche vitrine,
Toutes ces fantaisies vous feront bonne mine
Et ne sauraient manquer d'engager le passant
D'offrir au cher mitron un verre de vin blanc




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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Ven 9 Juin - 12:21


Francis JAMMES

DANS LE VERGER

Dans le Verger où sont les arbres de lumière,
La pulpe des fruits lourds pleure ses larmes d’or,
Et l’immense Bagdad s’alanguit et s’endort
Sous le ciel étouffant qui bleuit la rivière.

Il est deux heures. Les palais silencieux
Ont des repas au fond des grandes salles froides
Et Sindbad le marin, sous les tentures roides,
Passe l’alcarazas d’un air sentencieux.

Mangeant l’agneau rôti, puis les pâtes d’amandes,
Tous laissent fuir la vie en écoutant pleuvoir
Les seaux d’eau qu’au seuil blanc jette un esclave noir.
Les passants curieux lui posent des demandes.

C’est Sindbad le marin qui donne un grand repas !
C’est Sindbad, l’avisé marin dont l’opulence
Est renommée et que l’on écoute en silence.
Sa galère était belle et s’en allait là-bas !

Il sent bon, le camphre et les rares arômes.
Sa tête est parfumée et son nez aquilin
Tombe railleusement sur sa barbe de lin :
Il a la connaissance et le savoir des hommes.

Il parle, et le soleil oblique sur Bagdad
Jette une braise immense où s’endorment les palmes,
Et les convives, tous judicieux et calmes,
Écoutent gravement ce que leur dit Sindbad.




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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Lun 12 Juin - 12:44


Léon BOYER

LA BALADE DE LA SOUPE AUX CHOUX

Sur feu de hêtre ou de noyer,
Qui tremblote, fuse et crépite,
Pansue et noiraude, voyez,
Au creux de l'âtre qui s'effrite,
Comme elle trône, la marmite
Où bouillonne à larges remous
Le mets que nul autre n'imite,
La succulente soupe aux choux !
Lorsque droite y tient la cuiller,
Oh ! par la salle décrépite,
Tous les parfums éparpillés...
Et, dans le bol plein, la subite
Eclosion d'yeux où palpite
L'âme fumante du saindoux,
Et comme on la déguste vite,
La succulente soupe aux choux !
A découvrir le lard, noyé
Dans le cœur pommé qui l'abrite,
L'appétit est tout égayé...
Foin des ragoûts hétéroclites,
Du mets savant qui débilite !
Rien ne vaut au corps comme au goût,
Dut-on m'accuser de redite,
La succulente soupe aux choux !
Prince qui soigne ta gastrite,
Ce fumet t'a rendu jaloux...
Goûte, crois m'en, selon le rite,
La succulente soupe aux choux.







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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Jeu 15 Juin - 11:10

Oui la soupe au choux et bien d'autres sont des plats succulents , bon pour la santé et facile à réaliser !
L'hiver ne peut se passer sans les bonnes soupes ! :neunoeil;
On voit les bons vivants avec ces poètes parlant du bon pain et des soupes !!! Je les comprends ! C'est un plaisir de bien manger !
amecu app

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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Sam 17 Juin - 19:44


Henri CHANTAVOINE

Pour faire un bon civet, prenez un bon levraut,
Ce qu’on nomme chez nous un bon lièvre de côte,
Un « capucin » , le ventre étroit, l’échine haute,
Tué dès le matin, au lancer, comme il faut.

Faites le cuire à feu très doux, pour qu’il mijote,
Sans galoper, et prenez soin de n’oublier
Ni la touffe de thym et de genévrier,
Ni les deux ou trois ronds de petite carotte.

Quand l’odeur du civet monte au nez frémissant,
Alors, à petits coups, versez le bol de sang,
Pour que la sauce soit fondue et délectable;

Ponctuez sans excès, de lardons d’un lard fin;
Mouillez le tout d’un quart de verre de vieux vin,
Et videz la bouteille en vous mettant à table.





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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Lun 19 Juin - 21:08


Jacques CHARPENTREAU

LA SOUPE DE LA SORCIÈRE

Dans son chaudron la sorcière
Avait mis quatre vipères
Quatre crapauds pustuleux
Quatre poils de barbe-bleue
Quatre rats, quatre souris
Quatre cruches d'eau croupies
Pour donner un peu de goût
Elle ajouta quatre clous

Sur le feu pendant quatre heures
Ça chauffait dans la vapeur
Elle tourne sa tambouille
Et touille et touille et ratatouille
Quand on put passer à table
Hélas c'était immangeable
La sorcière par malheur
Avait oublié le beurre






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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Lun 19 Juin - 21:19


Dominique SIMONET

LE POTAGE

Quand on boit ce nectar, il faut que l'on devine
Ce qui remplit la coupe attirante au plateau.
C'est frais et pétillant, plus velouteux que l'eau,
Le breuvage enivrant de la soupe angevine !

