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 LA SYNCOPE (Prosodie)

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André Laugier

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MessageSujet: LA SYNCOPE (Prosodie)   Jeu 7 Juil - 18:54

PETIT LEXIQUE POÉTIQUE

LA SYNCOPE


Non, mes Ami(e)s, en poésie, la "syncope" n'a aucune rattachement de près ou de loin avec cette perte de connaissance brutale et de brève durée due à la diminution momentanée de la circulation cérébrale.

rire  rire

Ce mot est tiré du grec "sunkopè", qui signifie raccourcissement, ou, plus spécialement "retranchement de syllabes ou de lettres au milieu d'un mot". Comme l'annulation prosodique d'un "E" caduc à l'inférieur d'un mot, ce qui entraîne la disparition d'une syllabe dans le décompte.

Il s'agit d'un phénomène relativement courant dans la poésie depuis l'apparition du vers libéré, ainsi dans cet alexandrin d'APOLLINAIRE :


Ô belle Lorely aux yeux pleins de pierr(e)ries.

La proximité des phonèmes [r] rend cette syncope d'autant plus aisée. Le phénomène de la syncope est souvent lié à un effet de connotation populaire ; il peut alors être intégré dans la graphie des mots, comme "tellment" et "curdent" dans ce quatrain d'alexandrins de Raymond QUESNEAU, fragment de "Je crains ça pas tellement", où ils vont dans le même sens que l'emploi de la négation seule dans "je crains pas" et la tonalité générale de désinvolture affichée face à l'angoisse de la mort :



Mais je crains pas tellment ce lugubre imbécile
qui viendra me cueillir au bout de son curdent
lorsque vaincu j'aurai d'un œil vague et placide
cédé tout mon courage aux rongeurs du présent.


Plus généralement, on appelle également "syncope" un métaplasme qui supprime un phonème ou une syllabe à l'intérieur d'un mot, phénomène lui aussi fréquent dans la langue populaire et que reproduit Jean TARDIEU en écrivant "rin" au lieu de "rien" dans le poème "La Môme Néant. Dans la chanson, la syncope est très fréquemment indiquée par des apostrophes :



Et s'app'lait les Copains d'abord
Les Copains d'abord.

(G. BRASSENS).


Voici un autre exemple de VERLAINE, dans "Invectives" :

...
Que l'apocope se pavane
Comm' drapeau fier dans le fier choc
Sur les rangs fermes comme roc
De la grande école romane !

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La poésie se nourrit aux sources de la prose et s'embellit au concerto des mots. (André Laugier)


Dernière édition par André Laugier le Lun 8 Aoû - 8:49, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: LA SYNCOPE (Prosodie)   Dim 7 Aoû - 22:14

Je ne vois pas l'utilité de la syncope dans ces cas, je les conçois comme effets de style ou licence abusive (sauf pour encor') :

Mais je ne crains pas tant ce lugubre imbécile
qui viendra me cueillir au bout d'un cure-dent
lorsque vaincu j'aurai d'un œil vague et placide
cédé tout mon courage aux rongeurs du présent

Que l'apocope se pavane
Tel drapeau fier dans le fier choc
Sur les rangs fermes comme roc
De la grande école romane !

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Pierre Lamy

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MessageSujet: Re: LA SYNCOPE (Prosodie)   Lun 13 Aoû - 7:38

Merci André de me faire découvrir la syncope
Ces vers de Queneau sont tellment jubilatoires que j'adopte
En espérant ne pas me faire tirer les oreilles par quelque lugubre imbécile.
saint
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André Laugier

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MessageSujet: Re: LA SYNCOPE (Prosodie)   Lun 13 Aoû - 18:27

Invité a écrit:
Je ne vois pas l'utilité de la syncope dans ces cas, je les conçois comme effets de style ou licence abusive (sauf pour encor') :

Mais je ne crains pas tant ce lugubre imbécile
qui viendra me cueillir au bout d'un cure-dent
lorsque vaincu j'aurai d'un œil vague et placide
cédé tout mon courage aux rongeurs du présent

Que l'apocope se pavane
Tel drapeau fier dans le fier choc
Sur les rangs fermes comme roc
De la grande école romane !



Bonsoir, Ami(e) de la poésie,

L'utilisation de la syncope, certes, est un peu particulière. Elle est surtout utilisée dans la chanson populaire où ce genre d'élision est fréquent. Elle supprime le "E" muet final qui devrait être prononcé à l'intérieur d'un vers devant une consonne (apocope).

