LE COIN POÉTIQUE DE FRIPOU



 
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 La poésie Gourmande

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André Laugier

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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Dim 18 Déc - 12:39

Flamme a écrit:
J'aime bien Ponchon, comme d'habitude !!!
Des vers simples, clairs et nets !
Merci André.
bis bisounours


PONCHON se tenait bien à table et il avait la descente facile. En témoignent ses nombreux poèmes sur les vins et la bonne chère.

Voici une autre petite collection de poèmes gourmands.

Passez un agréable dimanche toutes les deux.

Nos PLUS AFFECTUEUX bibi2 bibi2 bibi2

CARPE DIEM

andre




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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Dim 18 Déc - 12:43


Achille OZANNE

LA SAUCE MAYONNAISE

Dans votre bol en porcelaine
Un jaune d'oeuf étant placé :
Sel, poivre, puis vinaigre à peine
Et le travail est commencé !

L'huile se verse goutte à goutte,
Et votre sauce prend du corps
Epaississant sans qu'on s'en doute,
En flots luisants jusques aux bords !

Quand vous jugez que l'abondance
Peut suffire à votre repas
Au frais mettez-là par prudence...
... Jusqu'au moment n'y touchez pas !
__________________


Achille OZANNE

TERRINES DE CANARDS

Si les Rouennais sont fiers de Boïeldieu, Corneille,
Ils n'ont pas moins au cœur un gourmet qui sommeille
Et, malgré leur amour des lettres et des arts,
Ils ont au plus haut point le culte des canards !

Vous savez les honneurs qu'on leur rend en cuisine ;
Hânni vient aujourd'hui les offrir en terrine.
Puis, pour les parfumer, avec art il y joint
La truffe et le foie gras, ce succulent appoint.

Et sur sa chair rose,
Exquise volupté,
La truffe se repose
Comme un grain de beauté.

Lorsque sa renommée aura conquis le monde,
Que de canards auront les terrines pour tombe !
_________________


Achille OZANNE

LE BOUDIN DE NOEL

LES cloches dans les airs, en joyeux carillons,
Appellent les chrétiens aux prières divines,
Des parfums odorants s'échappent des cuisines,
Symptômes précurseurs des joyeux réveillons !

Les étalages sont féeriques
Et partout, dans tous les quartiers,
Ce ne sont qu'assauts homériques
A la porte des charcutiers.

L'on voit apparaître, agapes magistrales !
Ces monceaux de boudins, d'aspect appétissant,
S'enroulant sur les plats en immenses spirales,
Où le porc a versé le plus pur de son sang !

C'est le boudin qu'il est de mode
De fêter en ce jour chrétien.
Je dirai comme il s'accommode,
Lecteur, si vous le voulez bien.

RECETTE

Préparez des oignons hachés menus, menus,
Qu'avec autant de lard sur un feu doux l'on passe
Les tournant tant qu'ils soient d'un beau blond devenus
Et que leur doux arôme envahisse l'espace...
Mêlez le tout au sang, puis bien assaisonnez,
De sel, poivre et muscade, ainsi que des épices,
Un verre de cognac; après, vous entonnez
Dans les boyaux du porc, dont l'un des orifices
Est d'avance fermé, et dès qu'ils sont remplis,
Ficelez l'autre bout, et dans l'eau frémissante,
Plongez tous les boudins ! Ces travaux accomplis,
Egouttez-les après vingt minutes d'attente.

Près de la bûche de Noël
Qui dans l'âtre flambe et pétille,
Veillons d'un oeil paternel
Le boudin qui doucement grille.




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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Lun 19 Déc - 18:51

Achille OZANNE

BOUTADE DE NOEL

HOSANNAH! Bethléem ! mystères de l'étable,
Naissance de Jésus! — C'est fête, amis, veillons !
On l'ébauche à l'église, on la termine à table.
En joyeux réveillons !

Aujourd'hui le cochon, bon prince,
Soumis au sacrifice acquis ;
De sa tête... Au bout le plus mince
Fournit les mets les plus exquis.

Son sang versé comme un pactole,
Pour le bonheur des citadins
Se change, généreuse obole,
En des spirales de boudins.

Son lard si blanc, sa chair si rose
Font ensemble, bien apprêtés,
Une farce dont se compose
Des saucisses, pieds et pâtés.

Puis, enfin tout son corps y passe,
Dans les apprêts les plus divers,
Et cet « animal-roi » trépasse
En bienfaiteur de l'univers.

La légende est là qui nous prouve
Qu'en maints endroits, longtemps épiés,
Lui-même, en terre, il nous découvre
La truffe, pour garnir ses pieds.

Les charcutiers, dans leurs boutiques,
Souriants et l'air paternel,
Songent au nombre de gastriques,
Qu'ils nous procurent pour Noël.

L'immense appétit s'aiguillonne,
On mange, on boit, on réveillonne,
Sans se demander quel rapport
A cette fête avec le porc !

Hosannah ! Bethléem ! — Mystères de l'étable,
Naissance de Jésus! — C'est fête, amis veillons !
On l'ébauche à l'église, on la termine à table
En joyeux carillons !
_________________

Achille OZANNE

BEIGNETS DE PECHES

ROSES, fraîches, fermes et belles,
Comme des seins de jouvencelles ;
De dix pêches, il est besoin
D'enlever la robe avec soin.

Dans un sirop que l'on compose
D'arômes odoriférants,
Pendant une heure l'on arrose,
Leur chair tendre et leurs tons friands.

J'avais oublié de vous dire
Qu'il faut couper vos fruits en deux.
Puis, faites une pâte à frire
De farine, de lait et d'oeufs.

Trempez alors dans cette pâte
Chaque morceau séparément,
Que l'on précipite à la hâte
Dans la friture vivement.

Quand vos beignets sont d'un blond tendre,
Ainsi qu'en août on voit les blés ;
Sucrez et sans plus faire attendre,
Servez aux gourmets assemblés.

Ce sont des délices suprêmes,
Que donne ce mets recherché ;
Nous l'aimerons comme nous-mêmes,
Qui sommes le fruit d'un pêché.
_________________

Achille OZANNE

CHARLOTTE DE POMME

PROLOGUE

ON dit : de la pomme nous vient
D'ici-bas l'existence amère ?
Oui, mais... que de bons plats l'on tient
Du péché de notre Grand'Mère !

Si je choisis parmi le cent
D'entremets, dont ce fruit nous dote,
J'en sais un bien appétissant.
Je veux parler de la Charlotte...

