LES FORMES FIXES MODERNES
Acrostiche : poème dont la première lettre de chaque vers, si on lit dans le sens vertical, donne le sujet du poème, le nom de l'auteur ou de celui à qui le poème est destiné.
Il existe différentes formes d'acrostiches, suivant la place des lettres choisies :
Si les lettres initiales suivent l'ordre de l'alphabet, on parle d’abécédaire.
Villon
Vous portâtes, digne Vierge, princesse,
Iésus régnant qui n’a ni fin ni cesse.
Le Tout-Puissant, prenant notre faiblesse,
Laissa les cieux et nous vint secourir,
Offrit à mort sa très chère jeunesse ;
Notre Seigneur tel est, tel le confesse :
En cette foi je veux vivre et mourir
Le mésostiche (du grec mesos, "milieu") concerne les lettres médianes du poème formant un mot
Le téléstiche (du grec telos, "fin") met en relief les lettres finales du poème et forme donc un mot, généralement lues de bas en haut
L' acroteleuton (du grec têleutê, "fin") combine l'acrostiche et le télestiche
Ballade : au Moyen Age, poème lyrique à forme fixe, se composant de 3 strophes et d'un envoi qui commence obligatoirement par le mot « Prince Elle est composée de trois dizains à quatre rimes ou de trois huitains à trois rimes. Le dernier vers du premier groupe est repris à la fin des autres, de même qu’à l’envoi et doit contenir l’idée conductrice.
La ballade de l’uniforme
Allons enfants dans l’uniforme
En uniforme de soldat
Gentils petits soldats qu’on forme
Pour porter un méchant mandat
En grand apparat de gala
Pour un bal de tous les tonnerres
Vous valserez dans l’au-de-là
De boue et sang, de mort vulgaire
C’est une garde-robe énorme
Pour le plus grand des opéras
D’après les règlements et norme
Que l’on ne discutera pas
En uniforme les soldats
Iront jouer l’ignoble guerre
Et leur galon se couvrira
De boue et sang, de mort vulgaire
Qu’il est affreux cet uniforme
Ce costume d’assassinat
Sur des enfants que l’on déforme
Pour être de cruels soldats
Malheur à qui l’endossera
Cet effet d’état militaire
Son honneur se salira
De boue et sang, de mort vulgaire
Envoi :
Prince de l’ordre scélérat
Qui mène droit au cimetière
Ton uniforme est reliquat
De boue et sang, de mort vulgaire
Blason : M.A., XVIe siècle : pièce de petits vers à rimé plate contenant l'éloge ou la critique d'une personne qu'on voulait « blasonne r», c’est à dire célébrer et, plus souvent, blâmer.
Blason de l'oeil
Oeil attrayant, oeil arrêté,
De qui la céleste clarté
Peut les plus clairs yeux éblouir,
Et les plus tristes éjouir
Oeil, le seul soleil de mon âme,
De qui la non visible flamme
En moi fait tous les changements
Qu'un soleil fait aux éléments,
Disposant le monde par eux
À temps froid ou à chaleureux,
A temps pluvieux ou serein,
Selon qu'il est proche ou lointain.
Car, quand de vous loin je me trouve,
Bel oeil, il est force qu'il pleuve
Des miens une obscure nuée,
Qui jamais n'est diminuée,
Ni ne s'éclaircit ou découvre,
Jusqu'à tant que je vous recouvre ;
Et puis nommer avec raison
Mon triste hiver cette saison.
Mais quand il vous plaît qu'il advienne
Que mon soleil à moi revienne,
Il n'est pas si tôt apparu,
Que tout mon froid est disparu
Et qu'il n'amène un beau printemps
Qui rend mes esprits tout contents ;
Et hors de l'humeur de mes pleurs
Je sens renaître en lieu de fleurs
Dans mon coeur dix mille pensées
Si douces et si dispensées
Du sort commun de cette vie,
Qu'aux dieux ne porte nulle envie.
Mellin de Saint-Gelais
(1491-1558),
Oeuvres, 1547.
Bouts-rimés : rimes choisies d'avance avec lesquelles on doit faire une poésie dites «bout-rimé», sur un sujet imposé ou librement choisi ; ce divertissement fut très à la mode dans les milieux précieux et mondains tout au long du XVIIe siècle.
BOUTS RIMÉS
Ce sonnet fut composé par Molière avec les rimes que lui fournit le prince de Condé.
Que vous m'embarrassez avec votre grenouille
Qui traîne à ses talons le doux mot d' hypocras !
Je hais des bouts-rimés le puéril fatras
Et tiens qu'il vaudrait mieux filer une quenouille.
La gloire du bel air n'a rien qui me chatouille ;
Vous m'assommez l'esprit avec un gros plâtras ;
Et je tiens heureux ceux qui sont morts à Coutras,
Voyant tout le papier qu'en sonnets on barbouille.
M'accable derechef la haine du cagot,
Plus méchant mille fois que n'est un vieux magot,
Plutôt qu'un bout-rimé me fasse entrer en danse !
Je vous le chante clair, comme un chardonneret ;
Au bout de l'univers je fuis dans une manse.
Adieu, grand Prince, adieu ; tenez-vous guilleret.
Chant royal : Le chant royal est une sorte de ballade mais en plus long encore.
Il se compose de cinq strophes de onze vers écrits en décasyllabes et d'une strophe de cinq ou sept vers appelée devinez comment: "Envoi" hé oui c'est bien ça.
Le dernier vers des strophes est toujours le même puisque c'est le refrain.
Le schéma onzain est le suivant: A-B-A-B-B-C-C-D-E-D-E
Le schéma du quintil final est le suivant: D-D-E-D-E
Si c'est une strophe de sept vers alors le schéma est le suivant: C-C-D-D-E-D-E.
CHANT ROYAL
Considérez que guerre, l'immortelle,
Par son regard fier les courages tente ;
Dissension, héritier de cautelle,
Loge Fureur en pavillon ou tente :
Vengeance sort, laquelle essaye ou tente
De succomber ses ennemis mortels,
Remémorant qu'en guerre sont morts tels
Qui en France portent un grand dommage,
Mêmes perdu or, argent et alloy,
Par défaut de croire en maint passage,
Un Dieu, un Roi, une Foi, une Loi.