Si vous voulez savoir la recette chauvine,
Vous ne la trouverez jamais dans le Château :
Citron et canne ensemble, un verre de Cointreau,
Les bulles de Saumur où la Loire est divine !

Elle tourne la tête en échauffant le cœur,
Faisant briller les yeux, comme ceux d'un vainqueur,
Quand passent la caresse et le rire d'un ange !

A la table d'esprit, la Muse vient s'asseoir,
Et le poète, alors, peut faire sa vendange,
Il voit danser la plume à la douceur du soir !




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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Mar 20 Juin - 11:40

Chacun met dans son potage les condiments désirés et c'est toujours très bon ces soupes !!! Les poètes ont l'air de bien les apprécier aussi !
calinchat bis

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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Mer 21 Juin - 19:53

Flamme a écrit:
Chacun met dans son potage les condiments désirés et c'est toujours très bon ces soupes !!! Les poètes ont l'air de bien les apprécier aussi !
calinchat bis

La pomme de terre a une part importante dans les potages et s'accommode à l'accompagnement de nombreux plats. Voici un poème de Jean-Baptiste CLARAY sur ce légume.


Jean-Baptiste CLARAY

LES POMMES DE TERRE

Dans l’univers silence et paix,
Qu’au fond des bois l’écho sommeille,
Que sous le chaume et sous le dais
On ouvre une attentive oreille ;
Le nouveau sujet de mes chants
Eût été digne de Voltaire,
Muses, prêtez-moi ses accents,
Pour chanter les pommes de terre.

Les pommes de terre à présent
Sont les plus utiles des pommes ;
Elles sont le plus beau présent
Que l’Amérique ait fait aux hommes.
Oui, dans quelque lointain pays
Que l’on voyage, ou que l’on erre,
Des bords de l’Arve au Tanaïs
On vante les pommes de terre.

Le Savoyard industrieux
Qu’enrichit son climat champêtre.
Sous l’heureux toit de ses aïeux
Met son plaisir à s’en repaître.
Tel, sous sa tente le soldat
Qui ne respire que la guerre,
Attendant l’heure du combat
Croque aussi des pommes de terre.

Une Belle aux traits enchanteurs,
Aussi riche qu’une Princesse,
A qui ses fiers adorateurs
Jactaient leur table et leur noblesse ;
Leur dit un jour retirez-vous,
Amans des plaisirs et du verre,
Je veux me choisir un époux
Qui mange des pommes de terre.

Tous les jours le bon paysan
En fait cuire à pleines marmites,
Et le Suisse et le Valaisan
Les estiment plus que des truites ;
On en sert dans chaque repas
Chez le peuple de l’Angleterre,
On a vu d’hommes au trépas
Demander des pommes de terre.

Voyez ces jeunes montagnards
Qu’aujourd’hui la milice appelle,
Par leur prestance aux champs de Mars
Enchanter notre Marc-Aurèle :
Voyez-les d’un bras invaincu
Lancer le bronze et le tonnerre ;
De quoi chez eux ont-ils vécu ?
De pain et de pommes de terre.

Dans un banquet l’on m’offre en vain
Ou de la viande, ou des rissoles,
Du miel, du beurre, du bon vin,
Et du fromage de Maroles ;
Ajoutez encore à ces mets
Les fruits de la meilleure serre,
Je ne m’y régale jamais
Sans un plat de pommes de terre.

Heureux, Messieurs, si ma chanson
A pu répondre à votre attente,
Et si de ce vaste Canton
Le sexe l’accueille et la chante ;
Mais ma voix commence à baisser,
Je sens, je sens qu’il faut me taire,
J’ai besoin de me délasser
Avec quelques pommes de terre.



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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Hier à 12:27


Maurice CHAMPAVIER

LE GRATIN

Un gratin cuit à point est un régal suprême,
En pays dauphinois, c’est un plat vénéré,
L’aliment familial si souvent savouré,
Mets d’été, mets d’hiver et même de carême !

La recette est facile et simple en est le thème :
Dans un plat peu profond, coupez, à votre gré,
Quelques pommes de terre, et puis, sans rien d’outré,
Ajoutez oeufs, sel, ail, beurre et lait riche en crème.

Au vrai, cela suffit pour faire un bon gratin.
Toutefois, quel sera l’artiste assez certain
De son art pour mener à bien l’œuvre modèle ?

Choisissez une femme, une femme de goût,
Belle, libre de soin, dauphinoise avant tout
Et, si vous le pouvez, tâchez d’être aimé d’elle.




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