RECETTE

Parfumez de cannelle et zeste de citron
Une compote de reinettes
Et puis, dans un pain mat, vous taillez environ
Trente morceaux en bandelettes.

Dans un beurre fondu sitôt qu'ils sont plongés
Sur les parois de votre moule
Dressez-les côte à côte et surtout bien rangés
Pour que l'édifice ne croule.

Maintenant, pour finir, il faut que dans ce puits
Vous y versiez votre compote
Poussez le tout au four pendant une heure... et puis
Vous démoulez votre Charlotte.

ÉPILOGUE

C'est un bon plat que la maman
Peut confectionner en famille
C'est simplet comme le roman
Qu'on permet à la jeune fille.

Aussi que de soins amoureux
Je l'entoure, je la mijote
En souvenir du temps heureux
Où j'aimais tendrement Charlotte.
_________________




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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Mer 21 Déc - 18:28


Achille OZANNE

ÉPIGRAMMES D'AGNEAU

BOILEAU nous cite l'épigramme
Comme un trait mordant incisif...
Et la Fontaine, lui, proclame
L'agneau doux et inoffensif

Ce n'est point de cet amalgame
Que l'on a fait un plat nouveau,
C'est du caprice d'une femme
Qu'est né l'épigramme d'agneau

De deux carrés d'agneau prenez les côtelettes
Mettons douze environ, belles et bien coquettes.
En arrondir la noix et puis les apprêter
Pour cuire avec du beurre, en un plat à sauter.

D'autre part, ayant fait braiser les deux poitrines,
Vous les mettez sous presse entre deux plaques fines,
Froides, vous les taillez à peu près en façon
De poire ; — puis à l'oeuf, panez chaque tronçon.

D'une belle couleur les ayant laissé frire
Avec les côtes, donc, que vous avez fait cuire
En couronne dressez et, tout en alternant,
Les côtes et tronçons chacun se soutenant

Lorsque le rond est fait et de bonne figure
Dans le milieu du plat mettez la garniture
Que vous accommodez au mieux de votre choix,
Soit de la macédoine ou bien des petits pois !

Dans votre plat que rien ne cloche.
Qu'il soit exempt de tout reproche !
Car, vraiment, il serait fâcheux
Que quelques invités grincheux
Ne vous lancent, ces bons apôtres
Des épigrammes sur les vôtres ?
__________________

Achille OZANNE

LE POTAGE

CE que je sais le mieux, c'est mon commencement,
S'écriait l'avocat des Plaideurs de Racine ;
C'est le début qu'on doit soigner pareillement,
Pour qu'un grand dîner soit un chef-d'oeuvre en cuisine

Ainsi que pour un opéra,
On le juge dès l'ouverture :
Pour vous le potage sera
De bon ou de mauvais augure.

POTAGE A LA BISQUE D'ÉCREVISSES

Vous taillez dans un pain de gros croûtons carrés.
Au beurre passez-les, bien blonds et bien dorés ;
Puis, comme un dieu vengeur, veillant aux sacrifices,
Vivantes, en cuisson plongez vos écrevisses !

Pour faire un beurre après, vous en aurez ôté
Les plus rouges morceaux de toutes les coquilles,
Coupez les chairs en dés, mettez-les de côté,
Et, dans votre mortier, pilez bien les broutilles

Que vous mouillez alors avec un consommé.
Mêlez-y les croûtons, cuisez à point nommé
Et, pour en obtenir une farce très fine,
Avec le plus grand soin passez à l'étamine.

Ainsi votre potage étant presque achevé
A point détendu, puis, de poivre relevé,
En y mêlant les chairs, vous y joignez encore
Votre beurre bien cuit, rose comme l'aurore.

Que, pour certains époux, ce potage a de prix !
On voit, le lendemain, plus d'un mari surpris !
A sa femme vanter, les yeux pleins de malices,
Les heureux résultats du coulis d'écrevisses !
__________________



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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Jeu 22 Déc - 19:56


Achille OZANNE

SOLES AU VIN BLANC

THERMIDOR

A CHAQUE instant l'orage gronde,
De la chaleur nous gémissons ;
Alors, nous nous plongeons dans l'onde,
Le vrai domaine des poissons.

Ah ! s'ils usaient de représailles !
S'ils nous traitaient en mécréants,
Que de gigantesques batailles !
On verrait dans les océans !

Les turbots seraient chefs de file,
Les soles, rougets et harengs,
Comme une masse qui s'empile,
Les suivraient en serrant les rangs.

Mais ne cherchons pas la victoire
Que procure un combat sanglant ;
On n'a, certes, pas l'âme noire
Quand on fait la sole au vin blanc.

RECETTE

D'abord, pour débuter sans plus de paraboles,
Des deux peaux, avec soin, vous dépouillez vos soles.
Dans un plat bien beurré, pour lors, avec amour,
Couchez-les gentiment, et mettez tout autour
Du thym et du laurier, avec persil en branches,
Vous salez et poivrez — quelques oignons en tranches
Pour en finir le goût. — Ensuite de vin blanc,
Mouillez-les comme il faut — non pas faire semblant,
Et, dès que vos poissons auront fini de cuire,
Vous passez la cuisson, que vous faites réduire,
Liez aux jaunes d'œufs — beurrez-la ; puis, après,
Versez sur le poisson, et votre plat est prêt.
_________________

Pierre-Jean de BÉRANGER

À MESSIEURS LES GASTRONOMES

Gourmands, cessez de nous donner
La carte de votre dîner :
Tant de gens qui sont au régime
Ont droit de vous en faire un crime.
Et d'ailleurs, à chaque repas,
D'étouffer ne tremblez-vous pas ?
C'est une mort peu digne qu'on l'admire.
Ah ! pour étouffer, n'étouffons que de rire ;
N'étouffons, n'étouffons que de rire.

La bouche pleine, osez-vous bien
Chanter l'Amour, qui vit de rien ?
A l'aspect de vos barbes grasses,
D'effroi vous voyez fuir les Grâces ;
Ou, de truffes en vain gonflés,
Près de vos belles vous ronflez.
L'embonpoint même a dû parfois vous nuire.
Ah ! pour étouffer, n'étouffons que de rire ;
N'étouffons, n'étouffons que de rire.

Vous n'exaltez, maîtres gloutons,
Que la gloire des marmitons :
Méprisant l'auteur humble et maigre
Qui mouille un pain bis de vin aigre,
Vous ne trouvez le laurier bon
Que pour la sauce et le jambon ;
Chez des Français quel étrange délire !
Ah ! pour étouffer, n'étouffons que de rire ;
N'étouffons, n'étouffons que de rire.