Guerre trépigne, et vacille et chancelle ;
Sans fin mengue, jamais ne se contente ;
Aucunes fois machination cèle
L'intention qui dut être patente ;
Simulateurs vont par oblique sente ;
Fraudulateurs pillent maisons, hôtels ;
Biens pris, saisis, ravis, gâtés, ôtés.
Satalites font aux métaux hommage ;
Haine sonne la campane ou beffroi ;
Force ne croit, tant a cruel courage,
Un Dieu, un Roi, une Foi, une Loi.
Trahison bâtit invention nouvelle,
Feignant d'être morne, pensive et lente ;
Du premier coup son penser ne révèle,
Plus petite est que ciron ou que lente ;
Mais fausseté ès coeurs des seigneurs l'ente,
Si très avant qu'enfin en sont notés ;
Félonie épand de tous côtés
Glaives tranchants et en fait labouraige,
Que discord queult et attribue à soi
Sans redouter, recueillant cet ouvrage,
Un Dieu, un Roi, une Foi, une Loi.
Fortune tient tous humains en tutelle,
Les plus grands fait servir par folle attente.
Vulcanus fond, Mars sans cesser martelle.
Et Midas met leurs ouvrages en vente ;
Clotho les prend, Lachesis les présente
A Atropos, et sont revisités
Par preux hardis, en la guerre usités,
Qui les livrent à gens de moyenne âge,
Les désirants plus qu'amoureux le Moy ;
Et ne craignent en soleil ou ombrage,
Un Dieu, un Roi, une Foi, une Loi.
Quand Neptunos met sur mer sa nacelle,
Que Boréas de subit soufflet vente,
Et que Pluto les autres dieux precelle,
Guerre montre sa queue de serpente ;
Si Palas n'est pour l'heure diligente
De résister à leurs férocités :
Ils font trembler palais royaux, cités,
En l'air causent frimas, éclair, orage ;
Lors les soudards, qui mènent leur arroi,
Ne prisent rien, tant sont remplis de rage,
Un Dieu, un Roi, une Foi, une Loi.
Prins ce, seigneurs, ne soyez irrités
Si peine avez, car vous le méritez :
Tous malfaiteurs se mettent en servage ;
Force leur est de recevoir chastoy,
Quand s'efforcent dépriser par outrage
Un Dieu, un Roi, une Foi, une Loi.
Pierre GRINGOIRE
Eglogue :(étym. « pièce choisie ») poème pastoral consistant en un dialogue entre deux bergers. Ce genre antique fut repris en France au XVIe siècle.
Les contemplations - Livre II – Victor Hugo
Nous errions, elle et moi, dans les monts de Sicile.
Elle est fière pour tous et pour moi seul docile.
Les cieux et nos pensers rayonnaient à la fois.
Oh! comme aux lieux déserts les coeurs sont peu farouches!
Que de fleurs aux buissons, que de baisers aux bouches,
Quand on est dans l'ombre des bois!
Pareils à deux oiseaux qui vont de cime en cime,
Nous parvînmes enfin tout au bord d'un abîme.
Elle osa s'approcher de ce sombre entonnoir ;
Et, quoique mainte épine offensât ses mains blanches,
Nous tâchâmes, penchés et nous tenant aux branches,
D'en voir le fond lugubre et noir.
En ce même moment, un titan centenaire,
Qui venait d'y rouler sous vingt coups de tonnerre,
Se tordait dans ce gouffre où le jour n'ose entrer ;
Et d'horribles vautours au bec impitoyable,
Attirés par le bruit de sa chute effroyable,
Commençaient à le dévorer.
Alors, elle me dit: "J'ai peur qu'on ne nous voie!
Cherchons un antre afin d'y cacher notre joie!
Vois ce pauvre géant! nous aurions notre tour!
Car les dieux envieux qui l'ont fait disparaître,
Et qui furent jaloux de sa grandeur, peut-être
Seraient jaloux de notre amour !"
Elégie : (en grec : « dire hélas ») poème lyrique, caractérisé par l'alternance des hexamètres et des pentamètres, qui finit par se spécialiser dans l'expression des sentiments mélancoliques provoqués par un deuil ou un amour malheureux.
Cueillons, cueillons la rose au matin de la vie;
Des rapides printemps respire au moins les fleurs.
Aux chastes voluptés abandonnons nos coeurs,
Aimons-nous sans mesure, à mon unique amie!
Quand le nocher battu par les flots irrités
Voit son fragile esquif menacé du naufrage,
Il tourne ses regards aux bords qu'il a quittés,
Et regrette trop tard les loisirs du rivage.
Ah! qu'il voudrait alors au toit de ses aïeux,
Près des objets chéris présents à sa mémoire,
Coulant des jours obscurs, sans périls et sans gloire,
N'avoir jamais laissé son pays ni ses dieux!
Ainsi l'homme, courbé sous le poids des années,
Pleure son doux printemps qui ne peut revenir.
Ah! rendez-moi, dit-il, ces heures profanées;
O dieux! dans leur saison j'oubliai d'en jouir.
Il dit : la mort répond; et ces dieux qu'il implore,
Le poussant au tombeau sans se laisser fléchir,
Ne lui permettent pas de se baisser encore
Pour ramasser ces fleurs qu'il n'a pas su cueillir.
Aimons-nous, à ma bien-aimée!
Et rions des soucis qui bercent les mortels;
Pour le frivole appas d'une vaine fumée,
La moitié de leurs jours, hélas! est consumée
Dans l'abandon des biens réels.
A leur stérile orgueil ne portons point envie,
Laissons le long espoir aux maîtres des humains!
Pour nous, de notre heure incertains,
Hâtons-nous d'épuiser la coupe de la vie
Pendant qu'elle est entre nos mains.
Soit que le laurier nous couronne,
Et qu'aux fastes sanglants de l'altière Bellone
Sur le marbre ou l'airain on inscrive nos noms;
Soit que des simples fleurs que la beauté moissonne
L'amour pare nos humbles fronts;
Nous allons échouer, tous, au même rivage :
Qu'importe, au moment du naufrage,
Sur un vaisseau fameux d'avoir fendu les airs,
Ou sur une barque légère
D'avoir, passager solitaire,
Rasé timidement le rivage des mers?
