LE COIN POÉTIQUE DE FRIPOU



 
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 LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT

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André Laugier

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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Lun 24 Juil - 19:39

Flamme a écrit:
Excellente critique de ces touristes qui vont dépenser plein d'argent pour avoir des mets pourris, et des vacances de même !
Il aime bien voir le verso des choses, notre ami Ponchon ! chienquirit grosbiz


Toujours en ce qui concerne les vacances, le poème suivant brosse un portrait assez ironique sur le mois de juillet à Paris.

GRAND MERCI pour tes appréciés commentaires, FLAMME.

NOUS VOUS EMBRASSONS TOUTES LES DEUX BIEN AFFECTUEUSEMENT.

andre


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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Lun 24 Juil - 19:39


Raoul PONCHON

QUE D’AU ! QUE D’AUTEURS !

Cependant que Paris se vide,
Qu’en lieu de ses Parisiens
Il ne voit qu’Anglais intrépides
Qu’il ne reconnaît pas pour siens ;
 
Que, soit vers la plage à la mode,
Soit vers le petit trou pas cher,
Nous accélérons notre exode,
A seule fin de changer d’air ;
 
Qu’il n’est jusqu’à Loubet lui-même
Qui ne rambouille à Rambouillet,
Paris étant tout un poème
De puanteur en ces juillet ;
 
Que les tribunaux, que la Chambre
Et les théâtres sont fermés,
Qui ne rouvriront qu’en septembre,
Ainsi que tous endroits famés ;

Seuls, nos chers auteurs dramatiques,
Sur promesses ou sur contrats,
Au fond de leurs châteaux gothiques,
Travaillent comme des forçats.
 
Qui pour Gémier, qui pour Antoine,
Pour Réjane ou Sarah Bernhardt,
Selon qu’ils les croient plus idoines
Aux exigences de leur art.
 
Ces travailleurs opiniâtres,
On ne les prendra pas sans vert.
Ah ! nom d’un chien, non ! les théâtres
Ne chômeront pas cet hiver,
 
Si j’en crois la brillante enquête
Instruite par Delilia,
La liste en est assez coquette
De ces ouvrages qu’il y a
 
En chantier. Que de vaudevilles,
De verbe nul, d’art exigu !
De mélos pour sergents de ville,
Atteints de Bouchardysme aigu !

Que d’opéras et d’opérettes,
Musique de Victor Roger !
De saynètes et de bluettes !
Rien à boire, nib à manger.
 
Bien qu’il y faille une salive,
Que de Cyranos nonobstant !
Et que d’Aiglons en perspective,
Pour faire la pige à Rostand !
 
Que d’Ibsen traduits ! d’Hauptman ternes !
De Sudermann, on nous promet !
Et de Biornston - Biornsterne,
Cet ennemi de Larroumet !
 
Hélas ! et que - c’est ça qu’est pire -
Nous pend à notre pauvre nez
D’adaptations de Shakespeare
En vers plus ou moins bistournés !
 
Enfin, que de tableaux, que d’actes !
Ce serait à devenir fou,
S’il n’y avait pas des entr’actes
Pour ceux qui veulent boire un coup.
 




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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Mar 19 Sep - 12:25


Raoul PONCHON

Or, tandis que Béhanzin,
Ce pauvre roi nègre
Tient de l’État - son cousin -
Un budget si maigre

Que c’est à peine s’il a
Dans sa dérisoire
Et Blidérenne villa
De quoi rire et boire ;

Au point que son présomptif
Se patafiole
Pour n’avoir à son actif
La moindre Espagnole ;

Tandis que Ranavalo,
Reine - c’est bien pire -
Est réduite au pain, à l’eau,
Ou, pour ainsi dire,

Qu’elle ne peut même pas
S’acheter des chiffes
Pour donner à ses appas
Un rien de high-life.

Enfin, que des rois déchus,
De par nos victoires,
Sont à tout jamais fichus ;
Que leurs territoires

Subissent notre action
Sous le bon prétexte
De civilisation,
Comme dit le texte !

On accable de vivats,
On couvre de roses
Ce bienheureux Sisovath,
Et d’apothéoses !

On te lui fout des festins
- Si tu l’interroges -
A troubler ses intestins
Encore au Cambodge ;

Des spectacles de gala,
Tels que jamais même
En France on en régala
Edouard septième.