Pour goûter à point chaque mets,
A table ne causez jamais ;
Chassez-en la plaisanterie :
Trop de gens, dans notre patrie.
De ses charmes étaient imbus ;
Les bons mots ne sont qu'un abus ;
Pourtant, messieurs, permettez-nous d'en dire.
Ah ! pour étouffer, n'étouffons que de rire ;
N'étouffons, n'étouffons que de rire.

Français, dînons pour le dessert :
L'Amour y vient, Philis le sert ;
Le bouchon part, l'esprit pétille ;
La Décence même y babille,
Et par la Gaîté, qui prend feu,
Se laisse coudoyer un peu.
Chantons alors l'aï qui nous inspire.
Ah ! pour étouffer, n'étouffons que de rire ;
N'étouffons, n'étouffons que de rire.
_________________




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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Jeu 22 Déc - 22:48

De bonnes recettes pour le poisson... je vais essayer !!! sourir
Ces poèmes chantent la bonne cuisine ! pouce
bisclig

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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Mar 24 Jan - 19:04


BAUDELAIRE

L'ÂME DU VIN

Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles :
« Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité,
Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles,
Un chant plein de lumière et de fraternité !

Je sais combien il faut, sur la colline en flamme,
De peine, de sueur et de soleil cuisant
Pour enregistrer ma vie et pour me donner l’âme ;
Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant,

Car j’éprouve une joie immense quand je tombe
Dans le gosier d’un homme usé par ses travaux,
Et sa chaude poitrine est une douce tombe
Ou je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux.

Entends-tu retentir les refrains des dimanches
Et l’espoir qui gazouille en mon sein palpitant ?
Les coudes sur la table et retroussant tes manches
Tu me glorifieras et tu seras content :

J’allumerai les yeux de ta femme ravie ;
À ton fils je rendrai sa force et ses couleurs
Et serai pour ce frêle athlète de la vie
L’huile qui raffermit les muscles des lutteurs.

En toi je tomberai, végétale ambroisie,
Grain précieux jeté par l’éternel Semeur,
Pour que de notre amour naisse la poésie
Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur ! »
_________________

Guillaume APOLLINAIRE

Te souviens-tu mon Lou de ce panier d’oranges
Douces comme l’amour qu’en ce temps-là nous fîmes
Tu me les envoyas un jour d’hiver à Nîmes
Et je n’osai manger ces beaux fruits d’or des anges

Je les gardai longtemps pour les manger ensemble
Car tu devais venir me retrouver à Nîmes
De mon amour vaincu les dépouilles opimes
Pourrirent J’attendais Mon cœur la main me tremble !

Une petite orange était restée intacte
Je la pris avec moi quand à six nous partîmes
Et je l’ai retrouvée intacte comme à Nîmes
Elle est toute petite et sa peau se contracte.

Et tandis que les obus passent je la mange
Elle est exquise ainsi que mon amour de Nîmes
Ô soleil concentré riche comme mes rimes
Ô savoureux amour ô ma petite orange !

Les souvenirs sont-ils un beau fruit qu’on savoure ?
Le mangeant j’ai détruit mes souvenirs opimes
Puissé-je t’oublier mon pauvre amour de Nîmes !
J’ai tout mangé l’orange et la peau qui l’entoure

Mon Lou pense parfois à la petite orange
Douce comme l’amour le pauvre amour de Nîmes
Douce comme l’amour qu’en ce temps-là nous fîmes
Il me reste une orange
Un cœur un cœur étrange
__________________





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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Mer 8 Fév - 11:40


Mme Suzanne BURGUES PEYREFITTE

LE CASSOULET DE CASTELNAUDARY

Il trône, solennel, le prince de la table,
Captivant notre vue et tous nos sens ravis,
Familles et voisins par ses soins réunis,
Viennent pour déguster un mets si délectable.

Juste sorti du four, craquelé, savoureux,
Son fumet odorant embaume la cuisine,
Camarade empressé d'une dive voisine :
Une vieille bouteille au bouchon poussiéreux.

Autour de la « cassole » en terre vernissée,
Leur chair pleine de suc, des cuisses de canard,
Appellent notre envie et s'offrent au regard :
Le trouble du plaisir effleure la pensée.

Chaque convive est là, venu pour le festin ;
Le propos est léger, l'anecdote fourmille,
On sert les haricots, la parole s'égrille
Devant leur succulence en chapeau de gratin.

Qu'ils soient "lingot", "coco"
ou de nom plus modeste,
Dans leur robe pulpeuse, et leur ventre dodu,
Ils n'ont pas leurs pareils pour le gourmand vaincu :
Ce sont eux, les vainqueurs, les phénix de la fête.

De la simple masure au fastueux château,
Ce plat convivial aux titres de noblesse,
Réunit à la fois l'aïeul et la jeunesse
Dans un bonheur joyeux qu'on se donne en cadeau.

Tel est le cassoulet, des agapes complices
Qui par son art sublime atteint le Rubicon.
Digne de Rabelais, roi de la région !
Passant, arrête-toi pour goûter ce délice.
__________________



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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Jeu 9 Fév - 11:35


Claude JONQUIERES

LES CRÊPES

Crêpe de la chandeleur,
Saute, crêpe de bonheur!
Sors de la poêle qui trébuche
Sur les bûches,
Et danse jusqu’au plafond
Où les jets de flamme font
Danser leurs reflets en rond.

Le beurre chante en grésillant.
Oh ! comme la pâte a bonne mine !
On dirait que la lune, en prenant son élan,
A perdu son teint de farine.

Allez, sautez, sautez plus haut,
Crêpe ardente, ô lune dorée !
Si vous ne pouvez plus, d’un saut,
Rejoindre la voûte éthérée,
Allez donc, au moins, vous loger
Au-dessus de la vieille armoire
Et de cet observatoire
Vous pourrez nous protéger.
_________________



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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Ven 10 Fév - 11:26


ANONYME

LES MOULES FRITES

Elle, avec ses cheveux blonds
Posés dans le vent du soir,
Lui, avec ses grands yeux noirs
Fermés, entr'ouverts ou ronds,

Tous deux réunis enfin,
Là, l'un près de l'autre, à table,
Grisés par le sel marin
Et un petit vin de table.