Lamartine
Epigramme : en Grèce, tout poème assez court pour être gravé sur une pierre. Chez les latins, petit poème satirique très bref forme sous laquelle il est demeuré en France.
La célèbre épigramme suivante est due à Voltaire :
L’autre jour au fond d’un vallon,
Un serpent mordit Jean Fréron.
Que croyez-vous qu’il arriva ?
Ce fut le serpent qui creva.
Epithalame : (grec : « sur le lit nuptial ») poème à la louange de deux époux.: Genre repris par la Pléiade qui y introduisit des thèmes mythologiques, érotiques, moraux et parfois patriotiques.
LAPINS
Près du chêne pyramidal
Nous menons les épithalames
Et nous ne suivons pas Stendhal
Sur le terrain des vieilles dames.
Théodore de Banville
Epître : Lettre en vers sur des sujets forts variés : confidences, récits d'aventures, thèmes moraux etc. Le ton garde la souplesse du genre épistolaire et varié, suivant le sujet, du badinage au sérieux, sans atteindre l'éloquence ni la rigueur du discours.
Epître à Margot
Pourquoi craindrais-je de le dire ?
C'est Margot qui fixe mon goût :
Oui, Margot ! cela vous fait rire ?
Que fait le nom ? la chose est tout.
Margot n'a pas de la naissance
Les titres vains et fastueux ;
Ainsi que ses humbles aïeux,
Elle est encor dans l'indigence ;
Et pour l'esprit, quoique amoureux,
S'il faut dire ce que j'en pense,
À ses propos les plus heureux,
Je préférerais son silence.
Mais Margot a de si beaux yeux,
Qu'un seul de ses regards vaut mieux
Que fortune, esprit et naissance
Quoi ! dans ce monde singulier,
Triste jouet d'une chimère,
Pour apprendre qui me doit plaire,
Irai-je consulter d'Hozier ?
Non, l'aimable enfant de Cythère
Craint peu de se mésallier :
Souvent pour l'amoureux mystère,
Ce Dieu, dans ses goûts roturiers,
Donne le pas à la Bergère
Sur la Dame aux seize quartiers.
Eh ! qui sait ce qu'à ma maîtresse
Garde l'avenir incertain ?
Margot, encor dans sa jeunesse,
N'est qu'à sa première faiblesse,
Laissez-la devenir catin,
Bientôt, peut-être, le destin
La fera Marquise ou Comtesse ;
Joli minois, coeur libertin
Font bien des titres de noblesse.
Margot est pauvre, j'en conviens :
Qu'a-t-elle besoin de richesse ?
Doux appas et vive tendresse,
Ne sont-ce pas d'assez grands biens ?
Trésors d'amour ce sont les siens.
Des autres biens, qu'a-t-on à faire ?
Source de peine et d'embarras,
Qui veut en jouir, les altère,
Qui les garde, n'en jouit pas.
Ainsi, malgré l'erreur commune,
Margot me prouve chaque jour
Que sans naissance et sans fortune,
On peut être heureux en amour. [...]
Pierre Choderlos de LACLOS (1741-1803)
Epopée : (grec : « action de faire un récit ») poème héroïque, par opposition au roman qui, à l'origine, ne s'en distinguait pas. Elle est conçue selon les règles tirées d'Homère et de Virgile.
Grande bergerette : La grande bergerette est un poème de cinq strophes de six vers chacune écrites en alternance de vers octosyllabiques et de vers courts (3pieds).
Les premières, troisièmes, et cinquièmes strophes sont identiques et servent de refrain.
Leur schéma est le suivant:
A-B-b-B-b-A (les lettres minuscules correspondent aux vers de 3pieds, et les majuscules aux octosyllabes)
Le schéma de la deuxième strophe est le suivant:
C-D-d-D-d-C (les lettres minuscules correspondent aux vers de 3 pieds, et les majuscules aux octosyllabes)
La quatrième strophe est écrite sur la même base que les strophes 1; 3 et 5 mais avec des mots différents.
Son schéma est donc: A-B-b-B-b-A
Ah! que je me sens guillerette!
Que je me suis levée à l’aise!
N’en déplaise
Aux saints curés du dïocèse
Une braise
Brûle ma gorge de fillette
Car j'ai rêvé sous l'églantine
— Fi donc, Colin ! — Qu’en contrebande
Par la lande
Tu me faisais plus d'une offrande
Trop gourmande
Pour ma bouche trop enfantine.
Ah! que je me sens guillerette!
Que je me suis levée à l’aise!
N’en déplaise
Aux saints curés du dïocèse,
Une braise
Brûle ma gorge de fillette.
Je le jure, par ma houlette:
Tu l’auras, ce panier de fraise.
Viens, apaise
Cette grand faim, cette fournaise
Et me baise
Emni la luzerne douillette!…
Ah! que je me sens guillerette!
Que je me suis levée à l'aise!
N’en déplaise
Aux saints curés du dïocèse,
Une braise
Brûle ma gorge de fillette.