Il n’y en a que pour lui ;
Pour lui Marianne
Sent son cœur en son étui
Sonner la Diane.

Pourquoi l’un sur le pavois ?
Pourquoi ces blessures
Aux autres ? Pourquoi deux poids ?
Pourquoi deux mesures ?

En quoi Sisovath t’est-il
Donc plus sympathique
Que ses copains en exil ?
- Dis, la République -

Pour le dorloter ainsi
En première classe ?…
Il me semble bien que si
J’étais à sa place,

Je me irais : « Ouvrons l’œil ! »
J’aurais une transe,
Trouvant en ce trop d’accueil
Quelque peu d’outrance.

« Comment ces saligauds-là
M’ont pris mon royaume,
Me dirais-je, et me voilà
Chez eux, roi fantôme

« Traité par tous en vrai roi !
Je ne comprends mie.
Et, c’est à mourir d’effroi,
France, mon amie ! »




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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Mar 19 Sep - 13:42

Ponchon rime et critique à toutes les sauces !!! Il est incroyable !!!
bis

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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Sam 23 Sep - 12:41

Flamme a écrit:
Ponchon rime et critique à toutes les sauces !!! Il est incroyable !!!
bis



Il a écrit plus de 170.000 vers, souvent orientés sur les plaisirs de la bonne table et de la divine boisson. Qui plus est, grand Ami de VERLAINE, il fut un émérite versificateur, auteur de pamphlets, de poésies en tout genre et de pièces de théâtre. Il se définissait ainsi dans ce quatrain :

Je dis bistro comme je chante…
Comme je dirais cabaret…
Mais quoi ! le mot bistro m’enchante.
Je lui trouve un air guilleret...




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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Lun 25 Sep - 19:34


Raoul PONCHON

ALLEZ BOIRE,
PAUVRES IVROGNES

On assure que l’on a vu
Partir les dernières cigognes,
L’hiver arrive, il est venu :
— Allez boire, pauvres ivrognes.

Et si vous voulez un conseil,
Vous boirez votre premier verre
À la santé du bon Soleil,
Votre bienfaiteur, votre père.

N’a-t-il pas, avant de partir,
Pour vous, cochons, en abondance
Versé son sang comme un martyr
Sur tous les coteaux de la France ?

Il l’a fait. De bons vignerons
Sont-ils pas venus dare-dare
Le recueillir, pieux et prompts ?
Ils sont venus, je le déclare.

Ensuite, avec ce sang divin,
N’ont-ils pas fait « la scène à faire »
En vous distillant ce bon vin
Qui semble être votre atmosphère ?

Ils l’ont faite. Vous voyez bien…
Allez communier, andouilles
Pâles et navrantes combien !
Si vous n’êtes pas des grenouilles.

On assure que l’on a vu
Partir les dernières cigognes.
L’hiver arrive, il est venu :
— Allez boire, pauvres ivrognes.

Que vous importe à vous, l’hiver ?
N’avez-vous pas dans les bouteilles
L’été doré, le printemps vert,
Et l’automne aux couleurs vermeilles ?

Que vous importe à vous, l’hiver ?
Nos soifs sont-elles des fourrures
À mettre dans le vétyver ?
Ou si vous craignez pour vos hures ?

Que vous importe que le vent
Au fond des forêts siffle et sonne,
Pourvu qu’un joli vin vivant
Dedans votre verre frissonne ?

On assure que l’on a vu
Partir les dernières cigognes.
L’hiver arrive, il est venu :
— Allez boire, pauvres ivrognes.

Allez boire le vin nouveau,
Et ne tabustez de la sorte
Mon déjà si faible cerveau,
Et que le diable vous emporte !





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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Mar 26 Sep - 8:11

On pourrait en faire une chanson !!!
Il a beaucoup de talent, ce Raoul Ponchon !

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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Sam 30 Sep - 11:49

Flamme a écrit:
On pourrait en faire une chanson !!!
Il a beaucoup de talent, ce Raoul Ponchon !




Il aimait bien se représenter aini :

Bâtard des trouvères antiques,
Je suis un pilier des boutiques
Dites cabarets artistiques.

Le pire, c'est qu'il ne s'est jamais considéré comme poète, alors qu'il avait non seulement une imagination grandiose, mais il fut un excellent versificateur... Que de livres lui ont été dédiés !