Ils ont pris la décision
De faire le grand plongeon,
S'offrir au plus beau des rites,

Se marier devant la foule,
Elle, une assiette de frites
Et lui, un grand bol de moules.
_________________

Albert SAMAIN

LE MARCHÉ

Sur la petite place, au lever de l’aurore,
Le marché rit joyeux, bruyant, multicolore,
Pêle-mêle étalant sur ses tréteaux boiteux
Ses fromages, ses fruits, son miel, ses paniers d’oeufs,

Et, sur la dalle où coule une eau toujours nouvelle,
Ses poissons d’argent clair, qu’une âpre odeur révèle.
Mylène, sa petite Alidé par la main,
Dans la foule se fraie avec peine un chemin,

S’attarde à chaque étal, va, vient, revient, s’arrête,
Aux appels trop pressants parfois tourne la tête,
Soupèse quelque fruit, marchande les primeurs
Ou s’éloigne au milieu d’insolentes clameurs.

L’enfant la suit, heureuse ; elle adore la foule,
Les cris, les grognements, le vent frais, l’eau qui coule,
L’auberge au seuil bruyant, les petits ânes gris,
Et le pavé jonché partout de verts débris.

Mylène a fait son choix de fruits et de légumes ;
Elle ajoute un canard vivant aux belles plumes !
Alidé bat des mains, quand, pour la contenter,
La mère donne enfin son panier à porter.

La charge fait plier son bras, mais déjà fière,
L’enfant part sans rien dire et se cambre en arrière,
Pendant que le canard, discordant prisonnier,
Crie et passe un bec jaune aux treilles du panier.
___________________


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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Sam 11 Fév - 11:12


SULLY-PRUDHOMME.

LA SAUCE MAYONNAISE

Dans votre bol en porcelaine
Un jaune d'oeuf étant placé :
Sel, poivre, puis vinaigre à peine
Et le travail est commencé !

L'huile se verse goutte à goutte,
Et votre sauce prend du corps
Epaississant sans qu'on s'en doute,
En flots luisants jusques aux bords !

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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Dim 12 Fév - 18:26


LES ÉCREVISSES A LA BORDELAISE

RECETTE

Dans les règles de l'art, commençons le travail!
« Faire une mirepoix comme suit — combinée
De carottes, oignons, thym, persil, laurier, ail,
De sel et poivre en grains dûment assaisonnée,
Parures de jambon, pour la corser un peu ;
Puis dans le beurre fin, sur un tout petit feu
Que cette mirepoix doucement se consume.
Alors d'un vin blanc sec, mouillez-la du volume

Nécessaire à ces crustacés ;
Et de ce court-bouillon leur offrant les prémices, —
Sans remords, en cuisson, plongez vos écrevisses,
Vingt minutes et c'est assez.

Du bain les sortant toutes roses,
Au chaud il vous faut les tenir
Attendant les saveurs écloses
Que la sauce doit contenir.
__________________






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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Lun 13 Fév - 12:24


ANONYME

PLAT D’EPINARDS

RECETTE

Voici pour débuter ce que vous devez faire :
Lavez vos épinards à l'eau limpide et claire
Puis, dans une eau salée et dont les tourbillons
Tournent dans la marmite en immenses bouillons,
Jetez-les d'un seul coup, et là laissez les cuire
Vivement, pour garder le vert qui doit séduire.
Rafraîchissez-les bien, hachez-les très menus,
Et quand ils sont à point, sur le feu revenus,
Mettez sel et muscade et, pour le goût suprême,
Etoffez-les de beurre et d'une double crème.
Ils sont pour la saison régal délicieux
Qui pour notre santé semble tombé des cieux.

De ce mets que je vous propose
Usez, mesdames, sans façons.
Il donne le teint frais et rose
De l'églantine des buissons !
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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Mer 15 Fév - 11:23



ANONYME


LA TRUFFE

JE parcours la forêt de l'aube au crépuscule,
Pour suivre les progrès de sa fécondité,
Espérant bien trouver, précieuse tubercule,
Quelque jour, le secret de ta paternité !

Que les femmes surtout adorent sans retour
Son parfum capiteux leur montant à la tête
Stimule doucement la face qui reflète,
En des yeux flamboyants, de longs frissons d'amour !

De ce mets que je vous propose,
Usez, mesdames, sans façon :
Il donne le teint frais et rose
De l'églantine des buissons.




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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Jeu 16 Fév - 9:06

Il y a bien des poètes anonymes qui ont un joli brin de plume !!!
Merci pour ces bonnes recettes ! sourir
bis2

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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Jeu 16 Fév - 12:11

Flamme a écrit:
Il y a bien des poètes anonymes qui ont un joli brin de plume !!!
Merci pour ces bonnes recettes ! sourir
bis2


Je "fouille" dans mes propres archives et je consulte de manière assez pointue les sites spécialisés pour "alimenter" ce topic sur les recettes poétiques de la bonne chère.

À croire que les poètes sont pour la plupart de grands épicuriens qui ne "mâchent" pas que leurs mots, mais qui savent "déguster" et apprécier la bonne cuisine.

MILLE merci Chère FLAMME pour tes témoignages d'Amitié et pour l'intérêt que tu portes dans tous les domaines de la culture et de la poésie.

CARPE DIEM et un tourbillon de bibi2 bibi2 bibi2

Excellente journée !

andre


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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Jeu 16 Fév - 12:12


RECETTE DES ROIS

RECETTE

Sur votre table vous mettez
Deux litres de bonne farine
A laquelle vous ajoutez
Deux tas de gros sel de cuisine.
Un litre de crème, quatre œufs,
Une livre d'excellent beurre,
Ensuite, mélangez sur l'heure
La pâte en lui donnant un tour,
Puis un autre et mettez au four.

Ce jour-là, croyez-le sans peine,
Je prends le Sceptre sans effroi ;
Et mon bonheur, quand je suis roi,
C'est... c'est d'embrasser la reine.




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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Lun 20 Fév - 12:37


Raoul PONCHON

LE NAVARIN

Des tous récents sujets de glose
Sur quoi les langues vont leur train,
Si j’en connais un qui s’impose,
C’est bien celui du navarin.

Ah ! si nos députés frivoles
Hâblaient cuisine en leurs discours
Et laissaient là leurs fariboles,
Nous aurions encor de beaux jours.

Le navarin, on peut le dire,
Est un vrai mets national
Il était donc temps que ma lyre
En dise un mot dans le Journal.