Le ghazal : Le ghazal est une forme persane ancienne (souvent à connotation érotique) apparue vers le dixième siècle et elle-même issue d’une forme arabe appelée qasida. C’ est une collection de shers de métrique identique se terminant par le(s) même(s) mot(s) refrain précédé du même motif rimé
Louis Aragon (Le Fou d’Elsa, 1963)
"Gazel du fond de la nuit"
Je suis rentré dans la maison comme un voleur
Déjà tu partageais le lourd repos des fleurs au fond de la nuit
J’ai retiré mes vêtements tombés à terre
J’ai dit pour un moment à mon coeur de se taire au fond de la nuit
Je ne me voyais plus j’avais perdu mon âge
Nu dans ce monde noir sans regard sans image au fond de la nuit
Dépouillé de moi-même allégé de mes jours
N’ayant plus souvenir que de toi mon amour au fond de la nuit
Mon secret frémissant qu’aveuglement je touche
Mémoire de mes mains mémoire de ma bouche au fond de la nuit
Long parfum retrouvé de cette vie ensemble
Et comme aux premiers temps qu’à respirer je tremble au fond de la nuit
Te voilà ma jacinthe entre mes bras captive
Qui bouges doucement dans le lit quand j’arrive au fond de la nuit
Comme si tu faisais dans ton rêve ma place
Dans ce paysage où Dieu sait ce qui se passe au fond de la nuit
Ou c’est par passe-droit qu’à tes côtés je veille
Et j’ai peur de tomber de toi dans le sommeil au fond de la nuit
Comme la preuve d’être embrumant le miroir
Si fragile bonheur qu’à peine on peut y croire au fond de la nuit
J’ai peur de ton silence et pourtant tu respires
Contre moi je te tiens imaginaire empire au fond de la nuit
Je suis auprès de toi le guetteur qui se trouble
A chaque pas qu’il fait de l’écho qui le double au fond de la nuit
Je suis auprès de toi le guetteur sur les murs
Qui souffre d’une feuille et se meurt d’un murmure au fond de la nuit
Je vis pour cette plainte à l’heure ou tu reposes
Je vis pour cette crainte en moi de toute chose au fond de la nuit
Va dire ô mon gazel à ceux du jour futur
Qu’ici le nom d’Elsa seul est ma signature au fond de la nuit!
Hymne : poème religieux en l'honneur des dieux ou des héros. Au XVIe siècle, poème à rime plate, en alexandrins, épique ou didactique (jamais lyrique) sur des sujets très divers. Ensuite, toute oeuvre qui chante un grand sentiment sur le mode du lyrisme enthousiaste.
Hymne à la beauté
Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme,
Ô Beauté ! ton regard, infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l'on peut pour cela te comparer au vin.
Tu contiens dans ton oeil le couchant et l'aurore ;
Tu répands des parfums comme un soir orageux ;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l'enfant courageux.
Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien ;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.
Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques ;
De tes bijoux l'Horreur n'est pas le moins charmant,
Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.
L'éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L'amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l'air d'un moribond caressant son tombeau.
Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe,
Ô Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu !
Si ton oeil, ton souris, ton pied, m'ouvrent la porte
D'un Infini que j'aime et n'ai jamais connu ?
De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène,
Qu'importe, si tu rends, - fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! -
L'univers moins hideux et les instants moins lourds ?
Charles Baudelaire
Idylle : (grec : « petit tableau ») dans la poésie grecque, petit poème, presque toujours érotique, évoquant des scènes de la vie pastorale. Genre repris par la Pléiade.
Impromptu : petit poème improvisé, très à la mode chez les Précieux.
Idylle – Alfred de Musset
A quoi passer la nuit quand on soupe en carême ?
Ainsi, le verre en main, raisonnaient deux amis.
Quels entretiens choisir, honnêtes et permis,
Mais gais, tels qu'un vieux vin les conseille et les aime ?
RODOLPHE
Parlons de nos amours ; la joie et la beauté
Sont mes dieux les plus chers, après la liberté.
Ébauchons, en trinquant, une joyeuse idylle.
Par les bois et les prés, les bergers de Virgile
Fêtaient la poésie à toute heure, en tout lieu ;
Ainsi chante au soleil la cigale-dorée.
D'une voix plus modeste, au hasard inspirée,
Nous, comme le grillon, chantons au coin du feu.
ALBERT
Faisons ce qui te plaît. Parfois, en cette vie,
Une chanson nous berce et nous aide à souffrir,
Et, si nous offensons l'antique poésie,
Son ombre même est douce à qui la sait chérir.
RODOLPHE
Rosalie est le nom de la brune fillette
Dont l'inconstant hasard m'a fait maître et seigneur.
Son nom fait mon délice, et, quand je le répète,
Je le sens, chaque fois, mieux gravé dans mon coeur.
ALBERT
Je ne puis sur ce ton parler de mon amie.
Bien que son nom aussi soit doux à prononcer,
Je ne saurais sans honte à tel point l'offenser,
Et dire, en un seul mot, le secret de ma vie.
RODOLPHE
Que la fortune abonde en caprices charmants
Dès nos premiers regards nous devînmes amants.
C'était un mardi gras dans une mascarade ;
Nous soupions ; - la Folie agita ses grelots,
Et notre amour naissant sortit d'une rasade,
Comme autrefois Vénus de l'écume des flots.
ALBERT
Quels mystères profonds dans l'humaine misère !
Quand, sous les marronniers, à côté de sa mère,
Je la vis, à pas lents, entrer si doucement
(Son front était si pur, son regard si tranquille ! ),
Le ciel m'en est témoin, dès le premier moment,
Je compris que l'aimer était peine inutile ;
Et cependant mon coeur prit un amer plaisir
À sentir qu'il aimait et qu'il allait souffrir !
RODOLPHE
Depuis qu'à mon chevet rit cette tête folle,
Elle en chasse à la fois le sommeil et l'ennui ;
Au bruit de nos baisers le temps joyeux s'envole,
Et notre lit de fleurs n'a pas encore un pli.
ALBERT
Depuis que dans ses yeux ma peine a pris naissance,
Nul ne sait le tourment dont je suis déchiré.
Elle-même l'ignore, - et ma seule espérance
Est qu'elle le devine un jour, quand j'en mourrai.
RODOLPHE
Quand mon enchanteresse entr'ouvre sa paupière,
Sombre comme la nuit, pur comme la lumière,
Sur l'émail de ses yeux brille un noir diamant.
ALBERT
Comme sur une fleur une goutte de pluie,
Comme une pâle étoile au fond du firmament,
Ainsi brille en tremblant le regard de ma vie.
RODOLPHE
Son front n'est pas plus grand que celui de Vénus.
Par un noeud de ruban deux bandeaux retenus
L'entourent mollement d'une fraîche auréole ;
Et, lorsqu'au pied du lit tombent ses longs cheveux,
On croirait voir, le soir, sur ses flancs amoureux,
Se dérouler gaiement la mantille espagnole.
ALBERT
Ce bonheur à mes yeux n'a pas été donné
De voir jamais ainsi la tête bien-aimée.
Le chaste sanctuaire où siège sa pensée
D'un diadème d'or est toujours couronné.