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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Sam 30 Sep - 11:54

Raoul PONCHON

AU CABARET

Muse, allons au cabaret,
C’est le seul endroit potable,
Mettons nos pieds sur la table
Et buvons du vin clairet.

Là. C’est très bien. De la sorte
Je vois qu’ils sont au complet :
Mâtin ! Ce joli mollet
Prouve que tu n’es pas morte.

Puisque Phébus aujourd’hui
Au ciel — combien sale et terne —
N’accroche pas sa lanterne,
Nous nous passerons de lui.

Peut-être bien qu’il se vante
De nous poser un lapin ?
Baste, avec un peu de vin
Facilement on l’invente.

Déjà même je le vois
Comme je te vois, te dis-je ;
Voire même — quel prodige ! —
Du premier coup je le bois ;

Il me chauffe, m’illumine :
— Ô ma muse bon garçon
J’aime d’étrange façon
Ta frimousse de gamine.

Oui, je t’ai quand je te veux,
Soleil ! Et dans moi tu bouges.
— Dieu ! que tes lèvres sont rouges
Maîtresse, et lourds tes cheveux !

Bois, ton verre se dépite.
que les cieux soient étonnés
De voir le bout de ton nez
Plus brillant qu’une pépite.

Faisons-nous une raison,
Muse, et buvons : dans la cave
Le soleil est notre esclave,
Rappelle-toi la chanson :

« Au tiède mois de l’automne
« On met le soleil en tonne,
« Cela fait qu’en la saison
« Où l’on reste à la maison,
« Les délicieux ivrognes
« En peinturlurent leurs trognes.

« Ce soleil éblouissant
« C’est le vin couleur de sang,
« Le vin gai comme une fête,
« Qui fait tourner dans la tête
« Un astre artificiel
« Que l’on croit toujours au ciel. »

Qui dit cela ? ma petite,
C’est toi, l’automne dernier…
… Hé ! Monsieur du tavernier ?
Ton petit vin m’appétite.

Va m’en chercher, bon marchand,
Tu m’as l’air d’un homme aimable ;
Quand on vend du vin, du diable
Si l’on peut être méchant.




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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Sam 30 Sep - 15:07

Il parle en vers en simple conversation !!! Les rimes lui arrivent tout simplement .
Il devait être un bon vivant !
bis bisounours

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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Jeu 5 Oct - 12:23

Flamme a écrit:
Il parle en vers en simple conversation !!! Les rimes lui arrivent tout simplement .
Il devait être un bon vivant !
bis bisounours


Bon vivant, çà il l'était. Il n'était pas du genre à se prendre la tête pour 3 fois rien. Un vrai épicurien prenant le temps de profiter des choses et des plaisir de l'existence. C'est sans doute pour cela qu'il a vécu presque centenaire.

ahah

bibi2 bibi2 bibi2

andre



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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Jeu 5 Oct - 12:25

Raoul PONCHON

AU TEMPS
OÙ LES BÊTES PARLAIENT

Jadis les gens étaient moins bêtes,
— Du temps que les bêtes parlaient, —
Les cœurs étaient vaillants, les têtes
Pour la liberté s’emballaient ;
La foi des peuples était prompte
Vers leurs dieux qui les consolaient.
C’est du moins ce que l’on nous conte
Du temps où les bêtes parlaient.

Les rois pacifiques, honnêtes,
Étaient tous de gentils garçons,
Régnaient sagement ; les poètes
Les célébraient dans leurs chansons.

Dans une touchante harmonie
Les grands aux humbles se mêlaient :
Rêve éteint, vision finie !
Ô temps où les bêtes parlaient !

Jadis, les mères, les épouses
Se montraient merveilleusement
De l’honneur de l’époux jalouses
En ne prenant qu’un simple amant.
Mais entre elles faisant la paire,
Jamais elles ne s’accouplaient ;
Les enfants avaient plus d’un père
Au temps où les bêtes parlaient.

La femme aujourd’hui politique,
Fait sa médecine, son droit,
Aspire à la Chose publique :
Mon Dieu, qui sait ? Moins qu’on le croit
Elle est capable de sottises ;
Mais jadis les hommes trouvaient
Plus de boutons à leurs chemises,
Au temps où les bêtes parlaient.