Dire que depuis le déluge,
Sans avoir avancé d’un zest,
Ce vieux litige est sous le juge,
Adhuc sub judice lis est ;

Que jusqu’à ce jour nous vécûmes
Sans savoir au juste, messieurs,
Quelle viande et quels légumes
Font ce rata digne des cieux !

Les uns, d’une atroce ignorance,
Veulent qu’il comporte du bœuf !
Du bœuf ! entends-tu, pauvre France !
Et pourquoi pas du drap d’Elbœuf ?

D’autres poussent la frénésie
Jusques à réclamer du veau !
Du veau ! C’est la pire hérésie
Qui puisse entrer dans un cerveau.

Ceux-ci tiennent pour les carottes,
Ceux-là proscrivent les oignons :
Ce sont des anti-patriotes,
Des esprits chagrins et grognons.

Sachez qu’un navarin comporte
Des navets emmi du mouton,
De là même le nom qu’il porte
De navets navarin - dit-on.

Le solané tubercule
Se marie agréablement
Avec le navet qui succule ;
Mais ça n’est là qu’un sentiment.

Maintenant, comment faut-il faire
Pour avoir un bon navarin .
Ah ! Ceci n’est pas mon affaire,
Et je ne suis pas dans le train :

Je sors de la Nouvelle-Zemble.
Pardine ! si je le savais !…
Je crois que l’on doit mettre ensemble
Et du mouton et des navets.

Un sorcier des plus authentiques,
Vêtu de blanc, jette sur eux
Des paroles cabalistiques
Et… le résultat est heureux.

Mais, bonnes gens, n’allez pas croire
Que vous rencontrerez ce mets
En quelque cabaret notoire
Dit à la mode. Oh ! non, jamais.

En ces cuisines fort communes
Officient des ratatouilles
Qui vous noient dans leurs sauces brunes,
Dans les jus de toutes couleurs.

Nos cuisiniers si beaux naguère
Se sont arrêtés en chemin,
Ils ont perdu depuis la guerre
Le tact avec le tour de main.

S’il vous fut ma pensée entière :
Voulez-vous un bon navarin ?
Demandez à votre portière,
C’est la seule qui veille au grain.




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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Dim 26 Fév - 12:24


Raoul PONCHON

LE VEAU DE NOTRE ONCLE

" Au temps où j'avais une vache
(Il y a longtemps de cela),
Pour avoir du lait pur, sans tache,
Voilà qu'un jour elle vêla.

" Un veau magnifique, superbe,
Au poil soyeux, au fin museau
Semblant déjà renifler l'herbe,
Aux yeux... autant dire, de veau.

" Une violente bisbille
Alors, au sujet du pauvret,
Sévit au sein de la famille,
A savoir ce qu'on en ferait.

" Je ne pouvais me mettre en tête
Que cet animal chez moi né
Et fils d'une excellente bête
Fût pour moi-même condamné

" A passer en des mains hideuses,
Connaîtrait le couteau rageur
Et tout ça, pour quelques semeuses
Que me paierait son égorgeur.

" Ce n'est pas pour ses beaux yeux, certes,
Que j'hésitais à le lâcher ;
Mais je le voyais, gorge ouverte,
Déjà, chez un affreux boucher.

" Cela m'était insupportable.
Je voyais encore mon veau
Sur de l'oseille et sur ma table,
En fricandeaux, en godiveau...

" Mon veau de mine si gentille !
Est-ce qu'en somme il n'était pas
Un petit peu de la famille ?
M'en voyez-vous faire un repas ?

'' J'aime les veaux d'amour extrême,
Je l'avoue, en sage, en chrétien.
Et c'est parce que je les aime
Que je suis végétarien.

" Or, quelqu'un de mon entourage
Me dit, non sans quelque raison,
Que tout de même il n'est pas sage
D'avoir un veau dans sa maison.

" Un veau, c'est encombrant, stupide...
Encor si c'était un cochon !
Un cochon est au moins lucide
Et bien autrement folichon.

" Et puis, faut songer à la bourse :
On nourrit un cochon pour rien.
Enfin on a cette ressource
De l'appeler Fabricien...

" On me fit remarquer ensuite
Que mon veau ne serait pas veau
Tout le temps... il grandirait vite,
Et ce veau deviendrait taureau ;

" A moins qu'en des laboratoires
Il ne fût un jour rendu veuf
De ses - comment dirai-je ? - histoires,
Et ne devint, de ce chef, bœuf.

'' Je me rendis, c'était plus sage,
A ce puissant raisonnement ;
Mais j'ai toujours gardé l'image
Dans mon cœur, de ce veau charmant.

" Donc, il me quitta. C'est la vie !
Il faut en prendre son parti.
Ayons quelque philosophie
En ce monde si mal bâti.

" Si tu veux de la gibelotte
Que fais-tu ? tu prends un lapin ;
Comme tu fauches, saperlotte !
Le blé pour te pétrir du pain.

" Eh bien, pour le veau à l'oseille,
Vois-tu, c'est kif-kif bourricot :
Il te faut d'abord de l'oseille,
Et puis, hélas ! tuer un veau. "




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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Lun 27 Fév - 19:40


Raoul PONCHON

A M. LOUIS DIDON
qui avait envoyé une terrine de foie gras du Périgord
au Courrier Français,
à l'occasion du Réveillon



Un poème, Didon, ta terrine de foie !
Des gens seraient sortis volontiers de prison
Pour flairer seulement sa douce exhalaison.
A son seul souvenir l'oeil du Courrier flamboie.

Pour payer ce chef d'oeuvre il n'est point de monnoie,
Et c'eût été trop peu de l'antique Toison :
La truffe ambrosiaque y tenait garnison
Et l'emplissait de grâce et d'amour et de joie.

Aussi, pour cet envoi gracieux, ô Didon,
Nous te remercions en masse, mais, dis donc,
Je vais te dire ici, - la vérité m'y pousse -

Quel est mon désespoir et le regret que j'ai :
Je n'en eus, pour ma part, que gros comme le pouce ;
Ce bougre de Quinzac a presque tout mangé.







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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Mer 1 Mar - 11:47


Raoul PONCHON

Parbleu, je les trouve sublimes
Et merveilleux ces médecins
Qui nous prescrivent des régimes
Bouillons de culture et vaccins

Chargés de partir en croisade
Contre les microbes sournois,
Petits vagabonds en balade,
Qui se glissent en lapinois

À travers le sombre dédale
Du grêle ou du gros intestin,
chez lesquels ce que l'on avale
A toujours le pire destin.

Nous serions tous, à les entendre
De noirs foyers infectieux
Pleins de bacilles à revendre...
Mais comment faisaient nos aïeux ?