RODOLPHE
Voyez-la, le matin, qui gazouille et sautille ;
Son coeur est un oiseau, - sa bouche est une fleur.
C'est là qu'il faut saisir cette indolente fille,
Et, sur la pourpre vive où le rire pétille,
De son souffle enivrant respirer la fraîcheur.
ALBERT
Une fois seulement, j'étais le soir près d'elle ;
Le sommeil lui venait et la rendait plus belle ;
Elle pencha vers moi son front plein de langueur,
Et, comme on voit s'ouvrir une rose endormie,
Dans un faible soupir, des lèvres de ma mie,
Je sentis s'exhaler le parfum de son coeur.
RODOLPHE
Je voudrais voir qu'un jour ma belle dégourdie,
Au cabaret voisin de champagne étourdie,
S'en vînt, en jupon court, se glisser dans tes bras.
Qu'adviendrait-il alors de ta mélancolie ?
Car enfin toute chose est possible ici-bas.
ALBERT
Si le profond regard de ma chère maîtresse
Un instant par hasard s'arrêtait sur le tien,
Qu'adviendrait-il alors de cette folle ivresse ?
Aimer est quelque chose, et le reste n'est rien.
RODOLPHE
Non, l'amour qui se tait n'est qu'une rêverie.
Le silence est la mort, et l'amour est la vie ;
Et c'est un vieux mensonge à plaisir inventé,
Que de croire au bonheur hors, de la volupté !
Je ne puis partager ni plaindre ta souffrance
Le hasard est là-haut pour les audacieux ;
Et celui dont la crainte a tué l'espérance
Mérite son malheur et fait injure aux dieux.
ALBERT
Non, quand leur âme immense entra dans la nature,
Les dieux n'ont pas tout dit à la matière impure
Qui reçut dans ses flancs leur forme et leur beauté.
C'est une vision que la réalité.
Non, des flacons brisés, quelques vaines paroles
Qu'on prononce au hasard et qu'on croit échanger,
Entre deux froids baisers quelques rires frivoles,
Et d'un être inconnu le contact passager,
Non, ce n'est pas l'amour, ce n'est pas même un rêve,
Et la satiété, qui succède au désir,
Amène un tel dégoût quand le coeur se soulève,
Que je ne sais, au fond, si c'est peine ou plaisir.
RODOLPHE
Est-ce peine ou plaisir, une alcôve bien close,
Et le punch allumé, quand il fait mauvais temps ?
Est-ce peine ou plaisir, l'incarnat de la rose,
La blancheur de l'albâtre et l'odeur du printemps ?
Quand la réalité ne serait qu'une image,
Et le contour léger des choses d'ici-bas,
Me préserve le ciel d'en savoir davantage !
Le masque est si charmant, que j'ai peur du visage,
Et même en carnaval je n'y toucherais pas.
ALBERT
Une larme en dit plus que tu n'en pourrais dire.
RODOLPHE
Une larme a son prix, c'est la soeur d'un sourire.
Avec deux yeux bavards parfois j'aime à jaser ;
Mais le seul vrai langage au monde est un baiser.
ALBERT
Ainsi donc, à ton gré dépense ta paresse.
O mon pauvre secret ! que nos chagrins sont doux !
RODOLPHE
Ainsi donc, à ton gré promène ta tristesse.
O mes pauvres soupers ! comme on médit de vous !
ALBERT
Prends garde seulement que ta belle étourdie
Dans quelque honnête ennui ne perde sa gaieté.
RODOLPHE
Prends garde seulement que ta rose endormie
Ne trouve un papillon quelque beau soir d'été.
ALBERT
Des premiers feux du jour j'aperçois la lumière.
RODOLPHE
Laissons notre dispute et vidons notre verre.
Nous aimons, c'est assez, chacun à sa façon.
J'en ai connu plus d'une, et j'en sais la chanson.
Le droit est au plus fort, en amour comme en guerre,
Et la femme qu'on aime aura toujours raison.
Lai : au Moyen Age, court récit en vers de 8 syllabes à rimes plates, dont le sujet est d'ordinaire emprunté au cycle de La table Ronde. Au XIVe siècle, poème de douze strophes, chacune étant construite sur deux rimes et se partageant en deux moitiés qui reproduisent les mêmes entrelacements de rimes et la même variété de mètres.
Sur l'appui du monde
Que faut-il qu'on fonde
D'espoir?
Cette mer profonde,
En débris féconde,
Fait voir
Calme au matin l'onde,
Et l'orage y gronde Le soir.
Madrigal : genre introduit en France au XVIe siècle, très cultivé jusqu'au XVIIIe siècle. Compliment tendre et galant adressé, en quelques vers, à une dame, sans aucune loi de rime ni de rythme.
Madrigal – Pierre de Ronsard
Si c'est aimer, Madame, et de jour, et de nuit
Rêver, songer, penser le moyen de vous plaire,
Oublier toute chose, et ne vouloir rien faire
Qu'adorer et servir la beauté qui me nuit :
Si c'est aimer que de suivre un bonheur qui me fuit,
De me perdre moi même et d'être solitaire,
Souffrir beaucoup de mal, beaucoup craindre et me taire,
Pleurer, crier merci, et m'en voir éconduit :
Si c'est aimer que de vivre en vous plus qu'en moi même,
Cacher d'un front joyeux, une langueur extrême,
Sentir au fond de l'âme un combat inégal,
Chaud, froid, comme la fièvre amoureuse me traite :
Honteux, parlant à vous de confesser mon mal !
Si cela est aimer : furieux je vous aime :
Je vous aime et sait bien que mon mal est fatal :
Le coeur le dit assez, mais la langue est muette.
Muzain : Le muzain est un poème à forme fixe traitant en général des thèmes liés à l'amour mais d'autres aussi.
Il est composé d'un quatrain et d'un quintil.
Il peut être écrit en octosyllabes, décasyllabes, ou alexandrins.
Son quatrain peut s'écrire en rimes croisées ou embrassées, avec alternance des rimes féminines masculines.
Son schéma est le suivant.