Au bon temps jadis, sur les places,
Certainement l’on rencontrait
Bien moins de fontaines Wallaces,
Plus de marchands de vin clairet.
Ô crâne temps ! Époques dignes !
Les bons ivrognes se soûlaient
Avec le joli sang des vignes !
Au temps où les bêtes parlaient.

Autrefois l’on voyait l’artiste,
Tout entier à son idéal,
Aimer la Beauté Trismégiste
D’un amour pur et filial.
Les Arts n’étaient pas en boutique
Et les peintres ne barbouillaient
Pas encore pour l’Amérique,
Au temps où les bêtes parlaient.

La pudeur était moins farouche ;
Les mœurs pourtant n’en souffraient pas ;
On pouvait baiser sur la bouche
Sa muse, à la fin du repas,
Jadis. Les juges équitables
Jugeaient les méchants, mais laissaient
Chanter en paix les pauvres diables,
Au temps où les bêtes parlaient.
 




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Dernière édition par André Laugier le Ven 6 Oct - 11:42, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Jeu 5 Oct - 13:50

Le passé sera toujours plus beau que le présent ! !!!
Plus de compréhension, plus de compassion !
bis

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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Ven 6 Oct - 19:43

Flamme a écrit:
Le passé sera toujours plus beau que le présent ! !!!
Plus de compréhension, plus de compassion !
bis


Et peut-être aussi parce que l'incertitude du lendemain est la seule certitude du jour....

bis bis

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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Ven 6 Oct - 19:45


Raoul PONCHON

LE BON DIEU ET LE COCU

Qui veut être longtemps cocu doit l’être de bonne heure.
(Sagesse des nations.)



Or, une fois mort, un compère
Digne du séjour des maudits,
S’en alla frapper au contraire
À la porte du Paradis.

Comme le bonhomme Saint Pierre
Ne voulait rien de lui savoir :
« Mon vieux, dit-il, c’est Dieu le Père
Et non pas toi que je veux voir.

— Espère-moi donc, dit l’apôtre,
Un instant ; je vais le chercher,
Assieds-toi. — C’est cela, dit l’autre,
Et tâche de te dépêcher. »

Il était là, de male sorte,
À faire les cent pas carrés
Quand il s’avisa d’une porte
Qui lui parut lui dire : Entrez.

Il pensa : « Qu’est-ce que je risque ?
Entrons toujours, nous verrons bien.
Ce qu’il y a, je le confisque…
S’il n’y a rien, n’y aura rien. »

Une grande salle d’or jaune
S’offrit à ses yeux éblouis,
Et c’était la salle du trône
Où Dieu fait son petit Saint Louis.

Alors lui vint l’idée extrême,
Et combien sacrilège aussi,
De s’asseoir sur le fauteuil même
Divin. Dès qu’il y fut assis

Son regard traversa l’espace.
Il en fut tout estomaqué :
Il voyait tout ce qui se passe
Sur notre globe terraqué.

Et, notamment, il vit sa femme
Bourlinguer avec un milord :
« Garce ! s’écria-t-il. L’infâme…
Comment, je suis à peine mort,

« Et voilà déjà qu’elle opère… »
Et, saisissant le tabouret
Qui sert aux pieds de Dieu le Père
Il le lança sur ces gorets.

À ce moment se fit entendre
Dieu lui-même. Notre païen
N’eut tôt que le temps de descendre
Et de prendre son air de rien.

Dieu lui dit : « Alors, misérable,
On entre ici comme au moulin ?
Et mon tabouret d’or ? que diable
En as-tu fait, dis, crapule, hein ?

— Seigneur, vraiment je le regrette.
Mais ce tabouret a vécu.
Je te l’ai flanqué à la tête
D’un sieur qui me faisait cocu. »

Le bon Dieu d’un rire homérique
Se rendit jusques au nombril ;
Et comme il est hyperbolique :
« Mâtin ! si tu devais, dit-il,

« Fracasser — que Je me pardonne ! —
Tous ceux-là qui t’ont fait cocu,
Il ne resterait plus personne
Sur terre, sois-en convaincu. »





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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Mar 10 Oct - 19:16


Raoul PONCHON

LES CABARETIERS DE FIRMINY

Les Firminiens, sur ma foi,
Seraient de vrais bélitres,
S’ils se laissaient mener par toi,
Qui surveilles leurs vitres,

Ô Lafont ! un cabaretier
Est, à coup sûr, le maître
Chez lui, comme le charbonnier.
De même, j’ose émettre

L’avis que ses clients, au fond.
Constituent sa famille.
Tel est le principe, mon bon,
Ou que l’aze me quille !