Je ne vois pas qu'à leur époque
Ils aient vécu moins vieux que nous.
Même leur souvenir évoque
Des gaillards buvant à grands coups,

Se nourrissant d'un tas de choses
Qu'aujourd'hui l'on nous interdit,
Et qui n'avaient pas de névroses
Ni estomac en discrédit.

Ils ignoraient que l'appendice
Était chez eux en supplément
Et pouvait prêter préjudice
Au reste de l'ameublement.

Quand ils dégustaient sans vergogne
De bons vins entre compagnons,
Ils ne disaient pas : " ce Bourgogne
Va brûler nos pauvres rognons. "

Et certes, ils riraient bien, je pense,
Car c'est un suggestif tableau,
D'apprendre, que par correspondance,
On met en bouteilles... de l'eau !

Or, si, sans faire un tel manège,
Nos anciens se portaient fort bien,
Avaient-ils donc le privilège
De n'avoir rien de microbien ?

Faut-il croire que le bacille
Ait attendu jusqu'à nos jours
Pour venir prendre domicile
Dans le ventre et ses alentours ?

Non, je crois que ces petits êtres,
Intrépides explorateurs,
Ont de tout temps traîné leurs guêtres
Dans nos maquis intérieurs ;

Seulement on n'y songeait guère,
Ils vivaient chez nous incompris ;
Au lieu de leur faire la guerre,
On les traitait par le mépris.

Maintenant, comme nourriture,
Pour exaspérer ces intrus,
On prend des bouillons de culture
Plein d'innombrables détritus.

Par ordonnance, l'on consomme
Du lait tourné, doux aliment,
Ou le ferment du jus de pomme
(N'allez pas lire : le Serment

Du jeu de Paume) ; l'eau filtrée
A remplacé les vins de choix ;
Et les farineux en purée,
L'artichaut et les petits pois.

Enfin une chose m'épate,
Tout le fait me paraît inouï :
Hier on condamnait la tomate,
On nous la prescrit aujourd'hui.

Hier les œufs étaient une chose
Saine... à présent on les défend,
Et c'est de la tuberculose
Que dans le lait gobe un enfant.

Au fond, ce n'est que de la frime,
Et ceux qui suivent les avis
Devraient choisir comme régime
Le millet et le chènevis.




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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Lun 6 Mar - 19:17


Raoul PONCHON

ALIMENTS PURS

A peine étais-je assis à table,
Dans un cabaret confortable
Assez connu pour son Vatel,
Que surgit un maître d’hôtel,
Bouche en cœur, avec le sourire,
Et superbe, je dois le dire.
Tout d’abord, il se crut tenu
De m’exciter sur le menu,
Sur des veloutés, des suprêmes,
Des jus, des coulis et des crèmes
Fort réputés dans la maison, -
Disait-il, - mais dont le blason
Fut toujours pour moi sans prestige.
« Non, non. Pas de sauces, lui dis-je.
Non plus de vos salmigondis…

Ecoutez bien : beurre et radis.
Je dis beurre et non margarine
Et autres, de même farine.
Après cela, je mangerais
Assez volontiers des œufs frais.
J’appelle œufs frais, sans équivoque,
Ceux-là que l’on mire… à la coque.
Puis, ce sera des escargots
En escargot de tout repos,
Non en mou de veau qu’on maquille
Et qu’on met dans une coquille.
Ensuite… un rouget, - mais, pardon !
Que ce ne soit pas un gardon.
Vous ferez suivre l’entrecôte,
Avec quelques pommes pont-neuf.
Mais, je le dis à voix bien haute :
Une entrecôte est cette viande
Prise entre deux côtes d’un bœuf,
Selon une ancienne légende,
Et non, si ça vous est égal,
Dans la « culotte » d’un cheval.

Après… voyons… que mangerai-je ?
Je m’appuierais bien un perdreau,
S’il est assez frais et pas trop.
Surtout, merci du privilège,
Si vous me servez un corbeau
N’ayant que les os et la peau.
Qu’une salade l’enjolive,
Si toutefois l’huile est d’olive,
Comme le vinaigre de vin.
Je veux bien, si je suis en verve,
Pourvu qu’il ne soit de conserve,
Un légume quelconque. Enfin,
Je consens à quelque fromage,
S’il n’a pas subi l’écrémage
Et s’il ne marche pas tout seul,
Bref, si ça n’est pas un aïeul…

Quant au vin que je compte boire,
Qu’il soit simplement péremptoire,
Voilà tout, en sa probité,
Pur jus de raisin fermenté.
Entremets… desserts, je m’en passe.
Mais je veux une demi-tasse
De café. J’appelle café,
Vous savez, non du gland râpé,
De la chicorée… aussi pire,
Mais le seul café, je veux dire
Des grains de café, quoi ! Sans plus,
Torréfiés et bien moulus,
Que dans l’eau, si je ne m’abuse,
Très soigneusement on infuse.

Les liqueurs, je n’en parle pas.
On n’en trouve plus ici-bas.
Vous m’en donnerez tout de même ;
Mon estomac, un vrai poème,
Depuis longtemps, vous pensez bien,
Ne va plus s’étonnant de rien.
Je finirai par un cigare?
Que s’il est en feuilles de chou,
Vous pouvez le garder pour vous ;
Mon goût, jusque-là, ne s’égare.
J’aime les choux en tant que choux,
Et non pas en tant que cigares.
D’ailleurs, j’y puis mettre le prix.
Ainsi donc, vous m’avez compris ? »

« Oui, me dit-il, je vous écoute.
Mais monsieur veut rire, sans doute ?
En vérité, si tous les gens
Etaient à ce point exigeants,
Ce serait notre mort subite,
Nous aurions bientôt fait faillite. »




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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Sam 11 Mar - 19:00



BARBELLION (Londres, 1891)

« Des pleurs du ciel, prenez un litre seulement
Huit onces de beurre fin, puis mettez promptement,
Dans une casserole au feu vif exposé,
Et qu’au premier bouillon, elle en soit retirée.
Du sel plein un grand dé, puis le double de sucre.
Elle prend peu, rend beaucoup, nul esprit de lucre.
Seize onces de farine a point bien tamisée,
Dans l’ébullition vivement mélangée.
Desséchez un instant, trois par trois ajoutez
Une douzaine d’œufs, a tours de bras battez,
Battez, battez longtemps.
Dans le four, on vroirait qu’elle dort,
Mais non, elle se mire en la flamme brillante.
Son gonflement secret ressemble au sein naissant,
Dont le cœur se remplit d’un amour bienfaisant
Puis se pare de rayons et bientôt opulente,
Eclate et resplendit dans une robe d’or. »






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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Mar 14 Mar - 12:39


Raoul PONCHON

SYMPHONIE DES FROMAGES

On va me dire que ça pue,
Le fromage. Allons donc, vraiment ?
Tout ça dépend du point de vue,
De l’occasion… du moment.
Moi, j’en mange et point ne m’en cache.
Je serais un vrai veau de vache,
Privé de tout discernement,
Si je n’aimais jusqu’au délire
Le fromage, que sur la lyre
Chanta le bon gros Saint-Amant.