A-B-B-A C-D-C-C-D ou A-B-A-B C-D-C-C-D
Tu es le rien, fortune : et si es toute chose,
Rien, parce que de rien toutes choses se font,
Tout, parce que dans toi les choses se défont ;
Bref, tu es tout et rien, et leur métamorphose :
Mais ce n'est pas par toi que j'aime ces beaux yeux,
Qui me vont tempêtant sur un ardent Neptune :
Si j'aimais par hasard, le sort audacieux
Éteindrait quelquefois mon feu pernicieux :
Puisqu'il est immortel, ce n'est pas par fortune.
Ode : (grec : « chant ») tout poème destiné à être mis en musique. Forme et sens très variés. Tout poème lyrique qui exprime d'une façon personnelle des sentiments communs à la masse des hommes, en strophes symétriques, en mètres variés, avec un système harmonieux de rythmes et de rimes.
Ode à la fièvre – Pierre de Ronsard
Ah fievreuse maladie,
Coment es-tu si hardie
D'assaillir mon pauvre cors
Qu'amour dedans et dehors
De nuit et de jour m'enflame,
Jusques au profond de l'ame ;
Et sans pitié prend à jeu
De le mettre tout en feu :
Ne crains-tu point vieille blême
Qu'il ne te brule toimême ?
Mais que cerches-tu chés moi ?
Sonde moi partout, et voi
Que je ne suis plus au nombre
Des vivans, mais bien un ombre
De ceus qu'amour et la mort
Ont conduit delà le port
Compagnons des troupes vaines
Je n'ay plus ni sang, ni venes,
Ni flanc, ni poumons, ni coeur,
Long tems a que la rigueur
De ma trop fiere Cassandre
Me les a tournés en cendre.
Donq, si tu veux m'offencer,
Il te faut aller blesser
Le tendre cors de m'amie,
Car en elle gist ma vie,
Et non en moi, qui mort suis,
Et qui sans ame ne puis
Sentir chose qu'on me face,
Non plus qu'une froide mace
De rocher, ou de metal,
Qui ne sent ne bien ne mal.
Odelette : petites odes caractérisées par leurs thèmes érotiques et bachiques avec prédominance de l'élément descriptif. Mètres et strophes courts.
Odelette à son bouquet – Pierre de Ronsard
Mon petit Bouquet mon mignon,
Qui m'es plus fidel' compaignon
Qu'Oreste ne fut à Pilade,
Tout le jour quand je suis malade
Mes valets qui pour leur devoir
Le soing de moy debvroient avoir,
Vont à leur plesir par la vile,
Et ma vieille garde inutile,
Aptes avoir largement beu,
Yvre, s'endort aupres du feu,
A l'heure qu' el' me devroit dire
Des contes pour me faire rire.
Mais toi petit bouquet, mais toy
Ayant pitié de mon esmoy
Jamais le jour tu ne me laisses
Seul compaignon de mes tristesses.
Que ne pui-je autant que les dieux ?
Je t'envoyroi là haut aux cieux
Fait d'un bouquet un astre insigne,
Et te mettrois aupres du Signe
Que Bacus dans le ciel posa
Quand Ariadne il espousa,
Qui se lamentoit, delessée
Au bord desert par son Thesée.
Pantoum : poème à forme fixe emprunté à la poésie Malaise : suite de quatrains à rimes croisées ; le 2ème et le 4ème vers de chaque strophe forment le 1er et le 5ème de la strophe suivante. Le vers qui ouvre la pièce doit la terminer.
Harmonie du soir de Charles Baudelaire
Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir,
Valse mélancolique et langoureux vertige!
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir;
Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige;
Valse mélancolique et langoureux vertige!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.
Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige,
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige!
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige...
Son souvenir en moi luit comme un ostensoir!
Quadrille : Le quadrille est un poème à forme fixe écrit en quatre quatrains sur deux rimes l'une féminine l'autre masculine.
Il s'écrit en rimes croisées.
Il s'écrit en alternant un vers long et un vers plus courts d'une syllabe, les vers longs riment entre eux et les vers plus courts riment avec les vers plus courts.
Le second vers du premier quatrain devient le premier vers du deuxième quatrain.
Le troisième vers du premier quatrain devient le premier vers du troisième quatrain.
Le quatrième vers du premier quatrain devient le premier vers du quatrième quatrain.
Le premier vers du premier quatrain devient le quatrième vers du quatrième quatrain.
Encore une journée à vivre
Ton poème quotidien
Incertitude pour grand livre
Et son total presque rien
Ton poème quotidien
Vin coupé d'eau déjà t'enivre
Un peu dans le style ancien
Qui dit à demain dit à suivre
Incertitude pour grand livre
Ouvert à tout méridien
A l'avenir ton passé livre
Un combat trop cornélien
Et son total presque rien
Ta prunelle brille de givre
En prison comme on est bien
Encore une journée à vivre.
Rondeau : petit poème à forme fixe.13 vers sur 2 rimes aabbaaabaabba ; pause après le 5ème et le 8ème vers ; les premiers mots du rondeau se répètent après le 8ème et le 13ème vers sans compter pour un vers.
Ma foi c'est fait de moi, car Isabeau
M'a conjuré de lui faire un rondeau:
Cela me met en une peine extrême.
Quoi! treize vers, huit en EAU, cinq en ÊME!
Je lui ferai aussitôt un bateau.
En voilà cinq pourtant en un monceau.
Faisons-en sept en invoquant Brodeau,
Et puis mettons en quelques stratagèmes
Ma foi, c'est fait.
Si je pouvais encor de mon cerveau
Tirer cinq vers l'ouvrage serait beau.
Mais cependant me voilà dans l'onzième,
Et si je crois que je fais le douzième,
En voilà treize ajustés de nouveau.
Ma foi, c'est fait.