Le bistro vend, le client boit.
Voire, ils boivent ensemble,
Souvent. Ce n’est pas là de quoi
S’effarer, il me semble.

Eh bien donc, si pour boire en paix,
Ils veulent se soustraire,
Derrière des rideaux épais,
Aux regards téméraires…

N’est-ce pas leur droit le plus strict ?
Ô maire trop barbare !
Comme d’ailleurs, en tout district
De France et de Navarre.

Aussi bien, tes Firminiens
Ne te l’envoient pas dire ;
De tes décrets draconiens
Ils ne font que sourire ;

Car, à part de spéciaux cas,
Ils se fichent, j’espère,
D’être vus ou ne l’être pas.
Tu parles ! mon compère.

Pour moi, quand je bois comme un trou,
Au café, d’aventure,
Peu me chaut d’être derrière ou
Devant sa devanture.

C’est selon la nécessité :
Je fuis l’ardeur solaire,
Comme la volaille, en été.
Sauf que c’est le contraire :

Ainsi, par la forte chaleur,
Je reste à la terrasse,
Et ne vais à l’intérieur,
Que par un temps de glace.

Or, que je sois dehors, dedans,
Lafont, tu peux m’en croire,
Je ne suis pas de ces feignants
Qui se cachent pour boire.

Et quand encore me verraient
Tous les maires de France,
En train de boire et me feraient
Une âpre remontrance,

J’en prends tous les Dieux à témoins,
Qui peuvent me connaître,
En boirais-je un verre de moins ?
Non… deux de plus, peut-être.



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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Jeu 12 Oct - 10:16


Raoul PONCHON

LES CABARETS D'HIER ET D'AUJOURD'HUI


Aimez-vous ?… moi non plus, tout cet atroce bruit,
Cet excès de lumière,
Qui sévissent dans les cabarets d’aujourd’hui,
Qui sont dits « de première »

Tous ces points lumineux harcèlent vos regards
Comme un essaim d’abeilles,
Cependant que les airs des Strauss et des Lehars
Vous vrillent les oreilles.

Jouez, si vous voulez, musiciens, au loin,
Derrière un triple store.
Et si, par hasard, on ne vous entendait point,
Ça vaudrait mieux encore !

Au diable tout concert, quand je mange ! Et pourtant
J’adore la musique
Mais, à table, elle m’est un déplaisir constant,
Fût-elle séraphique.

« Rien ne doit déranger — comme disait Berchoux —
L’honnête homme qui dîne. »
N’aurait-il devant lui qu’une humble soupe aux choux,
Que dis-je ?… une sardine.

Le meilleur repas m’est, je vous le dis tout clair,
Une chose odieuse,
S’il me faut l’avaler, par exemple, sur l’air
De la « Veuve Joyeuse ».

Et je puis encor moins déguster, sacrebleu !
Un vin recommandable,
Cependant que gémit du « Beau Danube bleu »
La valse redoutable.

Non, mais enfin… Messieurs les cabaretiers, me
Prenez-vous pour un cube ?
Vous ne saurez jamais, quand je bois, combien je
Me fiche du Danube !

Ah ! les bons cabarets d’autrefois, si plaisants !
Combien je les regrette !
Avec leur peu de bruit, leurs lambris reposants,
Leur lumière discrète.

Las ! aujourd’hui, c’est un vacarme à tout casser,
À se croire à la foire.
Jadis, à la bonne heure, on s’entendait manger,
Et l’on s’écoutait boire.

Nous nous passions fort bien de l’électricité,
Pour faire des orgies ;
On y voyait assez à l’obscure clarté
Qui tombe des bougies.

C’était, et c’est encor pour nous, hommes de bien,
Le premier des systèmes.
Et puis, quand nous voulions de la musique, eh bien.
Nous la faisions nous-mêmes !



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MessageSujet: Re: LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT   Jeu 19 Oct - 9:31

Ah ce Ponchon, en voilà un autre qui préfère son passé !
Plus d'intimité et de murmure font plus d'effet que tout ces bruits ! Il n'a pas tout à fait tord, ce spécialiste des bons moments !
bisounours

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LES EXQUIS MOTS À LA RIME S'ARRIMENT
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