O fromages de ma patrie,
Et vous de l’étranger aussi,
Accourez ça, la coterie…
Diable ! On vous sent déjà d’ici.
Trop tôt, Livarot, sâle bête…
Mais voici la flore complète,
Si j’en crois mon flair d’artilleur.
Ne bougez plus, que l’on vous goûte.
Allons, experts, on vous écoute ;
Dites-nous quel est le meilleur ?

Oui, mais voilà : chacun en pince
Pour le fromage familier,
Qui se fabrique en sa province,
Et qu’il prise sur un millier.
Ainsi l’habitant de la Brie
Traitera de saloperie
Tel fromage que vous nommiez,
Jurant sur les Saintes Images
Que sur tous les meilleurs fromages
Prévaut celui de Coulommiers.

Le gars normand triomphe avecque
Le Camembert, le Port-Salut,
Le Livarot, le Pont-Lévêque ;
L’Auvergnat jamais ne voulut
- Tel est son sale caractère -
Démordre de son Saint-Nectaire,
De sa fourme et de son Cantal ;
Le Flamand prend de son Maroilles
A témoin le ciel, les étoiles,
Qui fleure l’ambre et le santal.

Le Dauphiné dit Sassenage ;
Le Poitou répond Chabichou.
Ne leur niez pas leur fromage,
Vous seriez un abouchouchou.
Le Lorrain ne voit sur sa table
Qu’un Géromé de présentable.
Pour un Picard, son Manicamp,
Près duquel tout est faribole,
Va défiant toute hyperbole,
Surtout quand il fiche le camp.

Le Parmesan, en Italie,
J’ai lu ça dans Zola,
Est inattaquable et ne plie
Que devant le Gorgonzola.
La Suisse se montre assez fière
De son grand pleurant de Gruyère ;
Le Stilton avec le Chester
Sont les deux « cracks » de l’Angleterre ;
L’allemand ne fait pas mystère
De son effroyable Munster.

On voit qu’il y a ballottage.
Et j’en passe, bien entendu.
Mais n’insistons pas davantage,
A quoi bon ? c’est du temps perdu.
Les dénombrer, quelle chimère !
Quand j’aurais la lyre d’Homère,
Je m’arrêterais en chemin ;
Disons que le meilleur fromage,
Tout en rendant à tous hommage,
C’est celui qu’on a sous la main.






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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Ven 17 Mar - 12:52


Raoul PONCHON

TABLE D'HÔTE

Etant à la table d’hôte
D’un hôtel très fréquenté,
Sur je ne sais qu’elle côte
Où l’on se baigne l’été,

Ma surprise fut extrême
Quand au bout d’un temps je vis
Que beaucoup mieux que moi-même
Mes voisins étaient servis.

On les accablait de viandes,
De ragoûts faits pour les dieux
De mille choses friandes
Et de vins coquentieux.

Moi j’avais des roustissures
Et des mégots de poulet,
Des lavasses, des rinçures,
Du vin on ne peut plus laid.

Si j’attrapais une miette
Ce n’est qu’en catamini ;
On m’enlevait mon assiette
Avant que j’eusse fini.

Je pensai : c’est un usage
Qui m’est encore inconnu
De traiter comme un Osage *
Le client dernier venu ?

On veut peut-être - mystère ! -
Avant que de l’accueillir
Lui tâter le caractère
Ou l’empêcher d’orgueillir.

Je n’y prêtai pas sur l’heure
Davantage attention,
Etant d’humeur la meilleure
En pareille occasion.

Lorsque le lendemain même
Je dus inscrire à côté
Des autres noms mon nom blême
Sur un registre affecté.

Avec une immensurable
Stupéfaction j’appris
Que tous mes voisins de table
Etaient des clients de prix ;

Des seigneurs considérables,
Des dames du plus haut rang
Pour lesquels sont misérables
Deux cents mille francs par an.

Fallait pour que je le crusse
Que je lusse, vraiment.
Or tout ce monde était russe
Comme on ne l’est seulement

Qu’en France. Et chaque était prince,
Princesse nés Troubetzkoï ! *
Troubetz-quoi ? Troubetzkoï ? Mince,
Alors ! Jusqu’au moindre boy.

Ma foi, qu’à cela ne tienne,
S’il faut être Troubetzkoï
Et de nation russienne
Pour vivre ici, troubetzkoï -

Sons-nous. Et sur le registre
Où mon nom se tenait coi
Comme un nom très terne, bistre,
J’ajoutai : Né Troubetzkoi.

A partir de cette époque
On fut plein d’égards pour moi.
Au lieu d’être comme un phoque
Traité, je le fus en roi.

Je pouvais à table d’hôte
Dévorer n’importe quoi,
Puisque j’était de la côte
De l’illustre Troubetzkoi.

Après ça, je m’imagine
Qu’on est toujours plus ou moins
Troubetzkoï dès l’origine,
Chacun selon ses besoins.






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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Lun 20 Mar - 19:33


Raoul PONCHON

L’ŒUF AU RIZ

Ah ! Mes pauvres enfants ! Tout de suite, qu ‘apprends-je
Comme je sors d’ici ?
Une chose incroyable, absurde autant qu’étrange.
Ecoutez bien ceci :

Croulerions-nous sous les désastres
Peu nous chaut, et qui s’en soucie
Désormais, puisqu’un médicastre,
Tous, nous invite à l’euphorie…

Venez ça, petites chéries
De lys et de rose pétries
Laissez-vous déplacer mes mies
Voici le temps de l’euphorie

Las, pauvre poète burlesque
Tintamarro-funambulesque.
Qu’est-ce que je viens faire ici ?
Voici le temps de l’euphorie…

Qui de lui, de moi le plus saoul ?
Aussi vrai qu’on me dit Raoul
Ne voilà-t-il pas qu’un ivrogne
Ayant sans doute mal compris,
Au caboulot, le rire en trogne
Commande au patron l’œuf au riz ?