Rondel : Ce poème s’écrit en neuf, treize ou quatorze vers octosyllabes sur deux rimes. La forme la plus classique est celle de treize vers. Il est divisé en trois groupes :
Un quatrain à rimes embrassées, un quatrain à rimes croisées et un quintain ou sizain :
A1 – B1 – B – A / A – B – A1 – B1 / A – B – B –A – A1 – B1
Visage des Flandres
Pour ton visage il n’est plus d’âge
Flandres d’antan aux vents errants
Pour tes moulins plus de froment
Et vides sont tes béguinages
Ni longs hivers, ni grands orages
A tes beffrois creusent les flancs
Pour ton visage il n’est plus d’âge
Flandres d’antan aux vents errants
Ton plat pays te rend hommage
Avec l’Escaut, Bruges et Gand
Pleure le ciel et gémit le vent
Avec tes moulins hors d’usage
Pour ton visage il n’est plus d’âge
Flandres d’antan aux vents errants
Sixtine : Elle prédispose la place et la reprise des rimes. Tout le poème est construit sur deux rimes riches. Il est subdivisé en six sizains à succession de rimes particulièrement complexe. S’ajoute à la fin un tercet contenant à l’hémistiche et aux bouts des vers, les rimes successives du premier sizain. Les six rimes du premier sizain sont reprises mot à mot, pour former les rimes des autres sizains selon le format suivant :
A1-B1-A2-A3-B2-B3 (premier sizain)
B3-A1-B2-B1-A3-A (deuxième sizain)
A2-B3-A1-A2-B1-B2
B2-A2-B1-B3-A1-A3
A3-B2-A1-A2-B3-B1
B1-A3-B3-B2-A2-A1
B1-A1
B2-A2
B3-A3
Les vers sont en alexandrins.
LA ROSE ET L’AMOUR
Dois-je vous divulguer la source de ma prose
Voulez-vous admirer l’objet de mes désirs ?
Ce n’est pas un secret il s’agit de la rose
De cette belle fleur qui avoue tant de choses
Messagère du cœur que l’on aime voir fleurir
Et que malgré l’épine on aime bien cueillir !
Au fond de mon jardin je suis allé cueillir
La fleur inspiratrice aux élans de ma prose
Le soleil généreux la fit douce fleurir
Et son parfum exquis fit naître mon désir
De humer sa pétale et de dire tant de choses
Tant de tendres aveux je confie à la rose
Ma belle confidente ô précieuse rose
Sais-tu pourquoi ma main est venue te cueillir
Pourquoi je viens à toi dire toutes ces choses
Qui sortent de mon cœur et forment ma prose
Des vers aux mots ardents qui chantent mes désirs
Et qui trouvent la rime en te voyant fleurir ?
Le printemps bienfaiteur ensemble fit fleurir
Dans mon cœur mon amour dans mon jardin ma rose
Pour l’un comme pour l’autre un unique désir
Anime mon esprit celui de les cueillir
Pour la fleur j’ai un nom pour l’amour j’ai ma prose
Pour tous deux il me reste à dire tant de choses
Charmant présent du ciel parmi les belles choses
Qui ornent mon jardin j’ai guetté ton fleurir
Témoignage d’amour et Muse de ma prose
Tu es la reine fleur au noble nom de rose
Et c’est avec respect que je viens te cueillir
Toi qui flatte ma vue et comble mon désir
Sans toi comment pourrais-je avouer mon désir
A celle de mon cœur pardessus toutes choses
Comment ses chers baisers que j’aimerais cueillir
Comment ses doux regards que l’amour fait fleurir
Pouvoir les mériter sans offrir une rose
Et dire quelques mots dans une ardente prose ?
Apprends donc mon désir dans le fond de ma prose
Laisse l’amour fleurir accepte cette rose
Que j’ai voulu cueillir et qui dit tant de choses.
Sonnet : (italien : « petite chanson ») poème de 14 vers d'origine provençale ou italienne, importé au XVIe siècle par Marot. D'abord en alexandrins, il admit tous les mètres ensuite. Le sonnet comporte 2 quatrains et 2 tercets. Les 2 quatrains sont sur 2 rimes et chacun d'eux doit présenter un sens complet ; chaque tercet n'a pas toujours un sens complet. Il est construit sur cinq rimes, réparties en deux quatrains à deux rimes et deux tercets à trois rimes, selon la disposition suivante :
A (f) – B (m) – B (f) – A (m) / A – B – B –A / C – C – D / E – E – D (ou E – D – E)
Le sonnet alsacien
Non je ne nierai pas mon sang, mes origines
Serait-ce un triste sort de naître alsacien ?
Mi-germain, mi-français, double praticien
De ce terroir hanté par les guerres voisines
Non je ne romprai pas mes liens et mes racines
Ni de Noire Forêt, ni des flancs Vosgiens
Le Rhin les emmêla dans un nœud gordien
Enfants du lit rhénan mes cousins, mes cousines
Je ne trahirai pas le clan de mes aïeux
Qui germains, qui Français, sont frères devant Dieu
Qui sont nés pour s’aimer malgré la triste histoire…
… Je ne corromprai pas l’esprit européen
En parlant mon patois sans noblesse et sans gloire
Mais qui sait émouvoir les cœurs d’Alsaciens.
Terza rima : C’est une forme de progression de vers par tercets à rimes croisées. La première rime se retrouve au troisième vers. Le seconde rime se retrouve au premier vers du tercet suivant. Le poème se termine par un monème qui rime avec le second vers du dernier tercet et doit contenir un sens concluant. Elle se construit suivant le schéma suivant :
A – B - A / B – C – B / C –D –C / E –C – E / C
F M F M F M F M F M F M F
Les vers sont en alexandrins, déca ou octosyllabes.
LE MOULIN DES FLANDRES
Il est un moulin dans les Flandres
Dont les ailes ne tournent plus
Un vieux moulin bien las d’attendre
Géant figé sur un talus
Guettant sans fin les blanches dunes
Aux infinis flux et reflux
L’élan du vent d’infortune
Se brise contre ses barreaux
Comme l’onde dans la lagune
Quelque part le long de l’Escaut
Non loin de son dernier méandre
Bordé de quelques blancs hameaux
Se meurt un moulin dans les Flandres.
Triolet : Petit poème exprimant une pensée gracieuse ou doucement satirique, en 8 vers, généralement octosyllabes, sur des rimes en général du type abaaabab ; les vers 1, 4 et 7, 2 et 8 sont les mêmes.