L'apocope, elle aussi, appartient à ce type de licence où la lettre, à l'intérieur d'un mot, est remplacée par une apostrophe. Dans la première partie du XVIe siècle, Clément MAROT indiquait dans l'un de ses poèmes, l'apocope comme nécessaire pour respecter la mesure d'un octosyllabe :


À JEAN

Jean, je ne t'aime point, beau sire,
Et ne sait quell' mouche me poind,
Ni pourquoi c'est : je ne puis dire
Sinon que je ne t'aime point.



Dans le cadre de ce petit dictionnaire consacré aux procédés et aux règles de la versification, je ne pouvais ignorer et passer sous silence cette pratique.


MERCI de votre lecture et de l'intérêt que vous manifestez à l'endroit de ce topic consacré à la prosodie.

TOUTE MA CHALEUREUSE AMITIÉ DE PLUME.


andre



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Erdrek Nathan-Taner

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MessageSujet: Re: LA SYNCOPE (Prosodie)   Lun 13 Aoû - 18:49

Bonsoir André

à la connaissance il n'y a qu'une apocope autorisée qui est une licence poétique :"Encor" mais je ne sais pas s'il y en a d'autres en langue française

amicalement
Nathan

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André Laugier

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MessageSujet: Re: LA SYNCOPE (Prosodie)   Lun 13 Aoû - 18:50

Pierre Lamy a écrit:
Merci André de me faire découvrir la syncope
Ces vers de Queneau sont tellement jubilatoires que j'adopte
En espérant ne pas me faire tirer les oreilles par quelque lugubre imbécile.
saint


Bonsoir PIERRE,

Très heureux de savoir que cette technique (ou licence poétique) ait ton agrément. Comme je le soulignais ci-dessus, dans ma réponse à notre Invité du forum, la syncope ainsi que l'apocope ne datent pas d'hier. Clément MAROT l'utilisait déjà.

Bien qu'il ne s'agisse pas, je pense, d'un genre que l'on doit abuser, combien de poètes, anonymes ou réputés, ont fait usage de cet effet de style. On pourrait citer, notamment, Jehan RICTUS, Maurice MAC-NAB, Jules JOUY, Henry SOMM, André GILL, entre autres.

Il ne faut pas oublier que tous ces versificateurs, qui ont laissé des traces et des livres, ont fait les beaux jours et le succès du célèbre "Cabaret du Chat Noir" où ils sévissaient et étaient adorés d'un public de connaisseurs, d'artistes, d'homme politiques, de science et de poètes.

TOUTE MA RECONNAISSANCE pour tes mots de gentillesse et d'intérêt que tu manifestes dans la lecture de ce salon.

Passe une très agréable soirée.

andre



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André Laugier

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MessageSujet: Re: LA SYNCOPE (Prosodie)   Lun 13 Aoû - 19:10

Erdrek Nathan-Taner a écrit:
Bonsoir André

à la connaissance il n'y a qu'une apocope autorisée qui est une licence poétique :"Encor" mais je ne sais pas s'il y en a d'autres en langue française

amicalement
Nathan


C'est exact, NATHAN. L'apocope, en poésie régulière, ne se produit qu'en fin de vers. Au Moyen-Âge, elle pouvait figurer en fin d'hémistiche (césure épique), mais cette liberté disparut dès le début du XVIe siècle, pour ne reparaître dans une versification "libérée" qu'à la fin du XIXe siècle. Ce que j'ai évoqué, par ailleurs, en réponse à PIERRE, en faisant référence à ces poètes et humoristes qui, avec SATIS, WILLY et Alphonse ALLAIS, ont fait les beaux jours du regretté "CHAT NOIR".

De nos jours, perdure encore la licence concernant "encore" dont on peut remplacer la voyelle finale par l'apostrophe. Rien n'empêche, pour autant, pour les nostalgiques, ou dans le cadre d'une poésie libérée, de l'utiliser, sachant tout de même que son emploi est devenu obsolète, à part dans la chanson populaire où l'élision est fréquente.

MERCI pour ton intervention, Cher NATHAN. Je pense que le fait de ne pas être nombreux à cet avantage de nous permettre de nous attarder et de discuter sur un sujet, ce qui serait quasiment impossible quand il y a un trop grand nombre de membres, les commentaires restant souvent succincts.

PASSE UNE POSITIVE SOIRÉE.

TOUTE MA CHALEUREUSE AMITIÉ.

andre


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