L’Œuf au riz, je vous le demande
Est-ce là plat que sur commande
A mitonné le Paul Bocuse
Maître queux à la science infuse ,

Ou bien, mais je n’en suis point sûr,
De cette Nouvelle cuisine
Sur laquelle, Mesdames, j’urine
Sauf votre respect bien sûr ?

Muse, dis-moi donc, je te prie,
De quoi donc est fait l’œuf au riz
Ce régal qui n’a pas de prix
Et qui nous met en euphorie.

Et si c’est un plat rationnel
Pour l’enfançon qui sur la paille
Avec un âne et des volailles
Est né le beau jour de Noël.

Mais soudain un doute m’effleure
Moi qui, du vin, cherche la fleur.
L’oeuf, au dire des spécialistes,
Fait de tout nectar un vin triste,
Un pissat d’âne, un reginglard
Un tord-boyaux. Est-il si tard,
Sommelier, pour qu’on ne nous porte
Ce vin qui ouvre les portes
De cette euphorie, justement ?
Foi de Noë, de Saint Amand.

Foi de Ponchon, et que ce vin
Descendant au profond ravin
Qui est notre gosier grandiose
Le fasse de pure métal rose…

Ce bruit qui sent bon, que je meure
Si ce n’est celui des oignons
Qui se trémoussent dans le beurre.
Prélude à la cuisson du riz? Cré nom,
Par tous les gnons et les trognons,
Un riz sans oignons n’est pas bon !
Et que la savante industrie
Des Vatel de ma patrie
Y ajoute un œuf qui soit frit
A point, la voilà l’euphorie !

Je suis de candeur sans pareille
Et de presque tout revenu,
Mais si Bacchus trouvait en ses bouteilles
La meilleure à ce plat reconnue,
Je crierais « vive l’œuf au riz ! »
Et sortirais de cette vie
N’ayant que ma chemise au c..
Tant d’autres, mal buvant d’ailleurs, n’en ont pas plus !







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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Mer 22 Mar - 17:04

L’œuf au riz avec des petits oignons, c'est très bon !!!
Il a raison notre ami poète !
sourir bis2

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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Mer 22 Mar - 18:56

Flamme a écrit:
L’œuf au riz avec des petits oignons, c'est très bon !!!
Il a raison notre ami poète !
sourir bis2


PONCHON était connu comme un fin épicurien. Amateur de bons vins, de la bonne chère et fumeur de pipe et de cigares, ce qui ne l'a pas empêché d'atteindre, pour son époque, un âge avancé puisqu'il est décédé dans sa quatre-vingt neuvième année. Jusqu'à la fin de ses jours, il a menu une vie intense et assez décousue. Mais peut-être bien que l'alcool conserve...

ahah ahah

DE GROS bibi2 bibi2 bibi2 DE NOUS TROIS À VOUS DEUX.

andre



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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Jeu 23 Mar - 12:06


Suzanne BURGUES

LE CASSOULET DE CASTELNAUDARY

Il trône, solennel, le prince de la table,
Captivant notre vue et tous nos sens ravis,
Familles et voisins par ses soins réunis,
Viennent pour déguster un mets si délectable.

Juste sorti du four, craquelé, savoureux,
Son fumet odorant embaume la cuisine,
Camarade empressé d'une dive voisine :
Une vieille bouteille au bouchon poussiéreux.

Autour de la « cassole » en terre vernissée,
Leur chair pleine de suc, des cuisses de canard,
Appellent notre envie et s'offrent au regard :
Le trouble du plaisir effleure la pensée.

Chaque convive est là, venu pour le festin ;
Le propos est léger, l'anecdote fourmille,
On sert les haricots, la parole s'égrille
Devant leur succulence en chapeau de gratin.

Qu'ils soient «lingot», «coco»
ou de nom plus modeste,
Dans leur robe pulpeuse, et leur ventre dodu,
Ils n'ont pas leurs pareils pour le gourmand vaincu :
Ce sont eux, les vainqueurs, les phénix de la fête.

De la simple masure au fastueux château,
Ce plat convivial aux titres de noblesse,
Réunit à la fois l'aïeul et la jeunesse
Dans un bonheur joyeux qu'on se donne en cadeau.

Tel est le cassoulet, des agapes complices
Qui par son art sublime atteint le Rubicon.
Digne de Rabelais, roi de la région !
Passant, arrête-toi pour goûter ce délice.







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MessageSujet: Re: La poésie Gourmande   Ven 24 Mar - 12:11


Raoul PONCHON

ESCARGOTS

La fraude - nerf du commerce -
A notre époque s’exerce
Sur les escargots itou :
Ainsi des gens, sans vergogne,
Vont déclarant de « Bourgogne »
Ceux qu’ils cueillent n’importe où.

Tel escargotière cupide,
Dans une coquille vide
Et Bourguignonne, vous vend
Un escargot fantaisiste...
C’est le geai du Fabuliste
Paré des plumes du paon.

Mais ceci n'est rien encore :
Tel autre, nul ne l'ignore,
Sans surmener son cerveau
Autrement, vaille que vaille,
Ses escargots il les taille
Dans un simple mou de veau.

C'est ce qui fait qu'en Bourgogne
Les Bourguignons sont en rogne,
Mènent un grand branle-bas :
" - Les escargots de nos vignes -
Disent-ils - sont les seuls dignes,
Les autres n'existent pas."

Ils exagèrent sans doute,
Des escargots, somme toute,
Viendraient-ils de Chicago,
Des Balkans ou de la Flandre,
Peuvent de même prétendre
À ce titre d'escargots.

A parler franc, j'irai jusques
A dire que ces mollusques
Rappellent ce caoutchouc,
Soit cette élastique gomme
Mâchée au collège comme
Si c'eût été du cachou. *

Mais la savante industrie
Des Vatels de ma patrie
Est admirable à ce point,
Qu’ils vous feraient, ma parole,
Bouilli dans leur casserole,
Manger votre propre poing.

Aussi, quand ils s’accommodent
Ces rudes gastéropodes,
Selon les lois d’un « farci »
D’essence supérieure,
En les maniant de beurre,
Force épice, ail et persil ;

Ma foi, leur chair élastique
Devient assez sympathique.
- Tout dépend de la façon -
Ici, plus qu’ailleurs, j’estime
Que c’est la sauce qui prime
Et fait passer le poisson.





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