FLANDRES REVENANTES
Un coup de vent un goût de sel
Et c’est tout le pays des Flandres
Large horizon de mer et ciel
Un coup de vent un goût de sel
Du plat pays cher à Breughel
Sur le passé vont se répandre
Un coup de vent un goût de sel
Vol qui ne sait plus rien reprendre
Les moulins morts à bras tendus
Font murmurer dans les rafales
Leurs ailes qui ne tournent plus
Les moulins morts à bras tendus
Bras de géants des temps perdus
Crucifiés des Flandres rurales
Les moulins morts à bras tendus
Avec leurs souvenirs s’affalent
Les béguinages les beffrois
De Gand ou de Bruges la belle
Ont vu la mort de leurs bourgeois
Les béguinages les beffrois
Grandeurs des Flandres d’autre fois
A bout de course temporelle
Les béguinages les beffrois
Se couvrent de blanches dentelles.
Vilanelle : Elle est composée de cinq tercets plus un quatrain, de vers à sept syllabes et sur deux rimes. Le premier vers doit représenter une rime féminine. Le premier et le troisième vers sont repris et se retrouvent au bout du quatrain suivant le schéma ci-après :
A1 – B – A2 / A – B – A1 / A – B – A2 / A – B – A1 / A – B – A2 / A – B – A1 – A2.
La rose
Il y aurait peu de choses
Pour témoigner mon amour
S’il n’y avait pas la rose
Sans la fleur si belle éclose
Malgré les plus beaux atours
Il y aurait peu de choses
Serait mal plaider ma cause
Un manquement sans recours
Sans la fleur que je propose
En l’honneur de ce beau jour
Il y aurait peu de choses
S’il n’y avait pas la rose
L’aveu de plus belle prose
Ne serait qu’un vain discours
S’il n’y avait pas la rose
Vous aimer, de cœur, si j’ose
Vous témoigner mon amour
Il y aurait peu de choses
S’il n’y avait pas la rose.
Virelai : petite pièce en vers courts, sur deux rimes, et commençant par 4 vers dont les 2 premiers se répètent dans les autres couplets.
Quant je sui mis
virelai de Guillaume de Machaut
Quant je sui mis au retour de veoir ma Dame,
Il n'est peinne ne dolour que j'aie, par m'ame.
Dieus! c'est drois que je l'aim, sans blame de loial amour
Sa biauté, sa grant doucour d'amoureuse flame,
Par souvenir, nuit et jour m'espient et enflame
Dieus! c'est drois que je l'aim, sans blame de loial amour
Et quant sa haute valour mon fin cuer entame,
Servir la weil sans fotour penser ne diffame.
Dieus! c'est drois que je l'aim, sans blame de loial amour
LES FORMES FIXES MODERNES
Elles s’écartent des règles rigoureuses de la métrique classique, tout en respectant celles de la rime. On alterne souvent les vers longs avec des courts.
Sotie La Sotie est un poème médiéval de onze vers où la voyelle finale accentuée prend successivement le timbre des cinq voyelles principales (a, e, i, o, u) comprises entre les mêmes consonnes, sur un schéma : ababccddede. On aura, par exemple, les finales: tal (a), tel (b), til (c), tol (d), tul (e). Les rimes seront donc unisexuées.
Plume sur page
La plume s'épanche, rabat,
S'imbibe, hume l'alphabet,
Remous vitaux, fait son combat,
Danse aux sens, exhorte gibet,
Puis s'élance, mets un habit,
Ondule, traits de tout acabit,
Paysage lettré, jabot
D'instants fait, puis rabot
Des traces encrées pour début:
L'élan conduit le paquebot
D'encre dans bulle sans rebut.
SonoctainC’est en quelque sorte un sonnet réduit. Ses vers sont en alexandrins sur deux rimes. Il est composé d’un quatrain, d’un tercet et d’un monème suivant le schéma : A-B-A-A B-A-B B
TriadeCe poème est formé de trois tercets à quatre rimes. Les deux premiers vers comptent huit syllabes, le troisième n’en compte que quatre. Les rimes se succèdent selon le schéma :
A-B-A B-B-C D-C-D
« Pour elle »
Mille lieux à parcourir
Je le ferai plein de courage
Pour la chérir
Donner le cœur en esclavage
Je le ferai soumis et sage
Pour ses baisers
Porter la loi sur les épaules
Je le ferai sans récuser
Pour sa parole
TriversCe poème est formé de trois quatrains octosyllabiques à six rimes. Le premier quatrain ne comporte que des rimes masculines. Le deuxième, que des rimes féminines et le troisième est à rimes croisées masculines suivant le schéma :
A-B-A-B (m) C-D-C-D (f) E(m)-F(f)-E(m)-F(f)
« L’alternative »
Vais-je foncer comme un train fou
Pour m’écraser contre un butoir
Vais-je tomber au fond d’un trou
Ou bien m’effacer dans le noir ?
Que me reste donc de la vie
A mon temps infiniment triste
Où sans amante et sans amie
Plus aucun amour ne subsiste ?
Quand l’heure viendra pour sceller
Le cours de mon attente vaine
Je n’aurai plus qu’à m’en aller
En emportant regrets et peines.
Le maillet Le maillet est un poème composé de quatre quatrains dont la longueur des vers est au choix de l'auteur. Le premier vers du premier quatrain devient le deuxième vers du deuxième quatrain, le troisième du troisième et le quatrième et dernier du dernier quatrain.
Il s'écrit en rimes croisées, normalement avec des rimes féminines et masculines.
Forêt Sous La Neige
Les branches dénudées, tapies dans le silence
S'inventent des poèmes pour oublier le froid
A leurs pieds des flocons d'une blancheur intense
Tapissent l'horizon d'une écume d'émoi
Une sente chemine vers un ailleurs fervent
Les branches dénudées tapies dans le silence
S'agitent doucement aux bourrasques du vent
Tels danseurs décharnés vaincus par l'indolence
Aux ombres du brouillard, dans une évanescence
Quelques herbes volages semblent gesticuler
Les branches dénudées, tapies dans le silence
Ne parviennent même pas à les dissimuler
Aux heures de l'hiver, blancheur nacre le ciel
Et le temps se suspend en tendre somnolence
Chuchotant la complainte d'un ton confidentiel
Des branches dénudées tapies dans le silence...